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CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Midi Z
The Road to Mandalay (Adieu Mandalay)
Sortie le 20 septembre 2017
Article mis en ligne le 26 août 2017
dernière modification le 25 septembre 2017

par Charles De Clercq
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Quelles toile enferment et séparent ce couple d’émigrés clandestins ?
Un drame tragique, profondément humain, universel et toujours actuel. 67/100

Synopsis : Liangqing et Guo, deux jeunes birmans, émigrent clandestinement en Thaïlande. Tandis que Liangqing trouve un emploi de plonge dans un restaurant de Bangkok, Guo est embauché dans une usine textile. Sans papiers, leur quotidien est plus que précaire et le jeune couple ne partage pas les mêmes ambitions : si Guo veut gagner assez d’argent pour retourner en Birmanie, Liangqing est prête à tout pour obtenir un visa de travail et échapper à sa condition. (ci-contre, le réalisateur)

Acteurs : Kai Ko, Wu Ke-Xi

S’il s’agit de notre premier film birman, malgré l’exotisme, il raconte une histoire universelle. C’est qu’aujourd’hui, l’émigration est plus visible que jamais (elle n’a probablement jamais cessé tout au long de l’histoire de l’humanité) ; De celui-ci, le réalisateur dit même : « L’histoire de Adieu Mandalay, pour nous Birmans, est d’une totale banalité. Les histoires vraies du monde réel sont parfois plus dramatiques que les films, bien plus cruelles, bien plus violentes. ». Bien plus, il serait probablement lui-même un des personnages de The Road to Mandalay s’il n’était pas allé étudier à Taiwan.

Les protagonistes
« C’est l’histoire d’un couple de Birmans déracinés en Thaïlande. Le personnage masculin appartient à une minorité ethnique de Birmanie. Dans sa jeunesse, il a été recruté de force par l’armée autonome de sa minorité ethnique. C’est un homme bon. Jusqu’à l’âge de 25 ans, il n’a pas eu d’amoureuse. Lianqing est la première femme dont il tombe amoureux. Lianqing, est une fille de la campagne birmane qui a fait des études jusqu’au lycée. Elle est belle, déterminée, obstinée, elle veut tout faire pour réussir et progresser. Confrontée à l’oppression, au préjugés et aux inégalités d’une société patriarcale, elle refuse tout compromis et ne renonce jamais. Elle ne songe qu’à échapper à sa condition subalterne d’ouvrière pour grimper dans l’échelle sociale. Ne réussissant pas à obtenir des papiers d’identité, elle se sent fragile et menacée. Elle voudra à toute force acheter des papiers. »

Ces antihéros de Adieu Mandalay choisissent, non pas la voie de facilité, mais la moins dure ou pénible ou, du moins, la plus facilement acceptable au plan social : « En Birmanie, on dit souvent que pour échapper à la misère, les pauvres n’ont que trois solutions : la première est le trafic de drogue, la deuxième est de tenter sa chance dans une mine de jade, et la troisième est l’émigration clandestine. Cette troisième voie, à savoir passer clandestinement en Thaïlande, est celle que beaucoup choisissent : les risques sont moindres, et dire qu’on « va à l’étranger » est nettement plus présentable. »

C’et une histoire très banale donc que (ra)conte Midi Z. Habitué aux tournages clandestins, rapides et à très petits budgets, il prend ici sont temps pour préparer son long métrage, se documenter et choisir deux acteurs connus pour les rôles principaux alors qu’il pensait travailler avec des non professionnels. Dès la fin 2014 les jeunes acteurs se sont préparés durant un an, sont allés à la « la frontière birmane travailler dans les champs auprès des paysans locaux, afin d’entrer dans l’expérience ressentie de la vie dans les campagnes frontalières. Ils se sont formés de manière complète à tous les aspects de leurs rôles, du dialecte aux gestes et aux postures. Cette immersion dans la réalité, jointe à leur professionnalisme, donne corps aux personnages du film avec la plus grande vérité. »

A l’écran cela donne une œuvre très poignante. Ce couple qui n’en est pas un, si ce n’est par la force des choses, se dessine peu à peu, s’ouvre peut-être un destin, se confronte à une réalité très dure dans sa quête d’un avenir meilleur : la corruption généralisée, l’exploitation, les règlements absurdes, le danger du travail en usine. Elle, Liangqing, travaille dur pour gagner de l’argent, pour l’envoyer à la famille et surtout pour obtenir des papiers pour obtenir un permis de travail et rester en Thaïlande. Elle est lucide, mais se fera souvent arnaquer. Elle finira par rejoindre l’usine textile où travaille Guo, plus lucide, terre à terre. Lui veut retourner au pays.

Les fils textiles qui sont produits dans l’usine forment des toiles qui les enferment et les séparent, si pas physiquement, du moins métaphoriquement. Ils se retrouvent pour manger durant la journée et la nuit. Et justement, dans la nuit, une très belle scène, alors que tous deux dorment dans des lits séparés, Guo tend sa main vers celle de Liangqing, sa main ? Ses doigts… un doigt en fait et la caméra, pudique, fond au noir.
Entretemps l’argent durement gagné sera perdu en pots-de-vin pour tant d’intermédiaires entre eux et des fonctionnaires véreux qui réclameront des sommes importantes pour des papiers qui n’ont aucune valeur (pour info et saisir les montants dont il est questions, sachez que un baht vaut environ un de nos anciens francs belges, autrement dit qu’un euro vaut quarante baht). Deux scènes sont également à relever (parmi tant d’autres qui rendent compte de la triste banalité de tous ces exploités) : la première, une danse quasiment joyeuse, sous l’eau, avec d’autres ouvriers et ouvrières dans la cour de l’usine. La deuxième lorsque Liangqing a dû se résoudre à se prostituer se retrouve dans une chambre d’hôtel. Le récit passera là dans un versant très symbolique où un varan prendra place du client. Point besoin de légende pour comprendre le propos et la situation.

Comment se sortira-t-elle de la prostitution ? Une échappatoire est-elle possible ? Vont-il pouvoir se retrouver, s’aimer ? Et quels murs faut-il escalader pour cela ? En tout cas, sachez que le traditionnel « coupez » de fin de tournage d’une scène et ici de Adieu Mandalay, que le cut final du film restera au travers de la gorge du spectateur. La fin inattendue était pour le réalisateur le point de départ de son scénario, à savoir une histoire tragique racontée par son père médecin. C’était en 1995. La raconter serait spoiler. Mais son père disait à propos de ce drame qu’il était dû au « fait que la femme était trop ambitieuse ; elle voulait à nouveau quitter le pays, alors que le mari n’en avait pas le courage ».

Pour tous ces jeunes qui partent, la Thaïlande apparaît comme le pays-miracle qui leur permettra de « s’enfuir de la cage de prisonnier et changer de vie ». Ils ne savent pas qu’ils ne feront qu’entrer dans une plus grande cage. (Midi Z)

Diaporama

Bande-annonce VF :


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