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François Ozon
Tout s’est bien passé
Date de sortie : 22/09/2021
Article mis en ligne le 10 septembre 2021
dernière modification le 22 septembre 2021

par Charles De Clercq

Synopsis : A 85 ans, le père d’Emmanuèle est hospitalisé après un accident vasculaire cérébral. Quand il se réveille, diminué et dépendant, cet homme curieux de tout, aimant passionnément la vie, demande à sa fille de l’aider à mourir.

Acteurs : Sophie Marceau, Hanna Schygulla, Charlotte Rampling, André Dussollier, Grégory Gadebois, Géraldine Pailhas, Eric Caravaca

Emmanuèle, c’est feue Emmanuèle Bernheim, décédée en 2017, des suites d’un cancer, à l’âge de 61 ans. Elle était écrivaine et scénariste, notamment pour des films de François Ozon (Sous le sable, Swimming Pool et 5 x2). C’est son histoire, qu’elle publie en 2012, dans son roman Tout s’est bien passé. François Ozon adapte assez fidèlement ce roman, jusqu’aux dialogues. L’intrigue ne surprendra donc pas ceux et celles qui ont lu https://www.alliancevita.org/2020/0... Bernheim. Son histoire, celle de son père plutôt, avait déjà été mise en scène dans un drame documentaire d’Alain Cavalier, Être vivant et le savoir, réalisé, lui aussi, d’après le roman.

C’est avec pudeur et émotion que François Ozon adapte cette histoire vraie de sa collaboratrice et amie, grâce à des acteurs et actrices au service de ce récit, et, tout particulièrement, André Dussollier, bien loin de Tanguy, le retour dans lequel il s’était égaré ! Ici, il donne corps véritablement à cet homme qui en perd le contrôle, se sens diminué, affaibli mais garde sa lucidité pour demander ce qui, aujourd’hui encore est impensable en France parce qu’illégal, à savoir l’euthanasie (celle-ci est légale en Belgique). En fait il ne s’agira pas vraiment d’euthanasie mais de suicide assisté, ce qui n’est pas illégal en Suisse. Ce sont des associations locales qui aident des personnes étrangères qui souhaitent en bénéficier.

Si le film a parfois des allures de thriller sur le très difficile parcours du combattant pour arriver au terme de la demande, résumé par le titre « Tout s’est bien passé », mot qui seront exprimés à la fin du film tout comme dans les dernières lignes du livre, ce n’en est qu’un des aspects. Car il y a auparavant le drame. celui vécu par Claude, l’épouse (Charlotte Rampling) et par les deux sœurs Emmanuèle (Sophie Marceau) et Pascale (Géraldine Pailhas) lorsque André, leur époux et père, demande à en finir à Emmanuèle. Comment faire le deuil avant que celui-ci ne surviennent ? D’autant qu’il faudra tenir compte d’un certain Gérard (Grégory Gadebois) qui tourne autour de l’hôpital et don le spectateur ne comprendra le rôle qu’au milieu du film (alors que l’épouse et les filles connaissent Gérard et son rôle dans l’intrigue).

Le film pourra sembler noir, déprimant et pourtant il offre une lumière sur les questions que chacun se pose sur la vie et la mort, sur le rapport à nos proches, sur la façon dont il est difficile d’accepter leurs choix et décisions, sur l’emprise que nous voulons prendre sur eux en faisant prévaloir nos attentes et désirs sur les leurs ! Comment lâcher prise lorsque l’on sent que la vie ne vaut plus la peine d’être vécue et surtout comment s’assurer que la décision prise est bonne et le choix fait toute lucidité, car il sera irrémédiable ? Comment lâcher prise à notre désir d’être « propriétaire » de nos proches, de leur amour, de leur affection ?

Ozon prend le temps d’aborder ces questions dans ce film, en traduisant avec beaucoup de vérité une histoire personnelle, intime d’une personne qui lui était proche. Mais il ouvre cet intime à une dimension plus universelle, sans voyeurisme, pour nous obliger à regarder en face notre vie et notre mort. Pour nous rappeler qu’être vivant, c’est d’abord être mortel, la seule chose dont nous sommes certains en ce monde. Par ailleurs, et ceci concerne plus la France, ce film pourra peut-être aider à avancer sur les questions éthiques posées par l’euthanasie et le suicide assisté, car il aide à comprendre que celle-ci ne ressortissent pas uniquement du domaine religieux mais qu’elles peuvent être posées en toute lucidité au nom d’une commune humanité !