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CINECURE
L’actualité du cinéma

Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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Peter Strickland (2014)
The Duke of Burgundy
Sortie le 17 juin 2015
Article mis en ligne le 5 mars 2015
dernière modification le 1er janvier 2017

par Charles De Clercq

Synopsis : Une lépidoptériste (spécialiste des papillons) et une femme de ménage entretiennent une relation sadomasochiste houleuse. Jour après jour le couple entretient un rite qui finit toujours par la punition d’Evelyn, mais Cynthia rêve d’une relation plus conventionnelle. L’obsession d’ Evelyn pousse rapidement leur relation au bord de la rupture.

Acteurs : Sidse Babett Knudsen, Monica Swinn, Chiara D’Anna

 Des papillons à tire d’ailes !

C’est l’histoire de papillons, nombreux, épinglés dans les boîtes de collection d’une entomologiste spécialisée dans les lépidoptères. Des papillons par dizaines, voire centaines, si semblables à quelques menues différences. Ils sont là, l’un à côté de l’autre, dans une répétition fascinante. Cette répétition, ces juxtapositions sont au cœur du film. Ces papillons, analysés, comparés font l’objet de plusieurs exposés, conférences dans une salle où l’on ne voit que des femmes (l n’y aura d’ailleurs aucun homme durant toute la durée du film !). Ces papillons ont leurs ailes déployées, signes d’une époque flamboyante où, de jour ou de nuit, chacun selon son espèce, témoignait d’un potentiel et éphémère moment de gloire. Mais cet état de grâce, signe d’un temps qui suspend son vol en épinglant l’insecte pour être objet d’un discours, fascine par la beauté alignée de tant/temps d’envols bloqués ; mais signe aussi d’un enfermement dans une boîte où l’on ne trouve plus que l’immobilité de la mort...

Stop, je recommence... Un confrère critique de cinéma m’avait mis au défi de commencer ma critique en traitant des papillons. Voilà qui est fait... et ce qui est écrit n’est finalement pas faux.

 Deux femmes en relation sado-maso

C’est l’histoire de deux femmes. Une maîtresse et une servante. Nous les découvrons dans une relation de domination/subordination. Dès le départ, nous « comprenons » - plus exactement, si nous n’avons pas l’habitude des codes du genre, nous croyons avoir compris - qui est qui, qui fait quoi, qui surtout domine : Cynthia. Cette dernière que l’on déteste donc très vite puisque de telles relations ne sont pas de mise dans un monde où l’on rêve d’égalité. Cette domination d’un autre âge ne peut donc qu’entraîner rejet, condamnation, répulsion du spectateur. Et tout comme les papillons qui se succèdent l’un à côté de l’autre : ces deux femmes, la dominante et la dominée, répètent les mêmes gestes, les mêmes mots, les mêmes maux avec parfois d’infimes variations. Des rituels réitérés, mais aussi figés, comme ces papillons enfermés dans leurs boîtes (cercueils ?) épinglés à jamais. Le spectateur découvrira une relation sado-maso autrement plus convaincante que celle de Cinquante nuances de Grey (Fifty Shades of Grey), plus proche de celle de Nymphomaniac, même si la violence est ici plus psychologique que physique. Ce qui surprendra le plus c’est que l’on peut être esclave de son esclavage et aussi esclave de son esclave ! On comprendre à la vision du film que les choses ne sont pas en noir et blanc, que les « mots dits » sont aussi des mots écrits et qu’un scénario n’est pas le seul fait d’un réalisateur ! Il est donc question d’enfermements dans ce film : pas seulement dans un lit à construire ou dans un coffre, mais également dans un rituel. Si l’une veut la reproduction de celui-ci, l’autre souffre probablement de ne pouvoir échapper à cette réitération au risque de perdre l’être aimée. Le spectateur découvrira qu’il a des cadavres dans des boîtes fermées et qu’il ne s’agit peut-être pas uniquement de ceux des papillons.

 Drame ou horreur ?

J’oubliais : les deux protagonistes du film, condamnées à réitérer les mêmes scènes de domination/soumission sont amoureuses. Ces personnages lesbiens sont remarquablement interprétés par Sidse Babett Knudsen (Cynthia) et Chiara D’Anna (Evelyn). Lors du festival des Arcs, cette dernière aurait dit au public qu’il ne devait pas s’empêcher de rire devant certaines scènes. Cela laisse entendre que les codes que nous voyons dans le drame qui se joue ne sont pas adéquats. Pourtant, il y a bien un mot à dire (typique des jeux SM) pour que le jeu cesse. Serait-on proche de certains films italiens des années 70 ? Peut-être à entendre certains critiques. De mon côté, je n’ai pas eu envie de rire durant le film. M’interroger certainement, mais rire : non ! C’est que, mine de rien, ce long métrage - dont la bande-son et les bruitages sont superbes, ainsi que la photographie - vire à une horreur feutrée. Jusqu’où ira-t-on ? Peut-être vers un éternel recommencement.

Il est bien difficile de critiquer ce long métrage dont on a l’impression qu’il est à la fois un film esthétisant, d’« auteur » (on le verrait bien dans un festival de films indépendants) et un film de « genre » (il aurait sa place au BIFFF... mais y serait probablement hué). Et, dans la foulée, le spectateur peut avoir le sentiment qu’il est passé à côté de quelque chose d’important. Ceci explique une note entre enthousiasme et déception, entre deux eaux et surtout... en clin d’oeil !

 Diaporama

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 Bande-annonce en VO :



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