logo article ou rubrique
Ludovic Boukherma et Zoran Boukherma
Teddy
Date de sortie : 7/07/2021
Article mis en ligne le 2 juillet 2021
dernière modification le 14 juillet 2021

par Charles De Clercq

Synopsis : Dans les Pyrénées, un loup attise la colère des villageois. Teddy, 19 ans, sans diplôme, vit avec son oncle adoptif et travaille dans un salon de massage. Sa petite amie Rebecca passe bientôt son bac, promise à un avenir radieux. Pour eux, c’est un été ordinaire qui s’annonce. Mais un soir de pleine lune, Teddy est griffé par une bête inconnue. Les semaines qui suivent, il est pris de curieuses pulsions animales...

Acteurs : Anthony Bajon, Christine Gautier, Noémie Lvovsky, Guillaume Mattera, Ludovic Torrent

Les jumeaux Boukherma réalisent leur deuxième long métrage avec Teddy, un drame horrifique, un film de genre ou fantastique français, sur le thème du loup-garou. Ils ont eu très tôt l’envie de faire du cinéma ensemble, même si durant leur enfant et adolescence, ils voulaient être différents et ne pas faire valoir leur gémellité. Depuis Willy 1er (quasiment un travail d’étude, tourné rapidement et avec peu de moyens), ils sont maintenant réunis derrière la caméra. Originaires de la campagne, montés à Paris pour quitter le milieu populaire dont ils étaient issus, ils se lancent dans la réalisation de Teddy (après plusieurs courts-métrages) avec le loup comme toile de fond, le loup, figure emblématique, parce qu’animal que certains voudraient abattre et d’autres réintroduire. Les frères voulaient « que le film reste un conte pour enfants, avec la figure du loup, mais qui s’inscrive aussi dans le réel ». Teddy s’inscrit d’ailleurs en partie dans certains de leurs courts-métrages, dont La Naissance du monstre (tourné durant les vacances avec des smartphones) qui leur a donné l’idée de choisir le thème du loup-garou.

Bien sûr, avec la dimension fantastique du loup-garou, l’on quitte le réel pour entrer dans un autre univers. Les acteurs, les lieux, les situations font parfois penser aux univers de Bruno Dumont. Nous sommes à la campagne et lorsque de nombreux moutons sont retrouvés égorgés, la passion dépasse la raison pour s’en prendre au méchant loup. Mais l’homme n’est-il pas aussi un loup pour l’homme ? Et dans ce bled perdu, que peut faire Teddy (Anthony Bajon), un peu laissé pour compte, pas très futé, lorsqu’il se rend compte que sa petite amie Rebecca (Christine Gautier) lui préfère quelqu’un d’un peu mieux, qui lui adresse des poèmes (qu’un éditeur enverrait directement à la corbeille !) et qu’il n’a pour seul ami ou pote que Pépin, son oncle adoptif ?

Le film passe alors à une thématique classique, celle de la vengeance de type Carrie, au risque parfois d’en faire trop (à découvrir à l’écran bien sûr). Un film qui doit beaucoup à ses acteurs (que Bruno Dumont aurait aussi pu engager). A commencer par Anthony Bajon (La Prière), brut de décoffrage ou encore Ludovic Torrent, sans expérience d’acteur qui habite ici le rôle d’un « simple ». Et enfin, Noémie Lvovsky, l’assistante sociale de Willy 1er que l’on retrouve, mais dans un rôle « plus dramatique et naturaliste », patronne du salon de massage qui abuse de son employé (avec toutes les variantes de ’abus !).

La plupart du temps, la violence du film est hors champ, ce n’est qu’après coup que l’on découvre ce qu’il est advenu, tant des moutons que des humains. Tout comme la transformation supposée de Teddy en loup-garou n’est quasiment pas filmée. Si le choix est tout d’abord lié à des contraintes techniques : « peu à peu, on s’est convaincus qu’il fallait le cacher, car ça allait être déceptif. L’autre raison, c’est la dimension technique, terriblement compliquée pour que ça reste crédible. Finalement, on a préféré laisser la place à l’imaginaire et au doute : est-il un loup-garou ou croit-il qu’il en est un ? ». Et de fait, même si le spectateur opte pour l’équation : Teddy est le loup-garou, d’autant que l’on ne voit jamais les deux ensemble, le film laisse place au doute et à l’imaginaire.

En revanche, sur la question de la dualité de Teddy/loup-garou (de la gémellité ?!) Zoran Boukherma précise « Ce qui nous intéressait davantage, c’était comment une accumulation de frustrations pouvait entraîner une forme de colère qui peut, dans certains cas, déboucher sur une forme de monstruosité. Et le loup-garou se prête bien à cette thématique-là. En grandissant à la marge, en étant exclu, la colère peut naître et prendre plein de formes. La radicalisation en est une, par exemple. Le loup-garou en est une autre. » tandis que son frère Ludovic ajoute : « Le Teddy qui encaisse les coups dans la journée, c’est un autre Teddy que son double, qui apparaît la nuit et rend les coups, pour se venger. Il y a en effet là une notion de double maléfique. »