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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

James Gray
The Lost City of Z
Sortie le 15 mars 2017
Article mis en ligne le 4 mars 2017

par Charles De Clercq
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A la découverte d’une cité oubliée et d’un explorateur profondément humain.
Une histoire vraie et (trop ?) longue aux antipodes du genre Indiana Jones ! 79/100

Synopsis : L’histoire vraie de Percival Harrison Fawcett, un des plus grands explorateurs du XXe siècle. Percy Fawcett est un colonel britannique reconnu et un mari aimant. En 1906, alors qu’il s’apprête à devenir père, la Société géographique royale d’Angleterre lui propose de partir en Amazonie afin de cartographier les frontières entre le Brésil et la Bolivie. Sur place, l’homme se prend de passion pour l’exploration et découvre des traces de ce qu’il pense être une cité perdue très ancienne. De retour en Angleterre, Fawcett n’a de cesse de penser à cette mystérieuse civilisation, tiraillé entre son amour pour sa famille et sa soif d’exploration et de gloire…

Acteurs : Sienna Miller, Charlie Hunnam, Tom Holland, Robert Pattinson, Angus MacFadyen.

Si vous connaissez l’histoire de l’explorateur Percival Harrison Fawcett (1867-1925 ?), vous serez en territoire connu en découvrant cette adaptation de James Gray dont vous pouvez prendre connaissance ci-après du


Synopsis complet (attention spoilers !)

En 1906, l’explorateur britannique Percy Fawcett (Charlie Hunnam) se rend en Amazonie, où il découvre les traces d’une civilisation avancée jusqu’alors inconnue.

Au cours des deux années de cette expédition organisée par la Royal Geographical Society, Percy Fawcett et son aide de camp, Henry Costin (Robert Pattinson), cartographient des régions inexplorées de Bolivie, et avec l’aide des tribus locales, remontent le légendaire Rio Verde jusqu’à sa spectaculaire source. C’est là, au cœur de la forêt tropicale, que Fawcett découvre des fragments de poterie érodés qui semblent indiquer la présence d’une cité perdue.

Lorsque l’explorateur rentre en Angleterre et annonce avoir découvert une ancienne civilisation sud-américaine qu’il baptise The Lost City of Z, il est tourné en ridicule par les membres de la communauté scientifique, pour qui les populations indigènes ne sont rien d’autre que des « sauvages ». Fawcett mesure également à quel point ses aventures ont affecté sa femme, Nina (Sienna Miller), et leur jeune fils, né en son absence. Avec l’aide et les encouragements de Nina, il défie les sceptiques et organise une seconde expédition à laquelle participe le riche aventurier James Murray (Angus Macfadyen).

Au cours de cet éprouvant périple, Fawcett et ses hommes survivent à de puissants rapides, des pluies de flèches, des cannibales, des pluies torrentielles, à la maladie et au manque de nourriture. L’explorateur fait cependant une découverte passionnante : il repère de mystérieuses sculptures réalisées dans la pierre. Malheureusement, il est obligé de rebrousser chemin lorsque James Murray, affaibli, sabote la mission.

De retour au Royaume-Uni au commencement de la Première Guerre mondiale, Fawcett ne parvient pas à retrouver ses marques auprès des siens. Il se rend en France pour diriger une brigade d’artillerie dans les tranchées. Des années plus tard, son fils Jack (Tom Holland), jadis plein d’amertume envers son père, le convainc de mettre fin à sa retraite anticipée et de repartir avec lui en Amazonie afin de mettre au jour The Lost City of Z. Quarante millions de lecteurs suivent leurs aventures dans le journal, jusqu’à leur mystérieuse disparition en 1925…


qu’il vaut donc mieux ne pas lire si vous désirez être surpris par cette histoire qui a inspiré Hergé (L’oreille cassée), Henri Vernes, lorsqu’il envoie Bob Morane Sur la piste de Fawcett ou encore Hugo Pratt avec son héros Corto Maltese dans Corto toujours un peu plus loin.

