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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Claire Denis
Un beau soleil intérieur
Sortie le 27 septembre 2017
Article mis en ligne le 30 août 2017
dernière modification le 30 octobre 2017

par Charles De Clercq
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Une « femme sous influence », indécise et velléitaire, en quête d’un amour impossible.
« Une femme sans tabou, ni pute ni nympho » . Elle pleure et ne sait qui choisir. 51/100

Synopsis : Isabelle, divorcée, un enfant, cherche un amour. Enfin un vrai amour.

Acteurs : Juliette Binoche, Xavier Beauvois, Philippe Katerine, Josiane Balasko, Gérard Depardieu, Nicolas Duvauchelle, Valeria Bruni Tedesch,i Bruno Podalydès, Sandrine Dumas.

Malgré un casting impressionnant et séduisant (dont on suppose que certains rôles assez brefs permettront de vendre le film avec un « nom » sur l’affiche !), le film n’a pas rayonné suffisamment pour nous éblouir. Toutefois, il est probable que les raisons mêmes qui font que le film ne nous a pas emballé seront celles qui séduiront d’autres (ce fut le cas de certains échanges en sortie de salle avec d’autres critiques).

Très clairement (s’agissant de soleil !) Claire Denis change par rapport à ses films précédents et offre une œuvre assez voire très bavarde, esthétisante, comme si c’était une caricature de film d’auteur. Juliette habite profondément et extérieurement (jusqu’au risque d’énerver et de crisper les spectateurs comme le sont ses protagonistes dans le film... et l’on pourrait même dire que le pari serait alors réussi) cette divorcée, une « femme sous influence » [1] et indécise ! La réalisatrice signale que c’est le thème de leurs (elle et la coscénariste Christine Angot) ’propres « agonies amoureuses » qui a déclenché l’écriture’. Elle précise ainsi : « Du coup on s’est servies de nous-mêmes bien comme il faut. La femme, au moment où elle apparaît dans le scénario, c’est d’abord nous, Christine Angot et moi. Nos morceaux de vies, nos fractions d’histoires. C’est ensuite que Juliette s’est matérialisée dans notre esprit. Juliette Binoche s’est imposée à nous comme l’intermédiaire idéale dans le rôle d’Isabelle. Il fallait un corps féminin crémeux, voluptueux, désirable. Une femme belle de visage et de chair, chez laquelle il n’y a pas de défaite annoncée, pour laquelle, dans les combats amoureux, la victoire est possible, sans laisser penser pour autant que c’est gagné d’avance. »

C’est ensuite au tour du spectateur d’agoniser, de combattre contre cette femme qui lui est imposée. Passant d’un homme à l’autre, les accueillant et rejetant tout à la fois, disant une chose et puis son contraire, définition parfaite du mot « velléitaire ». Ceux et celle qui viendront pour Depardieu ne le découvriront qu’à la fin, miroir masculin d’Isabelle, voyant qui hésite sur l’avenir de sa cliente (patiente ?), sur le sien, sur le leur et qui ne sait se dire à lui-même et à elle ce qui lui passe par la tête, son désir, ses incertitudes... Les vis-à-vis masculins de Juliette Binoche jouent bien sûr leur partition au gré de ses incertitudes dans un film qui déroutera les habitués du cinéma de Claire Denis et pourrait en séduire d’autres, probablement. Pour leur donner éventuellement (et sans jouer ici à Isabelle !) ils trouveront ci-après quelques extraits de la note d’intention de la réalisatrice (cliquez pour lire).


Ce qu’en dit Claire Denis !

Extrait du dossier presse
J’avais une vision précise du personnage d’Isabelle. Je voyais une femme brune, très femme, avec des cuissardes, parce que c’est son désir. On voit les cuisses entre la mini-jupe et le haut de ses bottes. Pour ses cheveux : au carré, coupés comme ceux des femmes un peu guerrières de Mystic, ces pochoirs monochromes que l’on voyait dans les rues dans les années 80. J’avais aussi en mémoire les figures de Crepax : des femmes brunes avec des cheveux courts et une forte aura sexuelle. Une femme sans tabou, ni pute ni nympho. Isabelle sait aussi que si elle veut aller vers de vraies amours, elle en pleurera. J’en ai marre que les personnages de cinéma soient si invariablement héroïques, on ne peut l’être toujours, et Isabelle ne cherche plus à l’être.

Isabelle est une femme qui voit s’ouvrir sous ses pieds l’écart entre ce qu’elle cherche chez les hommes et ce qu’elle obtient. Cette béance va s’élargissant au fil de ses rencontres et des « fragments ». Mais ce n’est pas une version féminine de Dom Juan : une séductrice dépressive, victime d’une addiction qui la tuerait lentement. Elle serait plutôt du côté de Casanova et du plaisir hédoniste, mais comme elle est une femme, ce doit être beaucoup mieux dissimulé.

Le choix des hommes qu’elle fréquente ou qu’elle rencontre était crucial. Je ne voulais surtout pas d’une galerie d’acteurs que Juliette aurait embrochés successivement. J’ai placé sur son chemin beaucoup de cinéastes comme Xavier Beauvois ou Bruno Podalydès, et des gens avec qui j’ai un passé commun comme Alex Descas et Laurent Grévill. Cela croise ma propre histoire et une certaine façon d’envisager les hommes : dès mon adolescence, les modèles masculins les plus forts, les plus séduisants pour moi, étaient souvent des cinéastes...

Gérard Depardieu n’arrive qu’à la fin du film, comme un point d’orgue, le bouquet final sur un parcours amoureux. Nous avons tourné la scène du face à face avec Juliette en un jour et cela a donné lieu à la journée de tournage la plus intense que j’aie jamais connu : 16 minutes de film en un seul jour, cela ne m’était jamais arrivé. Nous avons fait deux prises avec Juliette et trois avec Gérard, c’est tout. Il y avait là quelque chose d’un exploit que je n’avais vraiment pas réalisé sur le coup, mais que Gérard m’a fait remarquer ensuite. Cette scène est devenue ce bloc que je ne peux absolument pas couper. Ce n’était pas mon but de relever un défi, mais j’ai bien fait d’aller dans cette direction parce que je suis convaincue que si on avait passé huit jours sur cette scène, on aurait perdu quelque chose et on aurait même beaucoup perdu : la splendeur de Gérard aurait été hachée menu.


Diaporama

Copyright Ad Vitam

Lien vers la critique de Julien Brnl

Notes :

[1Aucun lien bien sûr avec le film de John Cassavetes qui est cent coudées au-dessus de celui-ci !


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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