Bandeau
CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE est le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour RCF.

Les critiques de Julien Brnl
Under the Silver Lake
Réalisateur(s) : David Robert Mitchell
Article mis en ligne le 24 août 2018

par Julien Brnl
logo imprimer

« Under the Silver Lake », c’est sans aucun doute du cinéma pour cinéphile, exigeant et curieux, énigmatique et audacieux, qui risque pourtant d’en déconcerter plus d’un ! 15/20

➡ Vu au cinéma Caméo des Grignoux - - Sortie du film le 15 août 2018

Signe(s) particulier(s) :

  • troisième long métrage du cinéaste américain indépendant David Robert Mitchell, après « The Myth of the American Sleepover » (2010) et « It Follows » (2014), lequel l’a véritablement révélé au public ;
  • présenté en compétition officielle pour la Palme d’or au Festival de Cannes 2018 ;
  • l’intrigue du film se situe à Silver Lake (et dans ses tréfonds), qui est un quartier branché de l’est de Los Angeles.

Résumé : À Los Angeles, Sam, 33 ans, sans emploi, rêve de célébrité. Lorsque Sarah, une jeune et énigmatique voisine, se volatilise brusquement, Sam se lance à sa recherche et entreprend alors une enquête obsessionnelle surréaliste à travers la ville. Elle le fera plonger jusque dans les profondeurs les plus ténébreuses de la Cité des Anges, où il devra élucider disparitions et meurtres mystérieux sur fond de scandales et de conspirations.

La critique

Après la perle horrifique qu’était « It Follows », David Robert Mitchell revient avec « Under the Silver Lake », présenté en sélection officielle lors du dernier Festival de Cannes. Andrew Garfield y interprète Sam, 33 ans, un chômeur désincarné, et totalement paumé dans sa vie, lui qui en plus ne paie pas ses factures, et passe la majorité de son temps à observer (depuis son balcon) ses voisines d’immeuble avec ses jumelles... Tandis qu’il fait un soir la rencontre de l’une d’elles, appelée Sarah, cette dernière disparaît le lendemain, sans laisser de mots, ni de traces, ce qui va alors interpeller Sam, et le lancer dans une quête effrénée au cœur d’un L.A. noir. Persuadé que sa disparition est liée à un complot, Sam espère résoudre le mystère qui l’entoure, et l’obsède, tout autant qu’il le stimule... En parallèle à la disparition de Sarah, un tueur de chiens sévit dans la ville, tandis qu’un milliardaire vient d’être retrouvé calciné dans sa voiture. Ces deux faits divers prendront dès le départ une place psychologique importante chez Sam, alors hanté par des bouffées d’hallucinations et de folie de plus en plus fréquentes.

Il règne tout d’abord dans ce quartier de Los Angeles une atmosphère anxiogène, une insécurité omniprésente, que Mitchell parvient à retranscrire avec sa caméra. Tel qu’il l’a déjà prouvé avec son précédent film, le cinéaste sait capter toute l’attention du spectateur par ses plans à la fois exubérants, et l’instant d’après totalement inquiétants. De même, derrière les décors de ce Los Angeles iconique (tel qu’il le filme) se cache un envers qu’il n’a pas peur de montrer.

À cet égard, il parvient à composer une intrigue qui flirte avec plusieurs genres, eux qui trouvent chacun de quoi briller au sein de son histoire, renforcée par une bande-originale aux petits oignons, composée par Disasterpeace (déjà derrière celle de son précédent film).

Bercée de messages subliminaux et psychédéliques, baignés eux-mêmes par la culture pop, l’enquête dans laquelle se lance ce jeune homme se situe à la frontière du réel, où se côtoient des rencontres humaines ou mystiques, et où d’innombrables indices s’invitent, et échappent au personnage principal, tout comme au spectateur, quant à leurs significations premières, bien que les plus importants prennent évidemment sens au fur et à mesure des péripéties vécues.

