Bandeau
CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Sally Potter
The Party
Sortie le 13 décembre 2017
Article mis en ligne le 26 novembre 2017
dernière modification le 11 décembre 2017

par Charles De Clercq
logo imprimer

Un carnage à l’anglaise entre un coup de feu inaugural et un coup de théâtre final. 81/100

Synopsis : Janet vient d’être nommée ministre de la santé, l’aboutissement de toute une carrière. Avec son époux Bill, elle réunit quelques amis proches. Mais la fête prend un tournant inattendu quand Bill fait soudainement une révélation inattendue qui choque toute l’assemblée et remet en question leurs relations, leurs convictions politiques et leur mode de vie.

Acteurs : Patricia Clarkson, Bruno Ganz, Kristin Scott-Thomas, Timothy Spall, Emily Mortimer, Cherry Jones, Cillian Murphy.

Sally Potter nous offre ici une comédie noire, typiquement britannique, filmée en noir et blanc, avec une seule caméra, essentiellement portée à l’épaule (hormis quelques plans au début et à la fin). C’est à un véritable carnage (un peu comme dans le film Carnage de Polanski en 2011) que la libération de la parole va donner lieu. Le film, relativement court (71 minutes) se déroule quasiment en huis clos, dans plusieurs pièces d’une maison où trône, dans le salon, Bill, l’époux de Janet, l’héroïne du film qui vient d’être nommée ministre. Il convient de préciser ici ce qui ne l’est pas clairement dans le film, évidence pour les Britanniques et beaucoup moins pour nous, qu’il s’agit d’une « ministre fantôme », dans le shadow cabinet (miroir dans l’opposition du cabinet officiel !). Le spectateur découvrira que si celle-ci (Kristin Scott Thomas) se réjouit de l’évolution de sa carrière politique tout en menant de front une relation adultérine que l’on comprend par le biais d’échanges téléphoniques de l’intéressée.

Toutefois, le temps avançant, Bill (Timothy Spall) va annoncer une nouvelle qui va modifier la donne des relations entre les uns et les autres. Le drame s’amplifie alors au gré des liens que chacun entretient avec les protagonistes. Deux personnages, pas vraiment secondaires, vont traverser cette histoire, à commencer par Gottfried (Bruno Ganz) qui joue le rôle d’un sage, adepte d’une vie saine et naturelle et qui est toujours de (bon) conseil. Aussi, plus jeune par rapport aux autres, Tom (Cillian Murphy) qui semble avoir un compte à régler ou quelque chose à dire et qui fera des haltes fréquentes dans la salle de bains pour snifer un rail de coke ou tâter le pistolet qu’il porte sur lui. Malgré la brièveté du film, les rebondissements sont nombreux, comme dans certaines pièces de théâtre (et le film lui-même donne l’impression d’être du théâtre filmé et assumé !). Le film est très découpé, faisant se succéder les scènes se déroulant en même temps dans plusieurs endroits de la maison ; ajoutons aussi l’utilisation de (très) gros plans.

Après une semaine de répétition avec les acteurs (tous excellents), le tournage s’est déroulé en deux semaines, alors que le pays était en pleine réflexion sur le Brexit (à la mi 2016). Il est donc probable qu’une partie des dialogues fera mouche auprès des compatriotes de la réalisatrice. Même si les spectateurs continentaux ne saisiront pas toutes les allusions et sous-entendus, ceux qui aiment un cinéma de qualité et d’auteur devraient apprécier ce film au noir et blanc tout aussi ciselé que les dialogues.

Un plan éclairant sur la mise en scène :

Concluons ici sur la note d’intention de la réalisatrice qui précise ainsi que son film « est une tragi-comédie où une fête entre amis dégénère vite en règlement de comptes. Une semaine peut paraître longue en politique, mais il suffit de quelques minutes pour mettre à mal une relation personnelle de longue date. Sous la tension, le confinement des personnages fait remonter le non-dit à la surface. Une maison qui semblait être un havre peut rapidement être perçue comme une prison. En tant qu’écrivain, j’ai souhaité explorer cet abime. Je voulais développer l’aspect tragi-comique de la situation. L’humour sur une lame de rasoir. A travers le regard inquisiteur de la caméra, nous sommes les témoins des tentatives désespérées du groupe pour garder un semblant de dignité et de cohérence entre leur morale de droite et leurs idées politiques de gauche. The Party est un film affuté jouant sur l’unité de temps et l’unité de lieu. Le recours au noir et blanc, sans effets spéciaux ni pléthore de décors mettent en avant la narration. Tout est exposé, on ne peut rien cacher, les personnages, la lumière et l’obscurité, la voix et la musique sont au service de l’intrigue. La caméra observe dans l’ombre et guette sans relâche les visages de ces personnages en période de crise au fur et à mesure qu’ils révèlent leur vérité. J’ai eu la chance d’être servie par d’excellents acteurs, qui ont pris des risques et se sont mis au service de cet humour cynique et dévastateur avec enthousiasme. A une époque où les événements qui nous entourent donnent plutôt envie de pleurer. »

Diaporama

Bande-annonce :


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


Mots-clés associés



Plan du site Espace rédacteurs puce

RSS

2014-2017 © CINECURE - Tous droits réservés
Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.57