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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Destin Cretton
The Glass Castle (Le château de verre)
Sortie le 27 septembre 2017
Article mis en ligne le 22 septembre 2017
dernière modification le 22 octobre 2017

par Charles De Clercq
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Histoire vraie, portrait d’une famille dysfonctionnelle : une mère peintre, un père rêveur.
Contraste entre Jeannette adulte dans la haute société et le passé qui fut le sien ! 66/100

Synopsis : Jeannette Walls, chroniqueuse mondaine à New-York, a tout pour réussir et personne ne peut imaginer quelle fut son enfance. Elevée par un père charismatique, inventeur loufoque qui promet à ses enfants de leur construire un château de verre, mais qui reste hanté par ses propres démons, et une mère artiste fantasque et irresponsable, elle a dû, depuis son plus jeune âge, prendre en charge ses frères et sœurs pour permettre à sa famille dysfonctionnelle de ne pas se perdre totalement. Sillonnant le pays, poursuivis par les créanciers, et refusant de scolariser leurs enfants, les Walls ont tout de même vécu une vie empreinte de poésie et de rêve, qui a laissé des marques indélébiles, mais qui a créé des liens impossibles à renier.

Acteurs : Brie Larson, Naomi Watts, Woody Harrelson, Sarah Snook.

En 2005, âgé de 45 ans, l’écrivaine et journaliste américaine publiait un roman The Glass Castle, traduit en français sous le titre Le Château de verre. Récit autobiographique, retour sur son enfance qu’elle voulait garder secrète. Une récit qui commence par une histoire de taxi et de poubelle que vous pouvez découvrir ci-après, si vous le souhaitez.


Cliquez pour lire le début du livre...

Je me demandais dans le taxi si je n’étais pas trop habillée pour la soirée quand j’ai aperçu maman en train de fouiller dans une benne à ordures. La nuit venait juste de tomber. Les bourrasques de vent du mois de mars balayaient la fumée s’échappant des soupiraux et les passants marchaient vite, le col relevé. J’étais bloquée dans les embouteillages à deux rues de la réception où j’étais attendue.

Maman se trouvait à cinq mètres. Elle s’était entouré les épaules de chiffons pour se préserver de la fraîcheur printanière et faisait son choix dans la poubelle pendant que son chien, un terrier croisé noir et blanc, jouait à ses pieds. Ses gestes m’étaient ô combien familiers - la façon dont elle penchait la tête et avançait la lèvre inférieure en scrutant les articles éventuellement utilisables qu’elle venait de pêcher, ses yeux qui s’agrandissaient comme ceux d’un enfant quand elle avait trouvé quelque chose à son goût. En dépit de ses cheveux gris emmêlés et de ses yeux creusés, elle me rappelait encore la mère de mon enfance, celle qui accomplissait des sauts de l’ange du haut des falaises, peignait dans le désert et lisait Shakespeare à haute voix. Ses pommettes saillantes étaient toujours fermes, mais son teint brûlé avait rougi à force d’être exposé aux rigueurs de nombreux hivers et étés. Pour les passants, elle n’était sans doute qu’une SDF parmi les milliers que comptait la ville de New York.

Cela faisait des mois que je ne l’avais vue, et quand elle a levé les yeux, la panique m’a prise à l’idée qu’elle m’aperçoive, m’appelle par mon nom, qu’un invité se rendant à la soirée nous voie ensemble et qu’elle se présente. Mon secret aurait été dévoilé.

Je me suis tassée le plus possible sur mon siège et ai demandé au chauffeur de faire demi-tour pour me ramener chez moi, Park Avenue.

Le taxi m’a laissée au pied de mon immeuble, le portier m’a tenu la porte et le liftier m’a accompagnée à mon étage. Mon mari travaillait tard, comme d’habitude, et le claquement de mes talons sur le parquet ciré a rompu le silence de l’appartement. J’étais encore sous le coup de l’émotion, de cette rencontre inattendue où j’avais vu ma mère fouiller allègrement dans une poubelle. Je me suis mis un morceau de Vivaldi en espérant que la musique me calmerait.

J’ai passé la pièce en revue : les vases bronze et argent du début du siècle et les vieux livres aux reliures de cuir usées que j’avais trouvés dans des marchés aux puces ; des cartes géorgiennes que j’avais encadrées, des tapis persans et le fauteuil de cuir rembourré où j’aimais m’enfoncer en fin de journée. J’avais essayé de m’organiser une maison bien à moi, un lieu où pourrait vivre la personne que je voulais être. Mais mon plaisir était constamment troublé à la pensée que maman et papa se blottissaient sur une grille de trottoir. Je m’inquiétais à leur sujet tout en ayant honte de porter des perles et de vivre dans un appartement sur Park Avenue quand ils cherchaient de quoi manger et se réchauffer.


