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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE est le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour RCF.

Erik Poppe
Utøya 22. juli
Sortie le 5 décembre 2018
Article mis en ligne le 18 août 2018
dernière modification le 11 octobre 2018

par Charles De Clercq
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Un plan séquence de 72 minutes et une véritable proposition de cinéma !
Une œuvre de mémoire, rappel d’une tragédie au plus près des protagonistes. 86/100

Synopsis : Le 22 juillet 2011, un extrémiste de droite lourdement armé lance une bombe à Oslo, avant de se rendre sur l’île d’Utøya où se déroule un camp d’été pour les jeunes. Choqués par les nouvelles de la capitale, les jeunes sont en contact avec leur famille à la maison pour les rassurer qu’ils sont loin de l’incident et en sécurité. Jusqu’à ce que des coups de feu brusques soient entendus. Dans une seule prise, nous suivons Kaja, 18 ans, qui cherche sa sœur, alors qu’elle tente de survivre à l’attaque de 72 minutes.

Acteurs : Andrea Berntzen, Aleksander Holmen, Brede Fristad, Solveig Koløen Birkeland

Erik Poppe est un réalisateur norvégien qui propose régulièrement de bons films qui ont souvent une dimension politique et/ou humaine et incitent à la réflexion. Si Ultimatum* (2016) ne semble pas avoir été distribué en Belgique, nous avions découvert en 2013 Tusen ganger god natt* (L’épreuve), avec Juliette Binoche, après De Usynlige (En eaux troubles) en 2008 et Hawaii, Oslo* en 2004 (* il a reçu le prix Amandaprisen pour ces trois films !).

Le nouveau film de Poppe qui sortira en décembre en Belgique a déjà été présenté à la Berlinale et est un coup de poing dans les tripes en même temps qu’une proposition de cinéma. Si la question se pose de rendre compte ou pas de l’horreur, le parti-pris du réalisateur est de faire œuvre de mémoire pour un drame qui a touché toute la Norvège en 2011. Il n’y a aucun suspens puisque l’issue est connue de tous depuis des années : 69 morts, 99 blessés et des centaines de jeunes traumatisés. Le film son projet, son but ont suscité la controverse (de façon analogue à celle suscitée par le projet de Joachim Lafosse de faire le film A perdre la raison à partir du quintuple infanticide de Nivelles). Controverse tant par ceux qui ont vu le film, notamment à Berlin, certains y voyant même une œuvre commerciale, que par des victimes elles-mêmes dont certaines n’ont pas voulu voir le film. En revanche, beaucoup d’autres victimes, des familles et des responsables de groupes de soutien ont souligné l’importance de proposer ce film aujourd’hui. Il FAUT faire œuvre de mémoire, sans attendre, d’autant plus que les mouvements d’extrême droite se développent de plus en plus en Europe.

Aucune surprise donc et pourtant le film arrive à faire naître la tension qui ne décroit jamais tout du long de son déroulement. Le choix est de suivre quasiment pour toute la durée du film une des protagonistes sans quitter l’île. Unité de lieu, de temps et d’action. Quasiment puisque le film débute un jour plus tôt avec une bombe qui éclate à Oslo. Les images sont d’ailleurs « réelles », issues la plupart de caméra de surveillance. Nous nous retrouvons alors sur l’île d’Utøya où nous suivrons quasi exclusivement le personnage de Kaja (Andrea Berntzen). Le film est constitué d’un unique plan séquence dont nous n’avons pu remarquer les solutions de continuité. Nous ne savons pas grand-chose du tournage : s’agit-il d’un unique plan-séquence comme dans Russkij kovcheg (L’Arche russe), réalisé en 2002 par Alexandre Sokourov ? Si ce n’est pas le cas, c’est très bien réalisé au plan technique. Il n’y a donc qu’une seule caméra et donc il n’y a pas les champs/contrechamps habituels. L’objectif se tourne donc vers chacun des protagonistes en dialogue lorsqu’ils s’expriment, un peu à la manière dont nous tournons la tête pour écouter deux interlocuteurs. Il ne s’agit pas, semble-t-il - à lire les indications en fin de générique - d’une reconstitution du massacre de 2011, mais d’une (re)construction.

La quasi-totalité des acteurs et actrices sont ici dans leurs premiers rôles (si pas unique !) dans une œuvre qui doit être véritablement cathartique pour eux probablement, mais aussi pour certains des protagonistes et également pour toute une nation. Pas de place pour le meurtrier, l’innommable en quelque sorte, jamais montré sauf, très furtivement, une vague silhouette dans un bois. En revanche, le bruit des coups de feu, le cris des jeunes qui tombent sous les balles, leurs déplacements dans les bois, le long de la plage... L’angoisse est là présente d’autant qu’éloigné de tout ces jeunes ne savent pas s’il s’agit d’un exercice ou encore de policiers qui tirent sur eux (Policiers, oui, parce que le tueur avait un uniforme de policier, ce que nous savons par une information extradiégétique et pluriel ici devant l’importance et le nombre de tirs !) !

Même si nous connaissons l’issue, l’angoisse est présente, car nous vivons celle de ces jeunes gens et jeunes filles dont certains sont venus sur l’île pour militer et d’autres pour « draguer des filles ». L’angoisse est d’autant plus partagée que si nous connaissons l’issue, nous ne savons pas qui tombera sous les balles, qui sera touché (mortellement). En cela, le casting néophyte que nous relevions ci-devant aide énormément, car nous n’avons aucun visage connu auquel nous référer. Tous et toutes sont susceptibles de mourir durant ses très longues et cependant très courtes 72 minutes.

C’est donc un film remarquable qu’il nous est donné de voir, au plan profondément humain tout d’abord de pouvoir rendre compte de l’angoisse de jeunes confrontés bien trop tôt à la mort brutale, sanglante sans aucun élément permettant d’analyser et de comprendre ce qui (leur) arrive. C’est à fleur de peau, à fleur de sol aussi, qu’il nous est donné de les accompagner grâce à Kaja. Contrairement aux premières images du film, prises (probablement) à l’aide d’un drone, nous ne quitterons le point de vue de Kaja, très proche, sans distance aucune. Avec des jeunes tiraillés entre entraide et survie personnelle ! Ensuite, sur le plan de l’histoire de notre humanité, œuvre de mémoire pour ne pas oublier, pour que cela n’arrive plus. En cela, le réalisateur ne règle pas ses comptes avec cette histoire (Histoire), il rend compte de cette histoire pour l’Histoire !

Diaporama

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Copyright Agnete Brun

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