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Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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Les critiques de Julien Brnl
The place
Réalisateur(s) : Paolo Genovese
Article mis en ligne le 8 juillet 2018
dernière modification le 26 juillet 2018

par Julien Brnl

➡ Vu au cinéma Caméo des Grignoux - Sortie du film le 13 juin 2018

Signe(s) particulier(s) :

  • adaptation de la série télévisée américaine « The Booth at the End » (2010) ;
  • prix de la mention spéciale dans la catégorie « 7e Parallèle » au BIFF 2018 ;
  • première fois que le réalisateur italien abandonne le style de la comédie, notamment après l’énorme succès national de son dernier film « Perfetti Sconosciuti » (2016).

Résumé : Un homme mystérieux est assis jour après jour à une table du bar « The Place ». Il y accueille ses « clients », qui lui demandent de réaliser leurs souhaits parfois impossibles : une plus belle apparence, la guérison d’un enfant, retrouver la vue, retrouver Dieu… Cet homme silencieux reçoit les demandes les plus diverses. En échange de son aide, il leur demande de lui rendre un service en retour. Désespérés dans leur quête du bonheur retrouvé, ils sont parfois prêts à payer un prix (moral) très élevé. Que seront-ils réellement prêts à faire pour que leurs vœux se réalisent ?

La critique

Et vous, que seriez-vous prêt à faire pour obtenir ce que vous souhaitez le plus au monde ? Voilà la question perturbante que pose le film « The Place » du réalisateur italien Paolo Genovese, lui qui s’attaque pour la première fois à un style différent que celui de la comédie, et avec un certain succès. Adaptation de la série télévisée américaine « The Booth at the End », le film nous emmène dans un restaurant appelé « The Place », dans lequel des hommes et des femmes se relaient jour après jour, tour après tour, à la table d’un mystérieux homme, ce dernier leur offrant la possibilité de réaliser leur vœux le plus cher, mais en échange d’un devoir, aussi immoral ou hors-la-loi soit-il, alors dicté par son grimoire... En nous proposant ce scénario, Paolo Genovese nous invite à pénétrer dans la conscience humaine et ses limites les plus inaccessibles pour une cause on ne peut plus légitime, allant de la guérison d’un mari atteint d’Alzheimer, au souhait de retrouver la foi en Dieu.

D’emblée, la mise en scène sous forme de huit clos est très répétitive, et risque de vous désarçonner par son manque de divertissement, étant donné qu’il ne s’agit là que de discussions autour d’une même table, entre des personnages qui se relaient au chevet d’un homme et de ses pouvoirs, à la nature inconnue. Ce n’est donc pas en termes de spectacle que « The Place » tire son épingle du jeu, mais bien dans sa réflexion. On aime ainsi le développement psychologique des personnages au rythme de la planification de leur mission, entre déterminations et contradictions, et donc de leurs remises en question, au travers desquelles on apprend à les déchiffer. Aussi, le réalisateur confronte certains d’entre eux à des chemins croisés dans la réalisation de leur pacte. Et ce procédé d’exécution est d’autant plus perturbant qu’il offre un regard sur la notion de destin, et de son caractère parfois fatal, et incohérent, rendant parfois ici les souhaits de tiers impossibles, bien que le réalisateur offre un dénouement (heureux ou non) à chacun de ses personnages. Et c’est donc à travers un bien mystérieux homme, et son grimoire, qu’émanent les réponses aux différents souhaits des individus, allant toujours chercher, in fine, dans le sacrifice personnel de tout en chacun, compte tenu de leur personnalité et de leurs croyances. « The Place » met alors en place une analyse de la morale humaine dans tous ses états, au détriment de ses valeurs les plus fondamentales, mais à quel(s) prix ?

On apprécie aussi énormément le mystère caché derrière cet homme assis jour et nuit sur cette table de restaurant sans qu’on ne le mette dehors, tandis que l’on ne sait pas d’où il vient, ni qui il est, ni comment il a fait sa réputation. Tout cela est voulu, et cherche ici à appuyer ici la part de mystère de cet homme, et sorte de démiurge, entre démon et dieu, d’un intermédiaire, ou de toute autre chose. Mais d’un autre côté, c’est peut-être là que le bât blesse, étant donné que le scénario reste dans le flou le plus absolu au regard de sa personnalité et de ses motivations, lui qui est incarné avec stoïcisme par Valerio Mastandrea. Enfin, le final, on ne peut plus énigmatique, confirme qu’on aurait souhaité en savoir plus à son égard, ne fût-ce que dans l’optique de comprendre ses propres enjeux, et de savoir au nom de qui, de quoi il travaille... Et si ce n’était finalement qu’un reflet ?



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