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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Hugh Sullivan (2014)
The Infinite Man
Sortie au BIFFF le 16 avril 2015
Article mis en ligne le 17 avril 2015
dernière modification le 18 avril 2015

par Charles De Clercq
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86/100

Synopsis BIFFF : Scientifique angoissé, Dean a tout fait pour que cet anniversaire avec sa chérie de Lana soit aussi réussi que le précédent : la routine étant pour notre lascar le summum de la perfection, il a choisi le même lieu, les mêmes fringues et le même programme que l’année d’avant ! Coupette de bulles à 13h54, éveil des sens par un frottis scrupuleusement isocèle à 14h02 et la splendide brouette tonkinoise à 14h08. Mais deux grosses tuiles vont venir parasiter son planning parfait : l’hôtel désormais en faillite ressemble à un bâtiment abandonné de la zone 51 et Terry, l’ex de sa chérie, débarque avec son javelot et sa boîte de capotes afin de lui faire sa roue du paon. Avec succès, en plus. Abandonné comme une pauvre merde, Dean n’a d’autre choix que de bosser sur sa machine à remonter le temps et recommencer ce weekend avec sa belle. La bonne nouvelle, c’est que ça marche du tonnerre ! La mauvaise, c’est que Dean a créé, malgré lui, une boucle temporelle et se retrouve très vite en compagnie d’autres Dean qui débarquent du futur. Parfois seuls. Parfois pas…

Présentation BIFFF : Pour un premier film, il faut non seulement oser le sujet casse-gueule de la boucle temporelle, mais également assumer ses illustres références ! Car ici, on cause de Time crimes, de notre ami Vigalondo, Un Jour Sans Fin, Primer et, évidemment, The Eternal Sunshine of a Spotless Mind. Eh bien, vous savez quoi ? Hugh Sullivan les assume de façon brillante, avec son scénario et ses dialogues ciselés, mais il se pose surtout comme un réalisateur inventif et roublard à suivre de très près ! Et pas uniquement parce qu’il maltraite Nick de Hartley Cœurs à Vifs, hein. Enfin, un peu quand même…

Acteurs : Alex Dimitriades, Hannah Marshall, Josh McConville.

Une surprise si pas la surprise de ce Festival. Un film réalisé avec très très peu de moyens, une unité de lieu et uniquement trois acteurs. Quoique, cela se discute, selon le point de vue pour le nombre et on pourrait parler aussi d’unité d’action et de temps !

Alors clairement, dès le premier tiers du film, je faisais le parallèle avec le relativement peu connu du grand public Los cronocrímenes (Timecrimes), de Nacho Vigalondo (2007). Cela se confirme eu lisant la présentation au moment de rédiger ma chronique. En revanche, les références ne sont pas du côté d’Un jour sans fin. En effet, dans ce cas, il y a la réitération d’une même journée, qui recommence et dont on change le cours. Ici, en revanche, les protagonistes, et leur double, triple... interagissent dans le même espace (voire le même espace-temps). Et c’est là que s’ajoute une autre référence (elle aussi relevée par l’équipe de préparation du dossier) à Primer de Shane Carruth (2004).

Pendant les cinq premières minutes de ce film australien, on peut se demander où le réalisateur veut en arriver. Que va-t-il pouvoir faire avec ses deux personnages qui se retrouvent dans un motel abandonné pour y revivre une histoire d’amour qui s’est déroulée exactement un an plus tôt. Lui est un scientifique et il a inventé une machine apte à enregistrer les émotions et les souvenirs d’un individu. Mais la machine, son fonctionnement, sa construction n’ont d’importance que narrative. Nous n’allons pas dans le sens d’une inflation technologique. On part du principe que cela fonctionne et en acceptant ce présupposé on peut avancer dans le récit sans préoccuper de comment/pourquoi. D’ailleurs si vous n’acceptez pas le principe du voyage temporel (il ne s’agit pas ici de son hypothétique réalité scientifique), inutile de voir ce film ou d’autres et de lire des ouvrages de science-fiction qui utilisent ce thème !

Donc cela fonctionne mais, à défaut de paradoxes temporels, retourner dans le passé n’est pas sans poser quelques problèmes. Pour Dean, le premier est d’être confronté à soi-même et, dans ce cas, de s’apprécier soi-même. Et si ce n’est pas le cas, d’être son propre rival et même jaloux de soi ! Dans ce film assez court (85 minutes) le réalisateur arrive à nous embarquer dans une histoire fascinante où les boucles temporelles et leur gestion compensent très largement la faiblesse et la pauvreté (probablement au sens littéral) des moyens dont il disposait.

C’est que l’histoire implique également Lana qui elle aussi voyage dans le temps. Avec Dean ! Et que le couple se retrouve aussi dans le passé. Là où cela devient absolument jubilatoire et jouissif, c’est que les paires temporelles se désapparient ! Lui qui est avec elle dans son orbite temporelle va fortuitement (ou pas) interagir avec une « elle » d’une autre orbite temporelle. Et cela jusqu’à trois niveaux au moins. Tout irait plus ou moins pour le mieux dans le meilleur des mondes pour ces deux-là... mais il y a un intrus, un tiers externe Terry, qui a eu une liaison quatre ans plus tôt avec Lana et qui n’arrive pas à lâcher prise. Et le réalisateur le lance dans les orbites des divers couples... comme on lance un chien dans un jeu de quilles ! On se doute bien que Terry va lui aussi utiliser la machine temporelle. Il a un javelot (ne cherchez pas à comprendre, il est d’origine grecque, enfin il le croit, et il se prend pour un dieu) et il va s’en servir contre son lui du futur ! Ce dernier va se retrouver dans un sac, dans un coffre de voiture... et pas totalement mort...

Écrit ainsi, on a l’impression de perdre pied. Mais Sullivan gère cela de façon admirable. En premier lieu la gestion des personnages avec eux-mêmes dans une autre strate temporelle et en particulier la jalousie. Être jaloux de soi, un soi plus mûr de quelques heures peut-être, mais surtout de l’expérience acquise à cause de ou grâce aux itérations temporelles ! Ensuite, la façon dont il gère les intrications des uns et des autres (et pour rappel, certains couples sont dissociés !) et avec les actions passées. Qui fait quoi ? Qui observe qui... sans compter la caméra qui donne au spectateur un regard qu’il peut croire omniscient... jusqu’à ce qu’une boucle supplémentaire oblige à un regard différent grâce à un autre champ filmé par la caméra. Il en ira de même des échanges, des dialogues, des appels téléphoniques !

C’est un véritable jeu de l’esprit et un tour de force que nous proposent le réalisateur. Pour minimaliste que soit son film, il traite d’un problème complexe en nous le montrant crédible, avec une bonne dose d’humour, beaucoup de tendresse pour ses personnages et un très grand respect pour le spectateur. Pour boucler cet article, il me faut écrire un mot au sujet des impasses liées aux voyages dans le temps. C’est que l’on est bien parti pour rester dans un cercle fermé et donc vicieux, très vicieux, car toute tentative pour en sortir semble faire plus de dégâts qu’au début et complexifier encore la situation. Et il faut avouer qu’à défaut d’une pirouette, c’est par un véritable bouquet final que Hugh Sullivan arrive à faire quitter leur orbite temporelle à Dean et Lana !

Je partage l’enthousiasme d’un ami, Cédric Dautinger, jeune critique cinéma à La Pige
ainsi que celui de Jim Chartrand, dans La Bible urbaine.


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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