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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Stéphane Brizé
Une vie
Sortie le 16 novembre 2016
Article mis en ligne le 5 octobre 2016
dernière modification le 25 septembre 2017

par Charles De Clercq
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De beaux efforts louables du réalisateur pour mettre ce (mélo)drame en images.
Toutefois plusieurs éléments déçoivent et rendent le film « joli » mais ennuyeux. 41/100

Synopsis : Normandie, 1819. A peine sortie du couvent où elle a fait ses études, Jeanne Le Perthuis des Vauds, jeune femme trop protégée et encore pleine des rêves de l’enfance, se marie avec Julien de Lamare. Très vite, il se révèle pingre, brutal et volage. Les illusions de Jeanne commencent alors peu à peu à s’envoler. (ci-contre, le réalisateur)

Acteurs : Judith Chemla, Jean-Pierre Darroussin, Yolande Moreau, Clotilde Hesme, Swann Arlaud, Nina Meurisse, Olivier Perrier.

 Au départ : un roman !

Le roman dont l’action se déroule durant la Restauration et la Monarchie de juillet et accompagne Jeanne Le Perthuis des Vauds durant sa vie (sentimentale), depuis sa sortie du couvent jusqu’à la pleine maturité. Marie sans prendre conscience pleine et entière de la réalité de la vie, elle découvre que son mari et un séducteur, avare, brutal, volage, infidèle ; que ses parents sont faibles, qu’elle n’est pas si riche qu’elle le croit. Bafouée, désespérée, jalouse, tentée par le suicide, ruinée par son fils unique Paul qui abuse littéralement de tous ses biens, sans jamais lui rendre visite. Roman réaliste, Une vie, traite de la condition de la femme (en particulier noble) au XIXe siècle et il égale, selon certains, la qualité de Bel-Ami, bien plus connu.

 Du papier à l’écran

Le premier de Maupassant qui eut un énorme succès dû, notamment, à la censure pratiquée par la Librairie Hachette. Celle-ci détenait les droits de distribution dans les gares. Elle ne voulait pas le diffusé au prétexte que l’ouvrage était immoral et même scandaleux. Maupassant avait lancé une pétition à la Chambre des députés pour lever cette « censure » et demander de mettre fin au monopole d’Hachette. Le roman, d’abord publié - comme souvent à l’époque - sous forme de feuilleton (dans ’Gil Blas’ du 27 février au 6 avril 1883) a été publié la même année. L’œuvre était considérée comme très pessimiste, mais les critiques relevaient la façon qu’avait l’auteur de mettre son récit en images. Celui-ci refusait d’être photographié et mourut dix-huit mois avant la première projection en public des frères Lumière (28/12/1895).

 Un, dos, tres...

Et c’est un comble puisque ce premier livre fut adapté au cinéma à plusieurs reprises. La première fois, par un finlandais, T.J. Särkkä, en 1947, sous le titre Naiskohtaloita. Nous n’avons jamais vu ce film.

Ensuite Alexandre Astruc l’adaptera en 1958. Toutefois, ce réalisateur français n’adapte que la première partie du roman, le film se concluant par la mort de Julien. Alexandre Astruc anticipait quasiment la Nouvelle vague. Ainsi, une voix off (non présente dans le roman) et une diction très neutre, quasiment recto tono, accompagnaient le spectateur durant le film. Enfin Astruc évite de virer dans le mélodrame et cela se fait au préjudice de l’émotion. [1]

En 2004, Elisabeth Rappeneau (la soeur de Jean-Paul) adaptera le livre pour le petit écran, sous le même nom : Une vie. La critique écrira qu’il s’agit d’ « un film subtil et intéressant sur les moeurs des aristocrates, du clergé et des paysans au début du XIXe siècle, magnifiquement mis en images et subtilement interprété ».

 Brizé : ...et de quatre !

