Bandeau
CINECURE
L’actualité du cinéma

Cinécure est un site appartenant à Charles Declercq et est consacré à ses critiques cinéma, interviews. Si celui-ci produit des émissions consacrées au cinéma sur la radio RCF Bruxelles, celle-ci n’est aucune responsable du site ou de ses contenus et aucun lin contractuel ne les relie. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

Roger Michell
The Duke
Sortie du film le 20 avril 2022
Article mis en ligne le 23 avril 2022

par Julien Brnl

Genre : Comédie dramatique

Durée : 96’

Acteurs : Jim Broadbent, Helen Mirren, Fionn Whitehead, Aimée Kelly, Craig Conway...

Synopsis :
En 1961, Kempton Bunton, un chauffeur de taxi sexagénaire, vole à la National Gallery de Londres le portrait du Duc de Wellington peint par Goya. Il envoie alors des notes de rançon, menaçant de ne rendre le tableau qu’à condition que le gouvernement rende l’accès à la télévision gratuit pour les personnes âgées. Cette histoire vraie raconte comment un inoffensif retraité s’est vu recherché par toutes les polices de Grande Bretagne, accomplissant le premier (et unique) vol dans l’histoire du musée.

La critique de Julien

Exposé à la National Gallery de Londres, le portrait du général britannique et duc de Wellington est une huile sur toile du peintre et graveur espagnol Francisco Goya (1746-1828), réalisée de 1812 à 1814. Un siècle et demi plus tard, et précisément en 1961, alors qu’un riche collectionneur d’art américain avait acheté le tableau pour la somme de 140000 £ (390 000 $) (équivalent à 3 186 021 £ en 2020), avec donc l’intention de le ramener chez lui, le gouvernement britannique a décidé d’acheter le tableau, par droit de préemption, afin de l’empêcher de quitter le territoire britannique. Cette décision avait alors engendré la colère d’un certain Kempton Bunton, chauffeur de taxi. Formellement opposé à la redevance télévision, et considérant qu’elle devait être mise à la disposition des plus démunis, cet homme avait notamment fait campagne à Londres dans ce sens, tandis qu’il a même été emprisonné à plusieurs reprises pour avoir refusé de payer sa licence. C’est alors qu’il a décidé de... voler le tableau, et de demander, en tout anonymat, une demande de rançon de la valeur du rachat du tableau, pour être destinée à une association caritative, afin de payer d’innombrables licences de télévision, demandant aussi une amnistie pour le voleur, pour laquelle le tableau serait alors rendu. Et c’est cette incroyable et improbable histoire vraie que le cinéaste Roger Michell (« Coup de foudre à Notting Hill ») adapte aujourd’hui pour le cinéma, avec « The Duke », dramatisée pour l’occasion, et présenté à la Mostra de Venise 2020 (!), lequel est son dernier film, lui qui nous a quitté en septembre 2021, à l’âge de 65 ans...

C’est sur un ton enlevé que le regretté cinéaste met en scène cette histoire pour le moins rocambolesque, et pourtant réelle dans les faits qu’elle met en scène. Jim Broadbent incarne ici un homme aux fortes convictions socialistes, en soutien maladroit mais dévoué à l’homme ordinaire, lui qui se voulait être son défenseur, tandis qu’il rêvait aussi qu’une de ses pièces de théâtre soit mise en scène, ce qui ne sera jamais le cas. Dans sa lutte de la classe ouvrière, Kempton Bunton pensait que la télévision était un remède contre la solitude des retraités, des personnes isolées, et des vétérans. Et tout aussi engagé que l’était son personnage, l’acteur britannique est irrésistible dans son rôle, et donc dans la peau de cet homme excentrique, à la fois partout et nul part en même temps, lequel, s’il ne garde pas tout le temps son sang-froid, a beaucoup de flegme et d’auto-dérision dans sa manière de s’exprimer en public, en témoigne son procès (ici quelque peu surfait), et sa manière indirecte de se donner en spectacle. Face à lui, Helen Mirren incarne avec beaucoup de patience une épouse un brin sévère, et surtout tremblotante dès qu’il lui fera subir une sueur froide. Et elles seront nombreuses ! Cette dernière ne perd d’ailleurs pas une seconde à lui rappeler de penser avant tout à sa famille et de trouver un boulot décent. Mais les époux, bien que fidèles et à l’écoute l’un de l’autre, portent en eux le poids de la disparition tragique de leur fille unique, tandis qu’ils sont également parents de deux grands garçons.

Comédie dramatique et sociale à bien des niveaux, « The Duke » plaît donc avant tout pour ses personnages attachants, et pour son écriture très « franc-parler ». Mais surtout, cette histoire réserve - en plus de cette histoire qu’on croirait écrite expressément pour le cinéma - quelques savoureux retournements de situation, pour autant qu’on ne connaisse pas toutes les révélations de ce vol d’un des trois tableaux du duc de Wellington peint par Goya. Plus surprenant encore, alors que ce vol est entré dans la culture populaire, lui dont le procès fut également très médiatisé, et en réponse directe à celui-ci, un nouvel article de loi du Parlement du Royaume-Uni (n°11 de la loi de 1968) sur le vol a même été promulgué, érigeant en infraction le retrait sans autorisation de tout objet exposé (...) au public dans un bâtiment auquel le public a accès. C’est dire l’intérêt et les réactions qu’ont suscité cette affaire ! Enfin, notons ici une reconstitution très soignée du début des années soixante, à l’aube donc d’un nouveau monde, et cela au travers des décors aux costumes, en passant par les maquillages et les coiffures. Bref, un petit moment de cinéma très plaisant !



Espace privé RSS

2014-2022 © CINECURE - Tous droits réservés
Haut de page
Réalisé sous SPIP
Habillage ESCAL 4.5.43