Bandeau
CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

M. Night Shyamalan
The Visit
Sortie le 11 novembre 2015
Article mis en ligne le 3 novembre 2015
dernière modification le 16 novembre 2015

par Charles De Clercq
logo imprimer

Un film angoissant et crépusculaire. Même pas (trop) peur ! 62/100

Synopsis : La semaine de terreur d’un frère et d’une soeur en vacances dans la ferme de leurs grand parents en Pennsylvanie. Après avoir découvert les activités plus que suspectes du vieux couple, les deux jeunes gens voient leurs chances de rentrer chez eux s’amenuiser de jour en jour.

Acteurs : Kathryn Hahn, Deanna Dunagan, Peter McRobbie, Olivia DeJonge, Ed Oxenbould, Benjamin Kanes.

 Found footage

C’est une bien étonnante histoire familiale que nous propose M. Night Shyamalan. Plus qu’un film d’horreur, c’est un film d’angoisse que le spectateur va découvrir. Angoisse « familiale » qui plus est, même si en France le film est interdit aux moins de douze ans et qu’il est « tout public » en Belgique. Et l’on peut comprendre cet accès à tous, car l’angoisse n’est pas totalement flippante. Le réalisateur utilise la technique du « found routage » : le film est celui qui a réellement été tourné par/avec les/des protagonistes du film et qui est retrouvé et témoigne d’un fait qui s’est mal passé et souvent mal terminé. « Réellement », dans le cadre de la fiction bien entendu ! La plupart du temps, cette technique est décevante : les images, tournées caméra à l’épaule sont de médiocre qualité, de même que la prise de son (même si la salle nous diffuse un son surround !) et les angles de prises de vue témoignent des différents incidents et drames qui se sont produits.

Heureusement, dans le cas présent, M. Night Shyamalan « revisite » (c’est le cas d’utiliser ce verbe !) le genre en faisant de l’héroïne (malgré elle) une passionnée de cinéma qui veut faire un film documentaire sur sa famille et particulièrement la visite qu’elle va rendre chez ses grands-parents. Et coup de chance, elle a du matériel semi-professionnel de marque Canon : une caméra et un appareil photographique (EOS 5D Mark II ou III me semble-t-il) qui permet de faire de la vidéo. Il est donc « normal » d’avoir des images excellentes. Dès le début du film, le spectateur- attentif et féru de cinéma - se rendra compte que le film est un montage, notamment à partir d’images issues de la vidéo et de l’appareil photo, et que donc le garçon et la fille s’en sont bien sortis.

 Les trois règles de mammy

Point de place au suspens sauf peut-être sur le pourquoi et le comment de l’attitude bizarre des grands-parents. Ceux-ci imposent trois règles (qui se trouvent reprises sur l’affiche en anglais en haut de cet article) :

  • 1. Amusez-vous
  • 2. Mangez tant que vous le souhaitez
  • 3. Ne quittez jamais votre chambre après 21h30

Si les deux premières ne posent aucun problème, en revanche, on se doute bien que c’est la dernière qui va entraîner nos jeunes amis dans des aventures qui se veulent terrifiantes. En effet, ils vont transgresser l’horaire imposé et sortant de leurs chambres, verront des choses qu’ils ne doivent pas voir. C’est que grand-père et grand-mère sont vraiment très bizarres. Comment et pourquoi ? C’est le peu de surprises qu’il y a dans le film et l’on ne voudrait pas gâcher votre visite !

Si le found footage tient bien la route, il a néanmoins ses limites. Outre certains angles de prises de vues trop bizarres pour être crédibles, il est difficile de croire que pendant les moments d’angoisse (qui se veulent terrifiants) la « réalisatrice » continue à filmer. Le spectateur est donc appelé à laisser de côté le principe de vraisemblance et il devra faire « comme si » !

 Un film a petit budget

A l’arrivée, nous avons découvert un film dans la bonne moyenne de ceux que M. Night Shyamalan a réalisés. Et c’est le film avec le plus petit budget de ce réalisateur : cinq millions de dollars et tournage en moins de quatre semaines. Il précise ainsi : « Un petit budget vous donne l’occasion de vous centrer sur l’intrigue et les personnages, sans se faire avaler par les différents aspects de la production. Un jour cela m’a paru évident et j’ai décidé que dorénavant je me consacrerai à ce format de film. Il y a un rythme créatif plus soutenu, on est dans le bain, les idées arrivent, on les teste, on les concrétise… Avec un gros budget, il faut trois ans pour faire un film, c’est trop long, tout se dilue… ».

Le film a été tourné dans l’ordre chronologique et les acteurs ne connaissaient pas la fin du film. Il n’y a pas de musique ajoutée. La seule bande-son est diététique : elle ne reprend que ce qui est entendu par les différents intervenants. C’est ainsi que le monteur, Luke Ciarrocchi, précise « Sans bande musicale on perd ses repères traditionnels et il faut chercher d’autres solutions afin d’articuler le montage. La bande musicale vous indique aisément ce qu’est censé ressentir le spectateur, or dans le cas de ce film, la qualité de la prestation des comédiens et de la mise en scène se suffit à elle-même. » Seule concession au tournage chronologique : Kathryn Hahn, l’actrice qui joue la mère, n’était pas libre et ses scènes « via Skype ont été réalisées ultérieurement : »Jouer seule avec pour unique réplique ces voix préenregistrées a été une expérience de jeu incomparable, à la fois très difficile et très excitante. Un pari fou, mais passionnant à relever.« 

 Un film »crépusculaire" !

S’il faut remarquer la prestation assez fascinante du jeune acteur Ed Oxenbould (14 ans) dans le rôle de Tyler, la jeune actrice Ed Oxenbould (17 ans) n’est pas en reste lorsqu’elle interprète Becca. Le réalisateur l’a choisie pour son talent, mais aussi pour sa passion pour la réalisation. Il a vu en elle une image de lui-même comme réalisateur.

Enfin, le film « crépusculaire » en quelque sorte est plus angoissant que terrifiant. Il fait parfois sursauter, mais ce n’est pas bien méchant. En revanche, il joue sur le climat, sur les apparences, sur l’identité des uns et des autres et donne à penser et à réfléchir sur les risques liés à ceux qui sont des inconnus dans votre propre famille. The Visit voudrait, paraît-il, avoir une dimension d’humour (noir ?). Hélas, ce n’est pas vraiment manifeste.

 Diaporama

 Bande-annonce :


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


Mots-clés associés



Plan du site Espace rédacteurs puce

RSS

2014-2017 © CINECURE - Tous droits réservés
Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.57