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Desiree Akhavan
The Miseducation of Cameron Post (Come As You Are)
Sortie du film le 16 juin 2020 en VoD Premium sur Proximus Pick, Voomotion...
Article mis en ligne le 19 juin 2020
dernière modification le 18 juin 2020

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • adaptation du roman « The Miseducation of Cameron Post » (2012) d’Emily Danforth ;
  • Grand Prix du Jury (US Dramatic) au Festival du film de Sundance 2018.

Résumé : Pennsylvanie, 1993. Bienvenue à God’s Promise, établissement isolé au cœur des Rocheuses. Cameron vient d’y poser ses valises. La voilà, comme ses camarades, livrée à Mme. Marsh qui s’est donnée pour mission de remettre ces âmes perdues dans le droit chemin. La faute de Cameron ? S’être laissée griser par ses sentiments naissants pour une autre fille, son amie Coley. Parmi les pensionnaires, il y a Mark l’introverti ou Jane la grande gueule. Tous partagent cette même fêlure, ce désir ardent de pouvoir aimer qui ils veulent. Si personne ne veut les accepter tels qu’ils sont, il leur faut agir...

La critique de Julien

Fervente militante de la culture LGBTQ dans l’industrie cinématographique, Desiree Akhavan, qui s’identifie elle-même comme bisexuelle, adapte librement pour son second long métrage le roman d’Emily Danforth « The Miseducation of Cameron Post », six années après « Appropriate Behavior », une semi-biographie dans laquelle elle jouait également le rôle principal, soit celui d’une femme Perse américaine bisexuelle, vivant à Brooklyn, et qui luttait alors pour reconstruire sa vie après avoir rompu avec sa petite amie. Sorti aux Etats-Unis et au Royaume-Uni en 2018, ce deuxième essai indépendant débarque enfin chez nous, lui qui raconte l’intégration d’une adolescente orpheline envoyée en thérapie de conversion homosexuel(le)s par sa tante très conservatrice, après avoir été découverte, par son petit copain, en pleine relation sexuelle avec une fille.

Parmi les différences notables avec le roman, il y a tout d’abord l’année durant laquelle situe l’action principale du récit, soit ici en 1993, et non pas en 1989 comme dans son modèle, tandis que Cameron Post n’a pas ici douze ans, et semble ainsi un peu plus âgée, ce qui convient davantage avec l’idée de passage à l’âge adulte d’une adolescente, jouée ici par Chloë Grace Moretz (« Hugo Cabret », « Sils Maria », « Greta »). Sans être aussi extrémiste, austère et radical que les récents films « Boy Erased » (2018) de Joel Edgerton ou encore « Tremblements » (2019) de Jayro Bustamante sur la question de ces lieux de thérapie, Desiree Akhavan nous montre comment ses responsables de confession chrétienne, alors persuadés d’aider ses pensionnaires (appelés « disciples »), s’y prennent pour soi-disant les guérir de leur attirance pour une personne du même sexe. Or, ici, dans le centre « La Promesse de Dieu », force est de constater que sa directrice Dre Lydia Marsh (Jennifer Ehle) et son frère, le révérend Rick (John Gallagher Jr.) - qu’elle aurait elle-même guéri de sa propre homosexualité - ne savent pas trop ce qu’ils font... Et pour le coup, la cinéaste montre une image qui remet à sa place, c’est-à-dire totalement dans le doute ces thérapies de conversion, réprimant l’identité des individus pour qu’ils aient ainsi honte d’eux et de leur image, et dès lors qu’ils arrêtent de croquer la vie à pleines dents, pour entrer dans les carcans, en témoigne le personnage joué par Emily Skeggs (Erin), qui n’est plus que l’ombre d’elle-même, cantonnée à s’auto-flageller psychologiquement.

Si l’on savait déjà que ces endroits ne guérissent en aucun cas ce pourquoi des gens y sont envoyés, « The Miseducation of Cameron Post » ne cherchent pourtant pas à ternir leur image qui galvaude la bonne parole de Dieu, mais tout simplement à les regarder à hauteur d’adolescents, assez malins et subtils pour y voir clair dans leur jeu, et ainsi se positionner en rébellion mutuelle dans leur scepticisme quant à l’objectif d’un tel lieu, soit ici un camp. Et cela est tout à fait ici à leur honneur. Ainsi, Cameron, Jane Fonda (Sasha Lane, vue dans « American Honey d’Andrea Arnold), qui a grandi dans une commune hippie, et Adam Red Eagle (Forrest Goodluck, vu dans »The Revenant« d’Alejandro González Iñárritu), un Lakota bispirituel dont le père s’est converti au christianisme, ne se laisseront pas avoir par l’abus émotionnel et psychologique mis en place par ces thérapeutes (ou devrait-on dire »accompagnateurs"), qui, en s’y prenant de manière douce et bienveillante à l’égard de leurs jeunes, tentent de remettre en cause leur homosexualité en la liant avec des blessures profondes ou encore une quête déplacée de ressemblance envers un être de même sexe, ce qui expliquerait dès lors leur attirance, eux qui se servent en réalité de la difficulté de se découvrir homosexuel dans un milieu religieux, pour remettre alors en question ces jeunes dans leur douleur, et position. Or, tout cela est vicieux, et lâche. Bref, aimer qui l’on veut aimer est un droit naturel fondamental, c’est l’empêcher qui est contre-nature.

Sans être une grande réalisation, mais avec une sincérité d’interprétation sans pathos, ainsi qu’une liberté de propos adaptés, et un contre-pied engageant, « The Miseducation of Cameron Post » en dit long sur les thérapies de conversion pour homosexuel(le)s, humiliantes à un moment pourtant vulnérable de la vie d’un adolescent en plein passage à l’âge adulte.

https://www.youtube.com/embed/d1o7ftUPXDs
COME AS YOU ARE |2017| VOSTFR WebRip - YouTube