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CINECURE
L’actualité du cinéma

Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

Christian Petzold
Transit
Sortie le 17 octobre 2018
Article mis en ligne le 23 septembre 2018
dernière modification le 16 janvier 2019

par Charles De Clercq
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Petzold ouvre un passage. Il faudra franchir des étapes dont on n’échappe pas : qu’il s’agisse de la mort ou de l’enfer ! Derrière la porte ou avant celle-ci. 92/100

Synopsis : De nos jours, à Marseille, des réfugiés de l’Europe entière rêvent d’embarquer pour l’Amérique, fuyant les forces d’occupation fascistes. Parmi eux, l’Allemand Georg prend l’identité d’un écrivain mort pour profiter de son visa. Il tombe amoureux de Marie, en quête désespérée de l’homme qu’elle aime et sans lequel elle ne partira pas...

Acteurs : Franz Rogowski, Paula Beer, Godehard Giese, Lilien Batman, Maryam Zaree, Barbara Auer, Matthias Brandt, Alex Brendemühl

Après le Transit de René Allio, en 1991 (film que nous n’avons jamais vu et dont ne sommes pas certain qu’il soit disponible en DVD), Christian Petzold signe ici la deuxième adaptation au cinéma du roman homonyme d’Anna Seghers. Son action se déroulait, et nous préférons ici, se déroule, en 1940, à Marseille. Anna Seghers l’écrit entre 1941 et 1942, après son exil à Mexico, qui sera aussi à l’arrière plan des films qui adaptent son récit (probablement très autobiographique). De ce roman, publié en 1947/48, Heinrich Böll dira : « Si ce roman est devenu le plus beau de ce que Anna Seghers a écrit, c’est certainement à cause de la situation historique et politique, atrocement unique, qu’elle a choisie comme modèle référent. Je doute que notre littérature, après 1933, puisse montrer beaucoup de romans qui soient écrits comme celui-ci, sans défaut, avec l’assurance du somnambule ».

Nous pourrions reprendre ces mots pour l’adaptation de Petzold qui est à la fois remarquable, inscrite dans l’Histoire et totalement atemporelle. C’est que le réalisateur (se) joue du temps dans un film qui lui permet de brasser et de traiter des thèmes qui luis sont chers : le couple, la culpabilité, l’amour impossible, l’histoire allemande, petite grande, et déjà abordés dans des films précédents : Wolfsburg (L’Ombre de l’enfant) en 2003 ; Gespenster (Fantômes) en 2005 ; Yella (2007) ; Jerichow (2009), Barbara (2012) et Phoenix (2014).

Le génie de ce récit et de son adaptation est de franchir les contraintes de la temporalité ! Nous sommes en 1940, ou plutôt l’intrigue évoque des faits de cette époque-là, alors que l’étau de l’occupation de la France par l’Allemagne se rapproche dangereusement de Marseille. Mais cette ville et cette France qu’il nous est donné d’entendre et de voir est étrangement contemporaine. Il s’agit d’un Marseille d’aujourd’hui. Mais nous précisons « étrangement » car si l’on filme la ville et des hommes et femmes d’aujourd’hui, il s’agit d’un monde sur le fil (en trompe l’oeil, comme dans la série de Fassbinder) hors du temps. Atemporel. Il n’y a ni ordinateur, ni GSM, ni internet. Une contrainte technique disparait ainsi : point besoin de reconstituer des décors ou de filmer en noir et blanc comme Ozon le fait dans Frantz. La fuite, l’exil, la quête d’une identité et d’une femme se situent bien dans une Histoire concrète, terriblement concrète, mais, en même temps, de façon presque kafkaïenne, résonne comme toujours d’actualité, comme si ce que nous découvrons à nos frontières et même à l’intérieur de celles-ci était toujours là, sous-jacent.

Transit, c’est un récit de passeurs, de passants, de passages ! Il est soutenu tout du long par une voix off allemande dont on ne découvrira que vers la fin qui en est le « porte paroles » ! C’est le récit d’un sas « aux portes de l’enfer », voire dans l’enfer lui-même si l’on entend bien l’histoire racontée par un écrivain qui n’est pas celui que l’on croit (aux sens propre et littéral !). C’est le récit d’une attente insupportable, d’une quête de l’autre, de l’amour, d’une identité à construire. C’est une histoire de fuite, d’exode, de (faux) papiers, d’un dernier roman. Un récit miroir d’une âme en peine. D’une femme amoureuse, d’un amour impossible. D’un acteur fabuleux qui incarne Georg le (ou un) passant Franz Rogowski (déjà vu dans Happy End de Haeneke, avec une « gueule » à la Joaquin Phoenix - jeune !). Georg, le Passeur et le Passant, ouvre le Passage devant différents protagonistes, devant nous également. Transit donc, de Marseille à Mexico. Il faudra franchir des étapes dont on n’échappe pas : qu’il s’agisse de la mort ou de l’enfer ! Derrière la porte ou avant celle-ci. Un film d’une rigueur et d’une densité remarquables !

Mise à jour 16/1/19 : On pourra lire avec profit la critique de Maël Mubalegh sur le site Critikat qui revient sur et relit sa première critique berlinoise plus mitigée. Un double regard, une nouvelle lecture (qui met l’accent sur la voix off - essentielle) qui permet de découvrir l’itinéraire d’une critique, un transit en quelque sorte entre l’interrogation et l’adhésion.

Diaporama

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