C’est donc une « histoire vraie », comme l’on dit, ce qui n’est pas d’office un gage de qualité, comme l’écrit un confrère français (religieux... et passionné de cinéma !) qui met en cause l’affirmation de certains qu’il s’agirait d’un gage de sérieux et de qualité. Il réagissait à propos de réflexions relatives à l’émotion suscitée par le film Lion, film pour lequel il précisait : « l’histoire est émouvante à souhait, mais, d’un point de vue cinématographique, c’est très moyen », point de vue que je ne partage pas, mais peu importe. C’est qu’ici, justement il y a peu d’émotion au sens hollywoodien habituel et malgré le titre qui pourrait faire penser à une variation d’aventure de type Indiana Jones nous en sommes aux antipodes : à la fois ancré dans le réel, mais aussi dans la sobriété... du moins des images et situations, car le film prend son temps pour nous faire découvrir vingt ans de la vie et des exploits du célèbre explorateur.

Au service de ce récit, une très belle brochette d’acteurs qui arrivent à s’effacer devant leurs personnages à tel point que ceux-ci sont quasi méconnaissables, surtout si l’on ne s’informe pas du nom des interprètes avant de voir le film ! A commencer par Charlie Hunnam qui, outre quelques grands films avait joué le rôle de Jax Teller dans la série Sons of Anarchy et qui avait été remarqué dans le rôle du jeune Nathan Maloney dans la série Queer as Folk (UK). Ensuite Robert Pattinson soi-même qui a pu échapper au monde cruel des vampires pour s’investir dans des films tels que Cosmopolis, Maps to the Stars, The Rover, ou, Life... ou encore le jeune Tom Holland, futur Spider-Man !

« Nous savons si peu du monde »(*)

Le film que nous offre James Gray est de facture (très) classique et souffrira pour certains de sa longueur alors même que de nombreuses situations sont simplement évoquées, survolées dans un long métrage qui comporte de nombreuses ellipses. Il faut espérer que la longueur du film ne sera pas un obstacle à sa vision, car derrière la quête et les combats de Percival Harrison Fawcett, le spectateur découvrira un explorateur très humain, soucieux d’une reconnaissance de droits à ceux que l’on appelle encore des « sauvages ». Machisme quand tu nous tient ! Percival mène des combats en leur faveur face à ses pairs qui ne peuvent y voir, au mieux, que des sous-hommes que l’on peut exploiter et qui, en tout cas, ne peuvent avoir été à la base d’une civilisation digne de ce nom. Il faudra pondérer cela. En effet, notre explorateur, très soucieux de ceux que certains voudraient voir uniquement comme des sous-hommes... ne peut accepter que son épouse revendique des droits comme femme et lui interdira de l’accompagner.

C’est aussi l’occasion de découvrir certains aspects de la Guerre 14-18, celle dont ont pensait qu’elle ne durerait pas et qui est au cœur d’autres « mémoires » de Vera Brittain adapté en mélodrame dans Testament of Youth (Mémoires de jeunesse) réalisé par James Kent (2015). Enfin, ce sera sous forme symbolique, un passage de l’autre côté du miroir, en quelque sorte, que le réalisateur nous fera connaître l’inconnu, à savoir la fin mystérieuse de l’histoire de Fawcett !

Celui ou celle qui désire prolonger la réflexion ou en savoir plus trouvera sous le diaporama ci-après deux chapitres à déployer, l’un consacré aux notes d’intention du réalisateur, l’autre aux repères chronologiques. Occasion donc de mieux connaître le contexte d’un film qui parle autant si pas plus à la tête qu’au cœur !

(*) exprimé par Percival Harrison Fawcett durant le film.

Diaporama

Pour aller plus loin !


Notes d’intentions de James Gray

Au cours du long et difficile chemin accompli pour porter à l’écran The Lost City of Z, ce film est devenu une véritable obsession pour moi – ce qui est somme toute assez logique étant donné son sujet. L’intérêt de Percy Fawcett pour l’Amazonie et ses peuplades était motivé par de nombreux facteurs et son histoire est marquée par d’incroyables rebondissements, mais lorsque j’ai lu le livre de David Grann, une idée m’a semblé particulièrement intéressante à explorer : celle de la soif de découverte de cet homme. Son rêve de découvrir une ancienne civilisation amazonienne lui a permis d’endurer d’inimaginables épreuves, le scepticisme de la communauté scientifique, de terribles trahisons et les longues années passées loin de sa famille.

