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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Derek Cianfrance
The Light Between Oceans (La Vie entre deux océans)
Sortie le 9 novembre 2016
Article mis en ligne le 1er octobre 2016

par Charles De Clercq
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Si l’on est irrité par l’aspect tire-larmes trop appuyé par la musique de Desplat : 59/100 !
Si l’on aime les mélodrames : 79/100 ! Dès lors, une cotation bifrons entre deux eaux : 69/100

Synopsis : Sur une petite île sauvage perdue au large de l’Australie, peu après la Première Guerre mondiale, Tom Sherbourne, le gardien du phare, vit heureux avec son épouse Isabel. Loin du tumulte du monde, il peut enfin oublier tout ce qu’il a vécu au combat. Mais leur bonheur se ternit peu à peu : Isabel ne peut pas avoir d’enfant, et elle se désespère... Un jour, un canot vient s’échouer sur la plage, avec à son bord le cadavre d’un homme et un bébé bien vivant. Isabel supplie son mari de garder le secret, de passer outre le règlement et de ne pas signaler l’événement. Elle veut garder l’enfant et l’élever comme le leur... Par amour pour sa femme, Tom accepte. Mais la réalité va les rattraper et le secret ronger leur cœur et leur vie...

Acteurs : Alicia Vikander, Michael Fassbender, Rachel Weisz, Bryan Brown, Jack Thompson, Emily Barclay, Anthony Hayes.

Le nom de Derek Cianfrance fait revenir à la mémoire deux titres Blue Valentine et The Place Beyond The Pines. Le premier racontait la désintégration d’un couple, où il cassait l’image de « belle gueule » de Ryan Gosling qui était magistral dans cette interprétation avec Michelle Williams (qui en fait du chemin depuis la teen-serie Dawson’s Creek). Une histoire pas vraiment tendre dont on pourrait (dé)conseiller la vision aux futurs couples qui se présentent pour une préparation au mariage. C’était en 2011. Deux ans plus tard, il convoque à nouveau Ryan Gosling à l’écran. Le beau gosse était de retour et le réalisateur arrivait à le faire mourir au tiers du film. Devant le savoir-faire de Cianfrance et son culot, on ne peut qu’attendre avec impatience son troisième long métrage de fiction. A l’arrivée, le spectateur oscillera entre admiration et déception.

Certes, le roman de M.L. Stedman, publié en 2012 est mélodramatique à souhait. Il a fait pleurer les jeunes filles et les femmes dans les chaumières (et peut-être leurs maris, amants, compagnons ?). L’histoire était à tomber, craquante, emplie de très et trop bons sentiments. On lira à ce sujet, la critique de Valérie Trierweiler parmi tant d’autres (source). Les thèmes abordés par le roman et par le film sont prometteurs. Sur fond d’une guerre passée (14-18) et des souffrances essentiellement psychologiques qui en résultent, c’est la rencontre d’un homme blessé et d’une femme naïve qui vont vivre l’expérience de la solitude sur une île où Tom (Michael Fassbender) a la charge de gardien de phare. Les fausses couchent se succèdent jusqu’au jour où un enfant leur vient du ciel. En réalité, de la mer, tel le bébé Moïse dans le récit légendaire de l’Ancien Testament ! Le mari est taiseux, replié sur lui-même et à le sens du devoir. Il aime surtout sa femme et celle-ci se meurt de n’avoir pas porté d’enfants à terme. Celui-là qui leur vient comme un cadeau, ignoré de tous, ne demanderait qu’à être « adopté ». Mais qu’en sera-t-il sur cette île si bien nommée Janus ? Comment ne pas y voir le dieu bifrons, au double visage, tourné vers l’avenir et vers le passé, fêté le 1er janvier ?

Cet enfant que le couple fera leur est porteur d’une culpabilité difficile à gérer pour Tom, et qu’Isabel ne voit pas. Le malaise s’installera d’autant plus que le mari apprendra l’origine de l’enfant. Il lui sera difficile de porter cela et il posera des gestes qui prépareront des failles pour l’avenir. L’enfant grandira en sagesse : cette petite fille est toute entière tournée vers l’avenir. Son père lui regarde vers la barque du passé, vers sa « faute », pense à la mère biologique. Sa conduite conduira à mettre les autorités sur sa piste. La petite fille sera écartelée entre mère biologique et l’autre mère qui est pour elle la seule vraie. Plus tard la justice s’en mêlera. La suite à l’écran donc. Tout cela permet de poser les questions de filiation. Qui est père ? Qui est mère ? Comment ? Sont-ce les liens du sang qui définissent uniquement l’identité ? Par ailleurs, en posant la question du pardon, le film sera, d’une certaine façon très « politiquement correct ».

Le cinéphile sera probablement partagé par ce film. Déçu parce que fort différent des autres, quittant la dimension dramatique assumée pour lâcher complètement les vannes d’un mélodrame. En même temps émerveillé parce que le réalisateur (se) joue des conventions du genre en les assumant (ce n’est pas Douglas Sirk cependant). La note est de 7/10 et oscille entre en 8 et un 6. Ce qui entraîne le film vers le bas, c’est surtout sa musique. Elle est confiée à Alexandre Desplat. C’est le compositeur à la mode et beaucoup l’apprécient (alors qu’il irrite d’autres avec la même intensité). Toutefois, ici, c’est trop, beaucoup trop. Les « violons » sont trop appuyés pour que les sanglots longs soient présents toute l’année et pas seulement à l’automne. Il n’y avait pas besoin de musique pour savoir et comprendre qu’il fallait se laisser aller et éventuellement pleurer. Enfin, si le casting est de talent et que l’on apprécie le jeu des trois acteurs principaux : Alicia Vikander, Michael Fassbender, Rachel Weisz, il y a un problème avec cette dernière. C’est son âge. Non pas au sujet du grimage comme dans d’autres films, mais de cohérence par rapport à l’âge de Alicia Vikander qui a vingt ans de moins. Si le jeu des actrices n’est pas en cause, c’est la crédibilité du récit qui en prend un coup.


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB

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