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Matthew Vaughn
The King’s Man : Première Mission
Sortie du film le 29 décembre 2021
Article mis en ligne le 2 janvier 2022

par Julien Brnl

Genre : Espionnage, action, comédie

Durée : 131’

Acteurs : Ralph Fiennes, Gemma Arterton, Rhys Ifans, Matthew Goode, Harris Dickinson, Djimon Hounsou, Tom Hollander, Aaron Taylor-Johnson, Stanley Tucci, Daniel Brühl, Matthew Goode, Charles Dance...

Synopsis :
Lorsque les pires tyrans et génies criminels de l’Histoire se réunissent pour planifier l’élimination de millions d’innocents, un homme se lance dans une course contre la montre pour contrecarrer leurs plans. Découvrez les origines de la toute première agence de renseignement indépendante.

La critique de Julien

En l’espace de deux films (« The Secret Service » et « The Golden Circle », sortis respectivement en 2015 et 2017), Matthew Vaughn avait hautement réussi à mettre en scène une nouvelle catégorie d’agents secrets britanniques pas comme les autres, à savoir les Kingsman, lesquels étaient basés sur la série de bandes dessinées du même nom créée par Mark Millar et Dave Gibbons. Alors que le troisième opus - et dernier - autour de la relation entre Eggsy (Taron Egerton) et son mentor Harry Hart (Colin Firth) entrera en tournage en septembre prochain, place entre temps à « The King’s Man », prequel que Vaughn réalise également, lequel revient ainsi aux origines de l’organisation des Kingsman, alors initiée par le Duc d’Oxford (Ralph Fiennes), au terme de la Première Guerre mondiale, avant que son futur siège prenne place dans l’emblématique boutique d’un tailleur londonien...

Que les fans et aficionados de l’univers des Kingsman se préparent à être surpris ! Penchant (plus ou moins) sérieux des deux premiers films, « The King’s Man » ne joue en effet pas dans la même cours que ses prédécesseurs, lesquels étaient axés sur le second degré de son action, à la fois débridée, violente, et volontairement parodiée sur celle du plus célèbre des agents secrets. Cette origin-story fait en effet exploser les codes préalablement installés, pour un retour aux sources qui risque d’en dérouter. Et en l’occurrence, celles-ci sont nées dans un contexte loin d’être tout rose, c’est-à-dire celui de la Grande Guerre, suite à l’assassinat en 1914 de l’Archiduc François-Ferdinand (l’héritier présomptif du trône d’Autriche-Hongrie), que le Duc d’Oxford, Orlando (Ralph Fiennes, toujours classe) et son fils Conrad (Harris Dickinson) n’ont - fictivement ici - pas réussi à protéger. Mais « The King’s Man » débute avant cela en 1902, alors que ces derniers assistent impuissants à l’assassinat d’Emily, l’épouse d’Orlando et mère du très jeune Conrad, lors de leur visite dans un camp de concentration en Afrique du Sud, pendant la guerre des Boers. Tout en étant un pacifiste assermenté (et pourtant ancien officier de l’armée qui a reçu la Victoria Cross), cet événement obligera le duc d’Oxford à considérer que le monde a dorénavant besoin de quelqu’un pour parer à de tels conflits avant qu’ils ne surviennent, recrutant dès lors deux de ses serviteurs, Shola (Djimon Hounsou) et Polly (Gemma Arterton), dans son large réseau d’espionnage dédié à la protection du Royaume-Uni et de l’Empire britannique, contre l’approche de la Grande Guerre. Et étant donné la perte de sa moitié, et ne souhaitant pas non plus perdre son fils (pourtant avide de combattre), Orlando verra l’interdire de s’enrôler dans l’armée, ce que Lord Kitchener (Charles Dance), le secrétaire d’État à la Guerre, appuiera...

Disons tout de suite que ce n’est clairement pas pour sa douteuse et opportuniste reconstitution historique que le film se vaut. D’ailleurs, Vaughn et son coscénariste Karl Gajdusek convoitent et réunissent pêle-mêle ici de grandes figures de la Première Guerre mondiale, tels que Grigori Raspoutine (excellent Rhys Ifans), le mystique russe et conseiller de confiance du tsar Nicolas II (Tom Hollander), l’espionne Mata Hari (Valérie Pachner), ainsi que Vladimir Lénine (August Diehl), et bien plus encore (!). On doute ainsi que ce beau monde ne soit réunis autour d’une même table, tandis qu’on s’y perd, clairement, dans les enjeux et coups bas ayant entraîné la Grande Guerre, d’autant plus que la première heure du film souffre de problèmes de rythme, occupée à installer son décor historique contextuel. En termes d’histoire, « The King’s Man » n’est donc pas un bon élève ! Aussi, on sent au travers de la première partie que le réalisateur, scénariste et producteur du film s’est retrouvé coincé entre deux genres totalement opposés. En effet, celle-ci transparaît inévitablement celui de l’univers déjanté de ses aînés, en proposant par exemple des scènes d’action à ne pas prendre au sérieux (majoritairement celles où Raspoutine entre en scène). Pourtant, le ton sur lequel est raconté « The King’s Man » ne va pas de pair avec l’humour qu’il tente d’instaurer, ici et là, vis-à-vis notamment des horreurs commises par ses personnages secondaires, et réels pour certains. Dès lors, en plus de devoir accumuler quelques longueurs, cette première - partie de - mission est trop imprévisible (à son désavantage), et mal dosée. On ne sait dès lors pas sur quel pied danser, au contraire du personnage de Rhys Ifans (très en forme, et en jambe) ! Mais heureusement, Matthew Vaughn sait où il va...

Une fois entré dans le vif du sujet, « The King’s Man » ne perd plus de temps, et offre alors au spectateur un spectacle bourré de scènes d’action aussi excellentes les unes que les autres, très impressionnantes, et violentes, tandis que le rythme s’accélère avec une efficacité assez évidente. On découvre alors là que l’organisation des Kingsman n’a pas été créé pour une partie de plaisir, mais que ses fondements sont bien des plus dramatiques. À cet égard, la seconde partie du film réserve son lot de surprises, même si, une fois de plus, l’émotion peine à émerger, la faute à une rupture de ton trop tranchée. On rebondit sur cet adjectif accordé au féminin en passant au mot tranchée, Matthew Vaughn s’octroyant ici une scène digne du « 1917 » de Sam Mendes, orchestrée à l’aide du chef décorateur Darren Gilford. Sensationnelle, cette dernière vaut rien qu’à elle seule le détour ! Et comme il est évidemment question de guerre (d’autant plus au front), son film transpire d’une bravoure à toute épreuve, laquelle offre ainsi un vibrant hommage aux innombrables soldats (inconscients ou non) partis volontairement au combat, et aux millions de victimes.

Enfin, toujours aussi virtuose, le réalisateur s’amuse avec des mouvements de caméra des plus ambitieux, offrant des points de vue inédits (à l’image d’un combat d’épées rappelant ceux d’Errol Flynn) ou de somptueux plans-séquences (celui de l’avion et de la montagne, qui s’en suit) faisant définitivement de « The King’s Man » un divertissement absolument plaisant et généreux dans le spectacle qu’il décide de nous servir une fois que ses chandelles se consument.



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