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CINECURE
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Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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Yórgos Lánthimos
The Favourite (La favorite)
Sortie le 9 janvier 2019
Article mis en ligne le 1er janvier 2019
dernière modification le 17 mars 2019

par Charles De Clercq

Synopsis : Début du XVIIIème siècle. L’Angleterre et la France sont en guerre. Toutefois, à la cour, la mode est aux courses de canards et à la dégustation d’ananas. La reine Anne, à la santé fragile et au caractère instable, occupe le trône tandis que son amie Lady Sarah gouverne le pays à sa place. Lorsqu’une nouvelle servante, Abigail Hill, arrive à la cour, Lady Sarah la prend sous son aile, pensant qu’elle pourrait être une alliée. Abigail va y voir l’opportunité de renouer avec ses racines aristocratiques. Alors que les enjeux politiques de la guerre absorbent Sarah, Abigail quant à elle parvient à gagner la confiance de la reine et devient sa nouvelle confidente. Cette amitié naissante donne à la jeune femme l’occasion de satisfaire ses ambitions, et elle ne laissera ni homme, ni femme, ni politique, ni même un lapin se mettre en travers de son chemin.

Acteurs : Emma Stone, Rachel Weisz, Olivia Colman, Nicholas Hoult, Joe Alwyn, Mark Gatiss.

Le cinéma de Yorgos Lanthimos avait, jusqu’à présent, surpris ceux qui l’avaient découvert, mais nombre de critiques et de cinéphiles voyaient en ce cinéaste grec un grand réalisateur. Ses films, en particulier Kynodontas (Canines), mais aussi Alps et surtout - parce que la diffusion en fut moins confidentielle The Lobster et The Killing of a Sacred Deer (Mise à mort du cerf sacré) sont surprenants et le mot est faible. Qu’en serait-il de cette favorite ? C’est que ce grec talentueux réalise un film historique en costumes. L’on change radicalement de registre et le thème abordé peut sembler conventionnel. En adaptant une histoire vraie, celle d’un triangle (amour-haine ?) entre la reine Anne, Lady Sarah et Abigail Hill (les liens renvoient aux fiches Wikipédia pour ceux/celles qui souhaitent approfondir le contexte historique) Yórgos Lánthimos allait-il renier son âme et tomber dans les facilités du genre et ses conventions ? Faute de dossier presse, il est difficile de connaître les libertés que prend le réalisateur par rapport à la réalité historique - ce qui est, finalement peu important - lire sur ce point la critique de Bohemian Rhapsody même si ces deux films sont fondamentalement différents, dans les registres, les thèmes traités et les présupposés de départ - car Lánthimos offre ici un regard totalement nouveau. Si la surprise est présente, elle est fondamentalement différente de celles générées par ses premiers films. Le film est clairement « historique » et « en costumes », mais dès le début, quelque chose change. Non seulement le spectateur en a plein la vue : littéralement, d’abord, parce que le cinéaste use (et même, abuse sans qu’il faille y voir un défaut ou un tic) du très grand angle, allant jusqu’au fish-eye. C’est un autre regard et une autre perspective qui sont ainsi offertes au spectateur. Ajoutons le traitement de la lumière et de l’éclairage qui peuvent faire penser à Barry Lyndon (soit lumière du jour ou des bougies sans - apparemment - d’éclairage artificiel !). Enfin, tant les costumes que les bâtiments sont splendides, mais ils sont magnifiés par la caméra qui les glorifie d’une certaine manière.

Si déjà, là, le réalisateur fait œuvre d’exception, qu’en est-il de ceux qui sont ainsi habillés et fréquentent ces lieux ? Les rôles masculins semblent passer au second plan à défaut d’être des seconds rôles, on notera notamment la présence de Nicholas Hoult ; Il en est d’autres bien sûr, mais ils sont plus effacés, car ce sont trois actrices qui tiennent la vedette et rivalisent dans leurs jeux de cour. Si elles sont rivales en plusieurs domaines, Emma Stone, Rachel Weisz et Olivia Colman ont dû faire un véritable travail d’équipe pour rendre compte de tout ce qui habite les personnages qu’elles interprètent. Les rivalités sont politiques, amoureuses et vident des enjeux de pouvoir par abus de faiblesse ou de séduction. Le spectateur verra aussi sa probable empathie changer de camp lorsque l’une et l’autre de ces dames manifesteront leur malice, les tours qu’elles ont dans leur sac, jusqu’au coup du lapin ! L’intrigue est suffisamment dense, intelligente et malicieuse pour tenir le spectateur en haleine dans un film qui ne devrait laisser personne indifférent !

En effet, il y aura désormais un avant et après The Favourite dans le cinéma historique en costumes. Tout comme il y a un avant et après Mommy de Xavier Dolan. Bien qu’il s’agisse de deux films radicalement différents, il sont l’œuvre de réalisateurs qui ont une forte conscience et perception d’eux-mêmes, de ce qu’ils font, de la manière dont ils le font et dont cela est ressenti. L’on pourrait certes penser qu’il s’agit d’utiliser un effet pour lui-même, voire de faire de l’effet pour l’effet et d’en faire un concept qui servirait d’ossature à l’ensemble d’un film. Ainsi le cadrage 1:1 qui s’élargit à deux reprises dans Mommy, et deux respirations, qui rendent encore plus oppressant, le cadre (de l’image et de l’intrigue) a marqué les esprits des spectateurs. Mais pour pertinent que soit le principe utilisé, il ne peut plus être sinon qu’à être réduit à un simple plagiat, à un « truc ». Il en est de même avec Lanthimos qui « ouvre l’oeil » sur un monde qui a ses secrets de couloirs et d’alcôves, sur les intrigues qui s’y tissent et s’y déchirent. En posant sa caméra plus bas que la taille, parfois au ras du sol, il englobe ses personnages dans des décors et un univers qui les dépassent. L’utilisation du grand-angle et parfois du fish-eye offre un point de vue « inhumain », non naturel, tout en gardant les zones d’ombre, ténébreuses, grâce et à cause de l’utilisation de la seule lumière ambiante. Plus qu’un simple refus d’utiliser la lumière artificielle (comme dans Barry Lindon) il y a une volonté de faire du noir un acteur à part entière du film ou plutôt de l’intrigue. Il ne s’agira pas ici de jouer avec les codes du film d’horreur, mais d’ajouter une dimension supplémentaire, là où un réalisateur « classique » optera pour la caméra à l’épaule et à hauteur de visage avec une optique proche de 50 mm pour suivre au plus près les protagonistes. Tout comme Dolan, Lanthimos sait qu’il peut le faire, qu’il peut se l’autoriser et le traduire dans une « technique » intrinsèque au film parce qu’il s’agit-de lui ! Certains crieront à l’arrogance, à l’autosuffisance et lui reprocheront de vouloir trop en faire, voire donner une (mauvaise) leçon de cinéma. Nous ne sommes pas de ceux-là, mais tout comme pour le jeune Dolan (29 ans), nous pouvons poser la question au quarantenaire Lanthimos (45 ans) : et maintenant ? Car ces deux réalisateurs atypiques seront attendus au tournant. Impossible de reproduire des techniques déjà utilisées. Il leur faudra soit innover soit rentrer dans le rang d’un cinéma plus traditionnel. Yórgos Lánthimos, nous attendons votre prochain film les yeux... grands ouverts !

Lien vers la critique de Julien

Diaporama : film, tournage, affiches, promotion

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Copyright 2018 Twentieth Century Fox

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La Favorite | Bande-Annonce [Officielle] VOST HD | 2018 - YouTube


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