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James Franco
The Disaster Artist
Sortie le 7 février 2018
Article mis en ligne le 3 février 2018
dernière modification le 20 février 2018

par Charles De Clercq
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James Franco narre la naissance d’n nanar improbable et impossible devenu cultissime !
C’est aussi l’histoire racontée par Greg de son amitié avec Tommy ! Whoooo ! 60 ou 90/100

Synopsis : En 2003, Tommy Wiseau, artiste passionné, mais totalement étranger au milieu du cinéma, entreprend de réaliser un film. Sans savoir vraiment comment s’y prendre, il se lance... et signe « The Room », le plus grand nanar de tous les temps. Comme quoi il n’y a pas qu’une seule méthode pour devenir une légende.

Acteurs : James Franco, Dave Franco, Seth Rogen, Alison Brie, Sharon Stone, Bryan Cranston, Zoey Deutch, Lizzy Caplan, Kristen Bell, Zac Efron.

The Disaster Artist est un film passionnément intéressant et fascinant, mais il est bien difficile d’en désigner la cible, en tout cas en Europe. C’est qu’il est l’adaptation du livre homonyme de Greg Sestero et Tom Bissell qui raconte les aventures et la bromance entre Greg et Tommy Wiseau et l’improbable réalisation du film tout aussi improbable The Room (2003) qui est devenu le nanar des nanars et qui renvoie Ed Wood loin dans les cordes. Notre cotation pourrait très bien être de 90 ou de 60 en fonction de la réception potentielle. Notre cœur de cinéphile (et de lecteur du livre) va vers 90, mais notre tête nous dit qu’il faudrait probablement mettre un 60 au vu de la difficulté de trouver un bon potentiel de réception, à savoir un public qui cerne bien les enjeux du film sans y voir une histoire au premier degré. En effet, peu ont ou auront vu The Room avant la vision de The Disaster Artist hormis certains fans de festivals de films de genre ou sortant des sentiers battus. C’est que, pour nanar qu’il soit, The Room a son public et ses fans avec des projections dédiées, comme c’est le cas pour The Rocky Horror Picture Show qui lui n’est pas un nanar, mais est un véritable film-culte.

Pour la première fois, les frères Franco jouent ensemble et il faut remercier l’ainé de s’être attaqué à un « monument » tel que The Room, ou plutôt l’histoire de sa conception. L’on peut imaginer que le projet a pris naissance et maturité au sein de ce que l’on peut appeler « la bande à Seth Rogen », qui a pondu, notamment This Is the End et qui peuvent se retrouver dans de tels projets très adulescents ! Rien de comparable entre ces deux films, les acteurs, producteurs, etc., mais le fait de rendre un hommage à une œuvre culte, somme toute analogue (avec d’autres enjeux) à celui de The Shape of The Water à Creature from the Black Lagoon. The Disaster Artist est donc un film de potes, de fans, un hommage appuyé et respectueux à Tommy Wiseau incarné par James Franco méconnaissable par le grimage, les prothèses et la perruque. Et c’est sans compter avec son frère Dave dans le rôle de Greg Sestero qui rend compte de l’amitié surprenante entre ces ceux-là. Nous sommes parfois loin de la bromance présente dans le livre, même si le film joue parfois sur cette ambiguïté de manière très soft.

Le film, c’est d’abord l’histoire d’une rencontre de deux hommes lors d’une audition théâtrale. Le jeune Greg est fasciné par la personnalité exubérante de Tommy. Au grand dam des parents du premier qui ne comprenne pas cette amitié singulière entre leur jeune fils et cet homme sans âge qui prétend avoir le même, mais en a probablement quelques dizaines de plus. The Disaster Artist, c’est la mise en œuvre d’un rêve complètement fou, celui de réaliser le meilleur film de tous les temps. Tommy Wiseau dont l’origine est incertaine malgré ce qu’il dit (mais dont l’accent et la langue anglo-américaine sérieusement malmenée trahissent des origines de l’Europe de l’Est), qui a de l’argent qui provient « d’un puits sans fond » selon la banque (et dont on ne sait encore rien à ce jour de la provenance) qui est incompétent mais a les moyens de passer outre avec l’argent et la volonté va entrainer nombre de personnes dans son sillage pour réaliser son film. James Franco nous montre l’évolution de l’amitié entre Tommy et Greg [elle est finalement peu « bromantique » dans le film [1]]. C’est également le tournage rocambolesque du film dont on découvre ainsi quelques scènes qui parleront beaucoup à ceux qui auront vu et revu The Room. Ils comprendront ainsi comment on en est arrivé là. Le chemin tortueux, les impasses, les doutes, les conflits, les abandons, les retrouvailles... L’on arrivera à la fin du film avec la projection inattendue de The Room... C’est en effet là, avant la projection, que s’arrête le roman de Greg Sestero qui prépare déjà le lecteur aux détails inhabituels du début du film : un double logo de la société de Tommy, ses crédits énumérés l’un après l’autre... James Franco construit alors un récit qui sera la fin du film... certes celle de The Room qui semble ainsi coulé dès le départ tout en s’ouvrant à un avenir potentiel (celui qu’il a aujourd’hui) à cause de la « réception » du public qui le prend pour ce que n’a pas voulu en faire son réalisateur, public qui en fera un objet culte.

Greg Sestero écrit ainsi, à la fin de son livre : « L’avant-première de The Room était une preuve de l’ambition et de la détermination sans faille de Tommy. Il avait imposé sa vision au monde, sans lui demander son avis. Il était devenu une star de cinéma, que le monde l’accepte ou nom. Pour en arriver là, il s’était parfois montré tyrannique et cruel. Mais comment ne pas être ému par Tommy ? Lui qui avait dû tant se battre contre le destin pour réussir. Je savais que The Room était une multitude de choses. C’était un mauvais film, un film drôle, un film bizarre, un film magnifique, un film prétentieux, un film absurde, un film maladroit, un film puissant, un film fascinant, un film désastreux, un film indépendant, un film inexplicable et, au final, un film courageux. J’étais là, assis dans ce cinéma, et j’étais fier de Tommy, qui pensait que son film était un bon film dramatique, qui renfermait toutes les pensées les plus profondes sur la vie. A cet égard The Room, c’était, et c’est toujours Tommy, le plus grand et le plus sincère des rêveurs que j’ai connus. Au bout du compte, c’est ce qui compense les aspects détestables et sombres de sa personnalité. Au final, Tommy m’a fait réaliser que tout le monde peut provoquer sa chance et devenir qui il veut même si ça n’est pas toujours facile. ».

L’on comprendra qu’il sera bien difficile à The Disaster Artist de trouver son public. Quoi qu’il en soit, rester jusqu’au bout de celui-ci. Le générique final vous permettra de découvrir côte à côte les images de plusieurs scènes (cultes, voire cultissimes) de The Room et de The Disaster Artist ou plutôt des scènes de The Room tournée dans le film de et avec James Franco. L’on comprendra peut-être alors que celui-ci puisse dire : « A bien des égards Tommy c’est moi [2] ! ». Oserions-nous ajouter avec un joke complètement à côté de la plaque, comme The Room ? Tommy... Whoooo  !

Diaporama

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Copyright Justina Mintz / A24 / New Line Cinema

Bande-annonce :

Notes :

[1ce qui surprend de la part de Franco qui s’était quand même attelé en 2013 à la réalisation de Interior. Leather Bar avec Travis Mathews, une sorte de suite « documentaire » de Cruising (William Friedkin, 1980)

[2(l’italique est en français)


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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