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CINECURE
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Paul Schrader
The Card Counter : un thriller hypnotique
Sortie : 29 décembre 2021
Article mis en ligne le 4 janvier 2022

par Charles De Clercq

synopsis : Sorti de prison, William Tell tente de reprendre sa vie en main en devenant joueur de poker. Mutique et solitaire, il sillonne les casinos, hanté par son passé de vétéran d’Irak.
Il croise simultanément la route de La Linda, qui le convoite comme nouveau “poulain” de son écurie de joueurs professionnels, et Cirk, un jeune homme obsédé par la vengeance. Celui qu’il rend responsable du suicide de son père, n’est nul autre que John Gordo, l’ancien supérieur et instructeur de William, à la prison d’Abou Ghraib, en Irak. Alors qu’il prépare un tournoi décisif, William prend Cirk sous son aile, bien décidé à le détourner de son objectif.

Casting : Oscar Isaac (William Tell), Tye Sheridan (Cirk), Tiffany Haddish (La Linda), Willem Dafoe (John Gordo)

Points particuliers :

  • en compétition à la 78ème Mostra de Venise
  • 22ème long-métrage de Paul Schrader

Cheveux grisonnants soigneusement plaqués, tout habillé de noir, solitaire, impassible, William Tell traverse la vie comme un fantôme. Comme si en s’effaçant, il pouvait effacer son passé. Les cauchemars sont là pour le lui rappeler. Alors il le tient à distance. Grâce au poker, et aux cartes qu’il a appris à compter, en prison. Froidement, méthodiquement. Il ne flambe pas, non, il s’applique à miser le nécessaire pour vivre. Il joue “petit”, tout en choisissant des casinos miteux et des motels minables. Son calme apparent - on sent un potentiel explosif - est d’autant plus troublant, inquiétant qu’il a une drôle de manie : il recouvre de drap blanc tout le mobilier de sa chambre de motel, comme s’il ne voulait laisser ses empreintes nulle part.
Cette routine, c’est son kit de survie.

Jusqu’à ce que deux rencontres la bouleverse : celle de La Linda - Tiffany Haddish - parfaite en “patronne” indépendante, séductrice et romantique - et Cirk - Tye Sheridan, buté et attachant en ado paumé, obsédé par la vengeance, et qui a bien grandi depuis “Mud” de Jeff Nichols.
Une déambulation lancinante - soulignons l’excellente BO composée par Robert Levon Been (du groupe de rock Black Rebel Motorcycle Club) - dans cet univers codé du poker ( pas besoin de savoir jouer, la tension palpable lors des parties est fascinante).

Si cet univers terne et glauque nous fait irrémédiablement penser à “Taxi Driver”, ce n’est pas pour rien. Ce William Tell est bel et bien le cousin éloigné de Travis Bickle (Robert De Niro), puisque Paul Schrader est le scénariste du film de Martin Scorsese. D’un vétéran - du Vietnam - à l’autre - d’Irak - Paul Schrader continue de creuser ses thèmes de prédilection : la culpabilité et la rédemption.
Il le dit lui-même : il “vient d’un milieu calviniste où l’on naît coupable”.

Sauf que la culpabilité et les dégâts psychologiques, comme dans “Taxi Driver”, résultent de la politique menée par son pays.

Schrader pose un regard critique et désenchanté sur cette Amérique post guerre d’Irak - où ceux qui ont eu les mains sales n’ont pas tous été condamnés - mais il le fait aussi avec une créativité visuelle remarquable : filmées au grand angle en plan séquence, les scènes de flashback dans la prison d’Abou Ghraib n’en apparaissent que plus cauchemardesques.

Dans cette quête de rédemption, Oscar Isaac, tout en tension intérieure, est impeccable, impressionnant, hypnotique.
En un mot, bluffant.



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