Destin Daniel Cretton, à qui l’on doit l’excellent Short Term 12 [1] (décrié par certains critiques qui y voyaient « les pires clichés du cinéma indépendant propre à tirer la larme à l’oeil du spectateur ») qu’il met en scène et réalise en 2013, s’attaque et s’attache à ce roman. C’est que cette histoire le touche : « C’est une histoire tellement intime qu’en la lisant, je m’y suis parfaitement retrouvé. Je n’ai pas vécu une enfance aussi délirante que la sienne, mais je me suis reconnu dans sa découverte de l’amour et de ses différentes facettes et dans sa vision de la famille, à la fois merveilleuse et terrifiante. C’est une histoire dont la réalité est palpable et qui offre un formidable exutoire au lecteur. Quand on la lit, on se sent beaucoup moins seul et isolé. ». Le film qu’il qu’il va également mettre en scène et réaliser lui permet de donner à nouveau un rôle à Brie Larson (déjà l’actrice principale de Short Term 12, mais aussi avec d’autres réalisateurs, Room et Don Jon, notamment) celui de l’écrivaine et héroïne.

Tout comme dans le roman, le ton est donné lorsque l’on découvre que le couple fouillant les poubelles et que voit Jeannette Walls depuis un taxi est en réalité ses parents [2]. Le film balancera ensuite entre l’aujourd’hui et le passé de cette famille dysfonctionnelle. L’un et l’autre sont relus et revus par le réalisateur : « Il s’agit d’un travail de fiction, et pas d’un documentaire, mais j’espère qu’en enrichissant le parcours de Jeannette, nous avons réussi à créer une œuvre originale susceptible d’être appréciée par toutes sortes de gens. Le livre de Jeannette a touché énormément de gens et on a vraiment souhaité que le film plaise à tous les amateurs du livre, mais aussi aux Walls. D’une certaine façon, on a cherché à créer un album photo émouvant de leurs souvenirs. ».

La famille que l’on retrouve dans ses origines semble proche de celle formée par Captain Fantastic (on y retrouve même deux des jeunes enfants acteurs, Shree Crooks et Charlie Shotwell y étaient également frère et soeur ! La comparaison s’arrêtera cependant là. C’est que les familles sont radicalement différentes. Dans Captain Fantastic, il y a un choix délibéré d’un style de vie hors des systèmes sociaux et éducatifs tandis que pour The Glass Castle où l’on se concentre sur l’histoire (vraie, rappelons-le) de ces deux anticonformistes que le choix de vie oblige à fuir constamment les conséquences de leurs actions. Là où Viggo Mortensen incarnait un père très présent, conscient de ses choix, Woody Harrelson incarne un père présent par défaut, alcoolique, inventeur... dans ses rêves où il aimerait construire un château de verre pour sa famille... mais dont l’alcoolisme, les absences et la dilapidation du peu de ressources financières ruinent à tous les sens du terme la cellule familiale atypique et dysfonctionnelle. A ses côtés, une épouse et mère artiste, tente tant bien que mal de faire tenir la famille, malgré la faim, la pauvreté, la honte et la fuite de la société... par nécessité. Précisons que Woody Harrelson habite magistralement son personnage, le rendant totalement antipathique. Le spectateur « normal » ressentira une véritable aversion pour ce personnage asocial dont les choix de vie mèneront la plupart des enfants à faire le choix de quitter, voire de fuir la cellule familiale.

Le film qui « parle des liens familiaux et explique qu’il faut parfois accepter le fait qu’on n’est pas toujours aimé comme on le souhaiterait par ses proches, mais qu’on peut malgré tout leur pardonner. C’est très rare d’avoir l’opportunité de voir quelqu’un comme Jeannette passer de l’enfance à l’âge adulte, et d’être témoin des occasions manquées et des malentendus, puis de la voir retrouver ce qu’elle avait perdu. Je tenais vraiment à rester fidèle à son parcours. (Brie Larson) » oscille entre présent et passé, occasion aussi de montrer un certain visage de la société américaine, de l’importance du paraître et des « jeux sociétaux ». Le film est « intéressant » à voir, mais semble parfois bancal, en particulier dans son alternance entre passé et présent, même si l’histoire est vraie... Celle-ci donnera peut-être l’envie de (re)lire le roman.

On pourra poursuivre la réflexion par la lecture de la critique de Jim Chartrand de Montréal, intitulée The Glass Castle : prison de rêves.

Diaporama

Copyright Metropolitan FilmExport

Bande-annonce :

Lien vers la critique de Julien Brnl

Notes :

[1connu aussi sous le titre States of Grace

[2(on l’apprend beaucoup plus vite dans le roman, cf. supra dans le bloc consacré à l’extrait du roman)


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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