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Cinécure est un site appartenant à Charles Declercq et est consacré à ses critiques cinéma, interviews. Si celui-ci produit des émissions consacrées au cinéma sur la radio RCF Bruxelles, celle-ci n’est aucune responsable du site ou de ses contenus et aucun lin contractuel ne les relie. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

Sandrine Kiberlain
Une Jeune Fille qui Va Bien
Sortie du film le 06 avril 2022
Article mis en ligne le 8 avril 2022

par Julien Brnl

Genre : Drame

Durée : 98’

Acteurs : Rebecca Marder, André Marcon, Anthony Bajon, Françoise Widhoff, India Hair, Florence Viala, Ben Attal...

Synopsis :
Irène, jeune fille juive, vit l’élan de ses 19 ans à Paris, l’été 1942. Sa famille la regarde découvrir le monde, ses amitiés, son nouvel amour, sa passion du théâtre... Irène veut devenir actrice et ses journées s’enchaînent dans l’insouciance de sa jeunesse.

La critique de Julien

Présenté en Séance Spéciale à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes 2021, « Une Jeune Fille Qui Va Bien » marque le premier passage derrière la caméra de Sandrine Kiberlain pour un long métrage (après s’être essayée au court en 2006 avec « Bonne Figure »), laquelle s’inspire ici du Journal d’Hélène Berr, sans l’adapter, lui qui relate la vie d’une étudiante juive, parisienne, d’avril 1942 à février 1944. Ce journal ne fut pourtant publié qu’en 2008, sous l’impulsion de la nièce d’Hélène Berr, qui connaissait l’existence de ce texte par des copies circulant dans sa famille. C’est bouleversée par cet écrit, ainsi que par deux autres histoires qu’elle avait entendues sur l’Occupation, que la douce Sandrine Kiberlain s’est lancée dans l’histoire d’une jeune fille, qui va bien, insouciance, alors en pleine découverte de la vie...

C’est par un angle inédit que la cinéaste nous parle ici de cette sombre partie de l’Histoire, et de l’horreur de ce qui va advenir de millions d’innocents, elle qui n’est pas ici montrée, mais sous-entendue. Film léger en apparence, « Une Jeune Fille Qui Va Bien » nous emmène à la rencontre d’Irène, une étudiante juive passionnée de théâtre, et qui rêve d’être comédienne, elle qui répète d’ailleurs, avec son groupe d’amis, « L’Épreuve » (1740) de Marivaux, afin de préparer un concours d’entrée au Conservatoire. Elle vit dans un appartement avec son père André (André Marcon), un honnête homme et très à cheval sur les principes, lequel travail pour l’Etat, mais également avec son frère aîné Igor (Anthony Bajon), et sa grand-mère Marceline (Françoise Widhoff), une femme singulière et libre, eux qui fêtent le shabbat sans être pratiquants.

Pensionnaire depuis 2015 de la Comédie-Française, Rebecca Marder interprète ici cette jeune demoiselle papillonnante, joyeuse, expressive, et amoureuse de la vie, bien qu’inquiète... Vue notamment dans le film « Seize Printemps » (2020) réalisé par la fille de Sandrine Kiberlain, Suzanne Lindon, l’actrice étincelle dans son premier grand rôle au cinéma, et offre une interprétation naturelle, innocente, enlevée de cette demoiselle, loin d’imaginer encore ce qui va lui arriver, pleine d’espoirs et d’avenir, elle qui est cependant obligée d’arborer l’étoile jaune sur ses vêtements... Anthony Bajon est quant à lui touchant en grand frère protecteur, auquel Sandrine Kiberlain offre également un joli rôle. Les adultes marquent quant à eux une rupture par rapport aux plus jeunes (dont certains disparaissent sans laisser de traces), bien conscients de ce qui se passe dehors, sans chercher encore à se l’admettre, pour certains d’entre eux...

L’originalité de ce drame à la sobre mise en scène, c’est qu’il est déguisé en film d’apprentissage de l’âge adulte, tandis que Sandrine Kiberlain y évite le classique film de reconstitution, et cela en rendant son propos universel et intemporel, notamment par une utilisation discrète et soignée des décors et des costumes. Certes, elle nous montre ici que ce qui arrive à cette famille pourrait finalement arriver à n’importe laquelle, et cela n’importe quand, mais elle permet surtout à sa jeune héroïne de croquer la vie à pleines dents, elle qui est volatile, rêveuse, qui a tout pour plaire, et que rien ne devrait finalement arrêter. Il est aussi question ici de théâtre (un art que connaît bien Sandrine Kiberlain), en forme ici d’échappatoire pour Irène et ses amis, loin de regarder les nuages qui apparaissent à l’horizon.

Ici, l’horreur nazie n’est donc frontalement pas vécue, mais elle s’invite à petit feu, insidieusement, en hors-champs. Le film se vit alors à l’instant, dans l’absolu, telle que la vie doit être vécue, et telle que la vit Irène. Sans prétention, et en retrait, Sandrine Kiberlain réussit donc son premier film, témoignant d’un lourd sujet, mais regardant sans cesse du bon côté de la vie, et cela jusqu’au bout, quitte à parler au conditionnel, jusqu’à la dernière réplique...



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