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CINECURE
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Cinécure est un site appartenant à Charles Declercq et est consacré à ses critiques cinéma, interviews. Si celui-ci produit des émissions consacrées au cinéma sur la radio RCF Bruxelles, celle-ci n’est aucune responsable du site ou de ses contenus et aucun lin contractuel ne les relie. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

Nanni Moretti
Tre piani
Date de sortie : 10/11/2021
Article mis en ligne le 17 octobre 2021

par Charles De Clercq

Synopsis : Une série d’événements va transformer radicalement l’existence des habitants d’un immeuble romain, dévoilant leur difficulté à être parent, frère ou voisin dans un monde où les rancœurs et la peur semblent avoir eu raison du vivre ensemble. Tandis que les hommes sont prisonniers de leurs entêtements, les femmes tentent, chacune à leur manière, de raccommoder ces vies désunies et de transmettre enfin sereinement un amour que l’on aurait pu croire à jamais disparu... (pour un synopsis détaillé, voir au bas de l’article).

Acteurs : Riccardo Scamarcio, Margherita Buy, Alba Rohrwacher, Adriano Giannini, Elena Lietti, Nanni Moretti

Le dernier film de Nanni Moretti a été présenté cet été au Festival de Cannes 2021. Le réalisateur adapte le roman Shalosh Qomot de l’écrivain israélien Eshkol Nevo (publié en 2017). L’intrigue se déroule essentiellement en 2010, puis en 2015 et enfin en 2020. Si le film est intéressant, il est difficile d’y reconnaitre Nanni Moretti, sinon comme acteur de son film. C’est que l’on n’y retrouve pas sa touche habituelle et qu’il est difficile de s’attacher aux personnages. Nous vivons les interactions entre ceux-ci qui habitent des étages différents du même immeuble. Trois appartements, trois familles donc qui partagent un immeuble bourgeois en copropriété ! Le film débute pourtant de manière puissante avec un accident mortel qui impliquera Andrea (Alessandro Sperduti) le fils de Vittorio (Nanni Moretti), un des habitants de l’immeuble. Mais ce sera probablement le seul moment fort du film. Il y a aussi d’autres événements qui vont émailler l’intrigue : un grand père (qui perd la mémoire) qui garde la petite fille de Lucio et que celui-ci soupçonne d’attouchements sur sa fille. Lucio qui est alpagué par Sara, la petite-fille du grand père en question. Lucio succombera à celle-ci qui le provoque. On n’en dira pas plus, sinon que cette affaire passera au tribunal... dans la séquence « cinq ans plus tard », ce qui nuit à la crédibilité du récit, car même en Italie, cinq ans cela fait beaucoup pour juger une affaire de viol potentiel. Le film déçoit donc car on pouvait attendre plus de la part de son réalisateur et qu’il est difficile de s’attacher aux personnages et que l’adaptation d’un histoire israélienne dans une intrigue italienne est boiteuse. Il offre cependant quelques portraits de la nature humaine, des fragilités quotidienne d’hommes et de femmes et des tentatives, parfois désespérées de s’en sortir. Hélas donc, le film nous a paru assez classique, voire convenu, ne sortant pas des sentiers battus et n’offrant pas la saveur piquante, le sel « politique » (au sens noble du terme) de certains de ses grands films. A noter que celui-ci, qui laisse transparaitre des sensations d’enfermement, voire de « confinement » a été tourné avant la pandémie Covid19 et que celles-ci sont donc fortuites.

Comme souvent, lorsque nous n’accrochons pas à un film, nous renvoyons vers d’autres lectures pour ne pas vous enfermer dans la nôtre. On lira ainsi une approche largement positive de Laurent Cambon sur le site à voir à lire ou encore celle du site Le bleu du miroir qui conclut par ces mots : « Nanni Moretti est là pour livrer un geste où l’écriture règne toujours en reine, dans un sillon que lui seul était capable de creuser. »

Synopsis détaillé : ( ! spoiler ! cliquer pour lire)

Lucio, Sara et leur fille de sept ans, Francesca, habitent au premier étage. Dans l’appartement d’en face, il y a Giovanna et Renato, qui servent souvent de baby-sitter pour la petite Francesca. Un soir, Renato, à qui l’on a confié la garde de Francesca, disparaît avec l’enfant pendant plusieurs heures. Lorsqu’on les retrouve enfin, Lucio craint que quelque chose de terrible ne soit arrivé à sa fille. Sa peur se transforme en une véritable obsession.

Au deuxième étage vit Monica, aux prises avec sa première expérience de la maternité. Son mari, Giorgio, est ingénieur et fait de longs séjours à l’étranger pour son travail. Monica mène un combat silencieux contre la solitude et la peur de devenir un jour comme sa mère, hospitalisée pour troubles mentaux. Giorgio comprend qu’il ne peut plus s’éloigner de sa femme et de sa fille. Mais il est peut-être trop tard.

Dora est juge, comme son mari Vittorio. Ils vivent au dernier étage avec leur fils de vingt ans, Andrea. Une nuit, le garçon, ivre, renverse et tue une femme. Désemparé, il demande à ses parents de l’aider à éviter la prison. Vittorio pense que son fils doit être jugé et condamné pour ce qu’il a fait. La tension entre le père et le fils explose, au point de créer un fossé définitif entre les deux. Vittorio oblige Dora à un choix douloureux : lui ou son fils.

Pour en savoir plus : l’avis du réalisateur.

Le film TRE PIANI, comme le livre d’Eshkol Nevo dont il est tiré, raconte l’histoire de trois familles qui vivent dans le même immeuble. Il aborde des thèmes universels tels que la culpabilité, les conséquences de nos choix, la justice et la responsabilité qui accompagne le fait d’être parent. Les personnages, fragiles et effrayés, sont mus par des peurs et des obsessions, et finissent souvent par accomplir des actes extrêmes. Pourtant, leurs motivations émotionnelles et sentimentales sont toujours compréhensibles. Alors que dans le livre, les histoires s’interrompent au plus fort de la crise, dans le film il était important de les faire se dérouler jusqu’au bout, d’étudier les conséquences des choix faits par les personnages, de voir les répercussions que leurs actes ont sur leur vie et sur celle de leurs proches.

Chaque histoire a été développée comme s’il s’agissait d’un film distinct, puis entrelacée avec les autres. L’alternance d’un personnage à l’autre n’autorise aucune suspension du récit, chaque scène devient nécessaire. La profondeur des thèmes abordés par le livre m’a suggéré d’adopter un style simple et sans ornement, qui ne permet ni distractions ni digressions.

À l’heure où nous parlons beaucoup de ce que nous laisserons à nos enfants en termes écologiques, nous parlons peu de ce que nous leur laisserons en termes éthiques et moraux. Chaque geste que nous faisons, même dans l’intimité de notre foyer, a des conséquences qui affecteront les générations futures. Chacun d’entre nous doit en être conscient et responsable : nos actions sont ce que nous laissons en héritage à ceux qui viennent après nous.

Cette histoire raconte notre tendance à mener des vies isolées, à nous éloigner d’une communauté que non seulement nous ne voyons plus, mais dont nous pensons pouvoir nous passer. Pourtant, ce qui arrive à ces personnages nous montre à quel point nous sommes tous concernés par l’effort commun à faire pour se sentir membre d’une communauté. Le film est une invitation à s’ouvrir au monde extérieur qui emplit nos rues, à l’extérieur de nos maisons. Il ne tient qu’à nous de ne pas à nouveau rester enfermés dans nos « trois étages ». (Source : dossier presse)



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