Le film évoque également le problème des classes ainsi que la difficulté de certains individus à trouver leur place au sein de la société. J’ai aussi été fasciné par les conflits intérieurs de Fawcett. Outre ses désaccords avec la communauté scientifique et l’armée britannique, c’est également un homme en contradiction avec lui-même, tout à la fois ambitieux officier qui n’apprécie pas de se voir confier une mission en apparence obscure, père de famille dévoué et patriote devenu grand aventurier, et soldat méticuleux et pragmatique qui croit secrètement, et de manière quasi spirituelle, à l’existence de The Lost City of Z.

Comme c’est souvent le cas dans mes films, The Lost City of Z explore le thème des liens familiaux. Je me suis particulièrement intéressé au lien indestructible qui unit Percy à sa femme, Nina, ainsi qu’à la relation complexe entre Percy et son fils aîné, Jack, qui a mal vécu l’absence de son père durant l’enfance, mais se joint plus tard à lui pour ce qui se révélera être son ultime expédition.

Enfin, j’ai été captivé par la relation de Percy à la jungle, laquelle est un personnage central du film. Les scènes qui se déroulent en Amazonie ont été tournées au cœur de la forêt tropicale colombienne et bien que notre situation n’ait rien eu de comparable aux privations dont ont souffert Fawcett et ses hommes, nous avons tout de même été confrontés à notre lot de difficultés, qu’il s’agisse des serpents ou de la dengue. En tant que pur New-Yorkais, j’étais on ne peut plus éloigné de mon élément ! Nous avions choisi de tourner le film en 35 mm (comme tous mes films jusqu’à présent), ce qui s’est révélé particulièrement difficile depuis le fin fond de la jungle, car il fallait envoyer les pellicules tournées par avion à plusieurs milliers de kilomètres pour qu’elles soient développées et montées, si bien que nous ne pouvions visionner les rushes qu’une semaine plus tard ! Mais je pense que l’authenticité des décors en valait vraiment la peine. Il est difficile aujourd’hui de s’imaginer un monde dans lequel existeraient encore de vastes étendues inexplorées. À l’inverse, certaines choses n’ont pas changé depuis le début du XXe siècle. Le thème le plus universel et le plus intemporel The Lost City of Z est, selon moi, et comme le dit Fawcett dans le film, que « nous sommes tous faits du même bois ». Il suffit de regarder les informations pour s’apercevoir que le combat de l’humanité pour l’abolition des différences n’a malheureusement rien perdu de sa virulence ni de sa pertinence.


Chronologie

  • 1905 · Le major Percy Fawcett, posté à Cork en Irlande avec son épouse Nina et leur fils Jack, forme les membres de l’armée britannique.
  • Mars 1906 · À Londres, la Royal Geographical Society confie à Fawcett la cartographie de zones inexplorées de la forêt tropicale au Brésil et en Bolivie.
  • Juillet 1906 · Depuis la Bolivie, Fawcett et Henry Costin, son partenaire pour les levés topographiques, parcourent la jungle afin de remontrer le Rio Verde jusqu’à sa source.
  • 1908 · Percy Fawcett rentre en Angleterre convaincu qu’il a existé une civilisation sud-américaine perdue.
  • Mai 1912 · Fawcett dirige sa deuxième expédition à travers la forêt amazonienne avec Henry Costin et James Murray en quête de The Lost City of Z.
  • 28 juin 1914 · L’archiduc François-Ferdinand d’Autriche est assassiné. La Première Guerre mondiale éclate, obligeant Fawcett à rentrer en Angleterre.
  • 28 septembre 1916 · Alors qu’il mène la charge contre des soldats allemands, Fawcett est blessé. À son retour, il est promu lieutenant-colonel.
  • 1923 · Un journaliste interroge Fawcett dans sa maison de campagne de Stoke Canon à propos de ses projets futurs et des expéditions de ses concurrents.
  • Avril 1925 · À la recherche de The Lost City of Z, Percy Fawcett, qui sillonne la forêt amazonienne avec son fils désormais adulte, rédige sa dernière lettre à sa femme avant de disparaître mystérieusement.
  • 1954 · Décès de Nina Fawcett.

Bande-annonce :


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