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Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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David Lowery
The Old Man & the Gun
Sortie le 20 février 2019
Article mis en ligne le 7 mars 2019

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • cinquième long métrage écrit et réalisé par David Lowery ;
  • seconde fois que Robert Redfort tourne sous la direction de David Lowery après « Peter et Elliott le Dragon » (2016), tandis quil s’agit de la troisième pour Casey Affleck apparaît dans Les « Amants du Texas » (2013) et « A Ghost Story » (2017) ;
  • scénario basé sur un article rédigé en 2003 par le journaliste David Grann dans The New Yorker, concernant le roi de l’évasion Forrest Tucker (1920-2004) ;
  • Robert Redford, 82 ans, a déclaré en 2016 dans une conversation avec son petit-fils publiée par le Work Art Center qu’il comptait mettre fin à sa carrière d’acteur une fois qu’il aurait terminé ses projets en cours, avant de le confirmer deux ans plus tard à Entertainment Weekly, après soixante ans de carrière.

Résumé : L’histoire vraie de Forrest Tucker, 78 ans, jadis évadé 17 fois de prison, et braqueur de banques qui n’a toujours pas renoncé à sa passion pour les hold-ups...

La critique de Julien

Robert Redford, ce gentleman inné... On ne va pas se mentir en vous disant que cet homme est l’une des dernières légendes vivantes du cinéma, et qui plus est toujours en activité, du haut de ses quatre-vingt-deux ans. Du moins, l’acteur enfile ici pour la dernière fois le costume d’acteur après avoir annoncé il y a quelques mois qu’il était tant pour lui de raccrocher, après soixante ans de carrière. Et même s’il ne faut jamais dire jamais, cette retraite lui permettra peut-être de retourner à la réalisation d’un film... Récemment auréolé d’un César d’Honneur pour l’ensemble de sa carrière, l’acteur retrouve pour la seconde fois le cinéaste David Lowery après le nostalgique et émouvant « Peter et Elliott le Dragon » (2016) de Disney. Et en l’occurrence, l’auteur lui offre avec « The Old Man & the Gun » un rôle paisible, à hauteur de son immense talent et du chemin parcouru, lequel reflète avec admiration l’artiste qu’il est.

Inspiré de la vie du roi de l’évasion Forrest Tucker (1920-2004), et précisément d’un article de presse publié en 2003 dans le « New Yorker » autour des derniers vols de banque commis par le criminel, « The Old Man & the Gun » raconte son incroyable histoire, lui qui était dépendant aux braquages, et lequel s’est évadé un peu plus d’une quinzaine de fois de prison.

Mais attention, car à septante-huit ans, le vieillard multirécidiviste réalisait ses coups en douce, avec classe et sourire radieux, lui qui semblait heureux lorsqu’il agissait. En pleine heure de pointe, et après des semaines de préparation, l’homme agissait toujours de la même manière, pénétrant avec confiance dans une banque, en sollicitant ensuite l’aide d’un banquier, auquel il montrait simplement son arme, lequel s’exécutait dès lors à lui donner l’argent. Difficile ensuite pour la police d’identifier l’homme, vêtu en plus d’un chapeau et d’une moustache, d’autant plus que la description qu’en faisait « ses victimes » ressemblait à celle de n’importe quel vieil homme, pour lequel on aurait, à priori, aucun doute de culpabilité... Mais qu’importe, puisque que Forrest Tucker a finalement été arrêté en 2000, et condamné à treize ans de prison...

Avec ce film, David Lowery rend avant tout hommage à Robert Redford, lequel campe un personnage qui arbore une tenue de route exemplaire dans sa manière d’exercer son art, même s’il est un hors-la-loi. Pourtant, Tucker n’a jamais voulu de mal à personne : il ne savait juste pas s’arrêter de cambrioler des banques. Marié à trois reprises, Lowery présente ici le personnage comme un loup solitaire, lequel éprouvera, entre deux braquages, des sentiments pour Jewel, une femme douce, veuve, passionnée de chevaux, et incarnée avec retenue par Sissy Spacek (« Carrie au Bal du Diable »). Au rythme de ses casses et de cette relation, le film tisse un lien inspirant entre les deux hommes, lequel sert avec respect la légende Redford.

Autant dire dès maintenant que « The Old Man & the Gun » n’est pas un divertissement haletant, mais bien un film d’auteur contemplatif, qui prend son temps, lequel pose un regard bienveillant sur la carrière légendaire de son acteur. Intelligent et fin, le scénario établit le parallèle entre un travail bien fait, que l’on soit braqueur, acteur ou policier. Qu’il soit alors question du caractère principal (Forrest Tucker), de son interprète tout le long de sa carrière, ou encore du policier qui se charge de l’enquête (Cassey Affleck, pour la troisième fois devant la caméra de Lowery), le film ne cherche pas à condamner quelqu’un, mais plutôt à questionner sur la notion de passion dévorante, et ses limites raisonnables. Aussi, le film offre une belle vision de la vieillesse et de la manière de la vivre, en pleine sérénité et paix avec soi-même. Et puis, mine de rien, Lowery a réussit à servir l’image de son ami au travers de l’histoire d’un criminel. Et ça, il fallait réussir à le faire !

Visuellement, le film baigne dans une photographie granuleuse (lequel a été tourné en super-16mm) et d’époque, agrémentée d’une bande son très jazzy, tandis que l’écriture permet à divers moments quelques clins d’œil à l’œuvre entière de Robert Redford, et cela jusqu’à la cerise sur la gâteau, lors d’un montage final, retraçant les différentes évasions du personnage principal sur fond d’images et grands rôles au cinéma de l’acteur, et principalement celui qu’il campait dans « La Poursuite Impitoyable » (« The Chase ») de Arthur Penn (1966).

On savait déjà que David Lowery était un auteur pas comme les autres. Et si vous n’en n’êtes pas encore convaincus, on vous conseille de voir « A Ghost Story » (2017). Posant un regard lumineux sur le futur, sans jugement, et prenant le temps de mettre toutes les voiles dehors, « The Old Man & the Gun » n’est peut-être pas aussi émouvant qu’on l’aurait espéré, mais il parvient sans nul doute à sublimer la légende qu’est Robert Redford, entre nostalgie et accomplissement de toute une vie. Que voilà une retraite bien méritée, tandis que le cinéma d’aujourd’hui et la jeunesse de demain perd l’une de ses têtes d’affiche, elle qui aura marqué à jamais le septième art, mais qui continuera à le faire par son seul nom et le caractère perpétuel de son œuvre.



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