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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Rachid Djaidani
Tour de France
Sortie le 14 décembre 2016
Article mis en ligne le 27 novembre 2016
dernière modification le 19 décembre 2016

par Charles De Clercq
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La rencontre des contraires dans un film (pas sans défauts) donne une leçon d’humanité.
Le rire - parfois forcé à cause du trait qui l’est tout autant - fait place à l’émotion ! 70/100

Synopsis : Far’Hook est un jeune rappeur de 20 ans. Suite à un règlement de compte, il est obligé de quitter Paris pour quelques temps. Son producteur, Bilal, lui propose alors de prendre sa place et d’accompagner son père Serge faire le tour des ports de France, sur les traces du peintre Joseph Vernet. Malgré le choc des générations et des cultures, une amitié improbable va se nouer entre ce rappeur plein de promesses et ce maçon du nord de la France au cours d’un périple qui les mènera à Marseille pour un concert final, celui de la réconciliation.

Acteurs : Gérard Depardieu, Sadek, Louise Grinberg

En résumé : Malgré, voire grâce aux « clichés » de l’opposition des contraires, Rachid Djaidani fait mouche avec son deuxième film. Quand un acteur chevronné de poids joue les beaufs et s’oppose à un jeune rappeur. Quand la France profonde rencontre celle des banlieue. Quand la poésie, la peinture, le chant et le rap s’accordent pour dire et tenter de vaincre un malaise, cela donne le tournis dans l’émotion.

Tour de France est un film improbable ! Le cinéphile craindra une daube, un film inutile, se demandant ce que Depardieu vient faire là-dedans si ce n’est apporter la caution de son nom (est-ce qu’il a encore du poids – symbolique s’entend ! – aujourd’hui ?) pour vendre le film !

C’est donc avec énormément d’a priori que l’on entre dans la salle de projection… et ceux-ci se confortent dès les premières minutes du film ! De quoi s’agit-il ? Un film de banlieue ? Encore un ! Et ensuite, tout donne l’impression d’une variation sur un tour de France consacré aux vins, Saint-Amour, sorti cet été, avec un « jeune » et un « vieux ». Un feel good movie ? Oui, non ! Et que penser lorsque le critique éclate de rire, contrairement à ses confrères et consoeurs ! Il a beau être (très) bon public, il n’empêche… il y a de quoi se poser des questions, car le film est loin d’être parfait. C’est qu’il est presque cliché par la rencontre inattendue d’un jeune rappeur et d’un français pure souche, retraité. L’un fuit un contexte difficile pour avoir provoqué un autre rappeur. Et l’on sait, au risque de la caricature que dans ce milieu-là les questions d’égo jouent. Et ce qui pourrait être une traque, digne de films de bandes, vire à tout autre chose. C’est que le « français » à un fils qui s’est converti à l’Islam et a renié son père, ou du moins il l’a quitté et ces deux-là ne se parlent plus. Et le rappeur (ici, le ‘vrai’ rappeur Sadek est excellent) va combler l’absence de fils. Mais comment vivre lorsque les univers symboliques sont si différents ? Différence des contraires mise en avant par Les Inrocks qui se fait l’écho de ces deux hommes que tout oppose, « embarqués dans un van sur la route des ports peints par Joseph Vernet où s’opposent vieillesse et jeunesse, catholicisme et islam, peinture et tags, chanson à texte et rap, beauferie et NTM attitude. Soit un catalogue des dissensions qui n’en finissent plus de fracturer la France ».

Et soudain, le rire fait place à autre chose : une émotion et parfois un autre rire, jaune, celui-là, lorsqu’au détour d’une scène, voire d’un quasi gag, l’on se rend compte que l’on se voit comme dans un miroir. Ce n’est certes pas de la haute philosophie, on se trouve aux franges de la caricature certes… mais – souvenons-nous du film qui porte ce terme dans son titre en en faisant les fantassins de la démocratie - n’est-ce pas en grossissant le trait que l’on peut comprendre, être interpellé par des enjeux de société ? N’est-ce pas d’ailleurs le sens du genre « parabolique » ?

C’est que le film peut apparaître alors comme une parabole pour notre temps. Peut, car il faut accepter que plusieurs restent à la porte d’entrée pour y voir une simple comédie française qui surferait sur l’air du temps. D’autres y verront les failles, et elles sont nombreuses, du film et s’y arrêteront. Gageons que ce sera le cas de nombreux confrères… qui se retrouveront dans la critique de ceux des Cahiers du cinéma. En revanche, ma lecture sera dans la mouvance de celles de Positif ou encore d’un confrère (en religion !) parisien qui écrit : Mais leur pérégrination commune de port en port les transforme petit à petit l’un et l’autre. Les préjugés ne tiennent plus quand on accepte la rencontre. Le rappeur est un garçon sensible qui connaît « L’Albatros » de Baudelaire et le peintre ne retient pas ses larmes en entendant Serge Reggiani chanter « Le petit garçon ». Certes il y a quelques maladresses dans la réalisation de ce film, mais j’ai été non seulement plutôt convaincu, mais touché au cœur par les personnages qu’il met en scène.

Et malgré les faiblesses et les failles du film, l’émotion peut advenir ainsi que les interrogations, avec d’autant plus d’acuité que des questions se posent sur la société française en particulier au vu de l’actualité liée aux Primaires de la droite. On ne peut qu’être bluffé par la complémentarité des acteurs, par la tendresse qui passe dans l’évolution de leurs relations. C’est aussi un regard que jette le réalisateur sur le monde, son monde, la France, sa France. Il va de soi que cela ne concerne pas que ce pays voisin et que nous pouvons en tirer les conséquences pour un mieux-vivre-ensemble (ou pas) en ce monde.

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Bande-annonce :


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