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CINECURE
L’actualité du cinéma

Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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Floor van der Meulen
The Last Male on Earth
Sortie du film le 25 septembre 2019
Article mis en ligne le 29 octobre 2019

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • Floor van der Meulen est une réalisatrice néerlandaise connue sur la scène internationale pour ses documentaires « Storming Paradise » (2014), « 9 days : From My Window in Aleppo » (2016) - qui a remporté l’European Film Award du meilleur court métrage en 2016, elle a qui l’on doit aussi une fiction télévisuelle « In Vrijheid » (2016).

Résumé : Le 19 mars 2018, au Kenya, s’éteignait le dernier rhinocéros blanc du Nord mâle. On l’avait nommé Sudan. Les années qui ont précédé sa mort n’ont pas été solitaires. Des gardes armés veillaient sur lui jour et nuit, il était nourri et choyé par ses soigneurs attitrés. Du monde entier, des journalistes et des touristes sont venus le voir. Quant aux scientifiques, ils restent déterminés à ressusciter un jour l’espèce, grâce au sperme congelé pour 3.000 ans au moins dans des cuves d’azote en Europe. Pourquoi cet intérêt, cette émotion si vive autour d’une espèce en voie d’extinction imminente ? Et que nous dit cette histoire sur notre propre espèce ?

La critique de Julien

Le 19 mars 2018, Sudan, le dernier rhinocéros mâle blanc du nord de 42 ans, a été euthanasié dans la réserve d’Ol Pejeta, au Kenya. Cela vous être sans doute égal, et pourtant, cela représente une perte considérable pour la biodiversité, ainsi que pour nos descendances, qui ne finiront plus qu’à voir ces majestueux mammifères que dans les livres... Mais tout n’est peut-être pas terminé pour cette sous-espèce, en danger critique d’extinction. En effet, il (ne) reste (désormais plus que) deux rhinos connus de cette sous-espèce, et tous deux femelles (Najin et Fatu, âgées respectivement de 26 et 17 ans). Avec « The Last Male on Earth », la cinéaste néerlandaise Floor van der Meulen revient ainsi sur les derniers jours du rhinocéros, rythmé par un compte à rebours jusqu’à sa mort, dans un documentaire qui nous explique comment nous en sommes arrivés-là, et surtout quels sont les (vagues) moyens qu’il nous reste afin de sauver l’espèce. Mais il faut surtout voir ici un cri d’alerte maximale pour toute la biodiversité de la Terre, que l’être humain est en train d’anéantir, dans le seul intérêt de son porte-monnaie.

Située au Kenya, la réserve d’Ol Pejeta est le plus grand sanctuaire de rhinocéros noirs d’Afrique orientale, et abrite deux des derniers rhinocéros blancs du nord. C’est désormais le seul endroit au Kenya pour voir des chimpanzés, dans un sanctuaire créé pour réhabiliter les animaux sauvés du marché noir, et cela grâce au tourisme faunique et à des activités complémentaires visant à réinvestir dans la conservation et les communautés, qui cherche donc les personnes vivant autour de ses frontières pour que la conservation de la vie sauvage se traduise par une éducation, des soins de santé et une infrastructure de meilleure qualité pour la prochaine génération de gardiens de la faune à venir.

Et parmi ses résidents, il y a donc les deux derniers rhinocéros blancs du nord connus. Autant dire que les efforts de conservation sont considérables, les scientifiques étant déterminés à sauver l’espèce grâce à des échantillons de sperme du rhinocéros mâle prélevés sur Soudan, lesquels sont congelés dans des cuves d’azote, pour une durée de vie de 3000 ans. Mais étant donné une chance déjà maigre de reproduction naturelle à l’état sauvage (une gestation dure entre 15 à 18 mois), on l’imagine encore mois si elle venait à être artificielle. Reste alors une solution coûteuse et immorale : le clonage...

Notamment tenue pour aphrodisiaque par les Chinois qui la prennent notamment en infusion, la corne de rhinocéros n’a pourtant aucune vertu médicinale, elle qui n’est constituée essentiellement que de kératine, soit une substance banale retrouvée dans les ongles ou les cheveux. Or, sur le marché noir, et selon le WWF, la corne de rhinocéros se vend plus cher que la cocaïne ou l’or, soit entre 50.000 et 70.000 euros le kilo. C’est-à-dire entre 25.000 et 200.000 euros la corne ! Autant dire que cela attire les convoitises des trafiquants, tandis que le braconnier, de mieux en mieux armé, massacre ces animaux avec sang froid. Et le phénomène ne s’étend pas seulement à l’Afrique ou l’Asie, puisque le 07 mars 2017, un rhinocéros blanc âgé de 4 ans a été abattu dans son enclos en France dans le zoo de Thoiry, dans les Yvelines. L’animal a alors été tué cette nuit de trois balles dans la tête, tandis que l’une de ses deux cornes a été sectionnée, soit une première en Europe, et on l’espère la dernière...

« The Last Male on Earth » tente alors d’éveiller les consciences sur ce problème majeur, et finalement commun à tout être humain. Car nous avons tous un rôle à jouer dans cette histoire. Mais sans grande connaissance sur le sujet, Floor van der Meulen s’évertue à filmer et interviewer des intervenants directs ou non dans la préservation de cette sous-espèce, tels que les soigneurs de Sudan, comme aussi des scientifiques, et même des touristes, venus alors en masse pour caresser la bête, morte avant l’heure, et faire des selfies avec elle, cela soit-disant dans le but que ces derniers prient pour Sudan, et ramènent chez eux le souvenir de leur rencontre, et en parlent à autrui, afin de faire connaître cette situation, et ainsi de suite.

Mais le problème ici, c’est que tous ces retours manquent de conviction, ou donnent alors une impression d’amateurisme. En effet, la question scientifique n’est pas assez approfondie quant aux chances de voir gambader par centaines des rhinocéros blancs dans la savane africaine, tandis que le problème actuel du braconnage est à peine effleuré, sans parler des enjeux politiques et économiques qu’il soulève. Or, cette chasse illégale est un véritable fléau, qui résulte certes pour les rhinocéros de croyances infondées, mais dont les facteurs trouvent leurs origines dans notre monde capitaliste. Et entre nous, tant que de l’argent sera en jeu, l’être humain, avide d’argent, fermera les yeux sur la nature qui l’entoure, alors présente sur Terre depuis bien plus longtemps que lui. Et de quel(s) droit(s) ? Ça, on l’ignore... Quoi qu’il en soit, à ce rythme-là, l’humain courre droit vers l’extinction de la bio-diversité, et dès lors de sa propre survie, tandis que des scientifiques assurent que la sixième extinction massive a débutée, et cela à cause de la surexploitation des ressources naturelles (sur-chasse, surpêche, agriculture intensive, etc.), de la destruction, dégradation, fragmentation et pollution des milieux (eau, air, sol), ou encore des dérèglements des écosystèmes...

Plus évocateur qu’avocat, « The Last Male on Earth » a au moins le mérite de s’attarder sur une situation qui ne peut plus se répéter, et qui nécessite dès lors des solutions, elle qui en soulève tant d’autres. Et même si la manière manque à la fois de tact et de force, tout comme d’arguments solides, ce documentaire alarme. En effet, quand on pense que dans les années 1960, 2360 individus de cette sous-espèce de rhinocéros vivaient encore à l’état sauvage, alors qu’il n’en reste aujourd’hui plus que deux... Va-t-on alors attendre que cela se répète inlassablement pour d’autres espèces, telle que le rhinocéros noir, qui, en 1970, comptait 65 000 individus, contre seulement 5000 aujourd’hui ?



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