Durant près de deux heures et trente minutes, David Robert Mitchell nous immerge dans un cauchemar éveillé et ombrageux, mise en scène avec une maîtrise exemplaire, et truffée de références, notamment au cinéma de Lynch (« Mulholland Drive » en tête) ou encore à celui Hitchcock (pour ne citer qu’eux), que ça soit en termes d’ambiances, de scènes, ou simplement de clins d’œil.

Et c’est loin d’être tout, puisque la quête de cet antihéros des temps modernes est parsemée par les figures et légendes humaines ayant bercé l’histoire de la Cité des Anges (qu’est Los Angeles) tout au long de son existence, mais aujourd’hui disparues, en témoignent par exemple le poster de Kurt Cobain ou la statue de James Dean. Ces allusions s’offrent d’ailleurs ici une place de choix dans le puzzle de Sam, tandis que la culture pop telle que nous la connaissons aujourd’hui n’est plus que le reflet superficiel d’elle-même, elle qui arrive à profusion (notamment via Internet). En d’autres termes, ce qu’il faut en comprendre, c’est que nous sommes de plus en plus dépassés par les (véritables) images qui nous entourent, sans prendre le temps d’en comprendre les différents sens, ni prendre du recul.

Tandis qu’il se vit, d’après son réalisateur, comme « le dernier chapitre du genre L.A. noir », ce film est un dédale métaphorique et labyrinthique sous la surface de l’eau, et qui nécessite plusieurs visions pour en comprendre et voir toutes les finalités.
En l’occurrence, il est impossible de réaliser une liste exhaustive de tous les indices (présumés) que rencontre Sam sur son chemin, lui qui en est obnubilé. De même, l’intrigue installe le mystère en livrant son lot d’éléments fascinants et démentiels, mais sans véritables liens directs de cause à effet, lesquels méritent dès lors qu’on s’y frotte davantage lors d’une seconde vision, voire une troisième.

C’est peut-être à cet égard que le film partagera le plus le public. Certains seront dépassés par la pluie de messages cachés, tandis que les autres s’en délecteront, et seront ravis de découvrir de nouvelles lectures du film au fil des visions. Et c’est justement dans ces moments-là que l’on prend conscience de l’œuvre à laquelle on a à faire, elle qui pourrait bien devenir culte chez le cinéphile.

L’affiche du film joue également le jeu, et dévoile des messages et des images cachées (ouvrez l’œil !), qui livrent quelques indices sur la disparition soudaine de cette femme, et construisent la clef de son énigme.

Mais alors que le film n’offre pas de solutions à la question qu’il soulève quant au déversement actuel de la culture pop, et de la tournure commerciale, et surtout sans âme, qu’elle prend, ce dernier répond à un morceau du voyage de Sam, c’est-à-dire de savoir ce qui est arrivé à Sarah. D’ailleurs, beaucoup d’entre vous quitteront la salle de façon sceptique après les révélations la concernant...

Et puis, il y a aussi le mystère lié à ce jeune homme, qui n’a rien d’autre à faire de ses journées que de parcourir les rues de Silver Lake, à la façon d’une éponge ambulante, lui qui prend bien plus au sérieux une quête sans importance personnelle, plutôt que d’avancer dans la vie. Et dans ce rôle, Andrew Garfield est juste parfait.

« Under the Silver Lake », c’est sans aucun doute du cinéma pour cinéphile, exigeant et curieux, énigmatique et audacieux, qui risque pourtant d’en déconcerter plus d’un vis-à-vis du vertige provoqué par son jeu de piste, qui nécessite ainsi plusieurs essais-erreurs de la part du spectateur. Personnellement, on est intrigué, et on s’impatiente déjà de se procurer le DVD du film, et de découvrir la suite de la filmographie singulière du réalisateur.

Diaporama

 <br width='500' height='210' />  <br width='500' height='210' />  <br width='500' height='210' />  <br width='500' height='210' />  <br width='500' height='210' />  <br width='500' height='210' />  <br width='500' height='210' />  <br width='500' height='210' />

Bande-annonce



Au hasard...

RSS

2014-2018 © CINECURE - Tous droits réservés
Haut de page
Réalisé sous SPIP
Habillage ESCAL 4.2.18