Une si longue introduction pour exprimer à la fois la richesse du roman qui éclaire si bien sur une époque révolue. Stéphane Brizé s’attaque donc à ce premier roman et l’adapte avec Florence Vignon à qui ont notamment les scénarios de Le fils de l’épicier et de Mademoiselle Chambon. Le rythme du film est totalement différent de celui du roman et certains éléments du roman sont absents. Alexandre Astruc s’était certes arrêté à mi-chemin, mais il était relativement fidèle à cette moitié qu’il mettait en scène. En revanche, ce n’est plsu le cas ici avec Brizé. C’est donc plus une adaptation très libre, mais seuls les lecteurs de Maupassant le constateront et ils risquent peut-être d’être rares ceux qui iront voir le film. Certains éléments sont différents : la mort de Gilberte de Fourcheville et de son amant est conforme au roman alors qu’elle ne l’est pas chez Brizé. et d’autres sont totalement occultés. Il semble que le focus se fasse sur Jeanne et qu’on laisse de côté nombre d’autres personnages et scènes. L’héroïne du film semble plus marquée encore par la poisse et surtout plus hystérique que dans le roman.De plus, on ne retrouve pas la beauté poétique du texte même si les acteurs et actrices (selon nos informations) ont travaillé en partie en improvisation et en découvrant le scénario chaque jour au début du tournage. Leurs scènes étaient tournées sous le contrôle d’un coach linguistique spécialisé dans la langue du XIXe siècle. Effort louable. On retiendra également l’image du clergé grâce à deux modèles de prêtres, radicalement opposés. Ceux-ci sont présents dans le roman et le film de Brizé permet de se rendre compte de l’emprise de l’Eglise catholique sur les consciences.

Malgré cela, le gros problème du film (outre la perte de la beauté littéraire) est l’abandon de la structure temporelle linéaire du roman pour un autre, plus éclaté, rêveur, abusant de flashbacks. En caricaturant, on a un plan de la vie, des amours et des emmerdes de Jeanne, un plan de jardinage, un plan de feuillage et rebelote ! Toutefois, le plus gros problème est le même que celui relevé dans L’Odyssée : l’âge des acteurs, en l’occurrence des actrices. C’est particulièrement vrai de Judith Chemla (Jeanne Le Perthuis des Vauds) et de Nina Meurisse (Rosalie). On relève cependant la bonne idée d’enfermer l’héroïne dans le cadre grâce à l’utilisation du format 4/3. Si le cinéphile appréciera, le public qui rêve d’une image « plein cadre » pourra être désappointé. Il n’empêche que si les ambiances d’époque sont bien rendues, l’émotion ne passe pas. On est irrité par Jeanne qui ne suscite aucune empathie pas plus que les autres protagonistes. Le tout est « joli », mais passablement ennuyeux. Malheureusement, les acteurs de talents Judith Chemla, Jean-Pierre Darroussin, Nina Meurisse, Swann Arlaud (excellent dans son ambiguïté) Clotilde Hesme et Finnegan Oldfield n’arrivent pas à sortir le spectateur de cet ennui, malgré tous leurs efforts et engagements au service du récit.

Une vie a été présenté en première mondiale en Compétition au Festival de Venise et projeté dans le cadre du FIFF 2016 à Namur.

 Diaporama

© des photos : Michaël Crotto

 Bande-annonce :

Notes :

[1Synopsis du film d’Astruc : Dans une gentilhommière de Normandie, Jeanne Dandieu est élevée entre ses parents dans un milieu fermé où elle ne connaît que les paysannes des environs, en particulier sa domestique, Rosalie. Sa barque s’étant renversée dans la tempête, elle est sauvée de justesse par des pêcheurs et, abordant au port, elle fait la rencontre de Julien de la Mare. Les assiduités de ce jeune homme taciturne aboutissent au mariage, dans la joie de tous. Les désillusions viendront bientôt, Julien n’aimant pas vraiment Jeanne et se créant de plus en plus une vie à part de chasseur et de propriétaire terrien. Ils font bientôt chambre à part, mais un jour Jeanne surprend Rosalie, qui va enfanter. Elle accueille ce fils naturel avec délicatesse, mais ses soupçons croissent de jour en jour et elle finit par savoir que c’est Julien qui l’a trompée avec sa servante. Cependant, malgré l’horreur de la situation, Jeanne fait tout pour avoir un enfant et reconquérir ainsi son mari ; elle y réussit. Les années passent et le ménage continue vaille que vaille, Jeanne étant très fière de son fils. Survient la rencontre des Fourcheville. Le mari est un ancien camarade de Julien et, très jaloux de sa femme Gilberte, soupçonne vite que Julien en fait sa maîtresse. Un jour que les amants se sont enfermés dans une « maison de berger ». Fourcheville furieux, malgré les efforts de Jeanne pour l’en empêcher, précipitera la cahute du haut des rochers. Jeanne ne pourra que pleurer le mari qu’elle aime toujours ; elle quitte sa maison, trop lourde de souvenirs, en compagnie de son fils, de Rosalie - et de sa fille.


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB

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