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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Bentley Dean et Martin Butler
Tanna
Sortie le 24 août 2016
Article mis en ligne le 12 août 2016
dernière modification le 29 août 2016

par Charles De Clercq
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Si c’est une histoire d’amour qui s’éteint au sommet d’un volcan actif : 56/100
Si c’était un documentaire ethnologique à la ’National Geographic’ : 82/100

Synopsis : Un film tiré d’une histoire vraie, qui se déroule sur cette île, une des plus grandes de l’archipel de Vanuatu dans le Pacifique. Il raconte l’histoire de Wawa, une jeune fille issue des dernières tribus traditionnelles qui tombe amoureuse du petit-fils de son chef de clan, Dain. Quand une guerre entre tribus éclate, Wawa fait partie sans le savoir de l’accord de paix. Les jeunes amants fuient, mais sont poursuivis par les guerriers ennemis qui veulent leurs têtes. Wawa et Dain doivent alors choisir entre leur amour et l’avenir de leur tribu.

Acteurs : Mungau Dain, Marceline Rofit, Marie Wawa

Histoire vraie, jouée par la tribu qui a vécu cette histoire en 1987 (celle d’une jeune fille donnée en mariage au fils d’une tribu ennemie en gage de paix et pour interrompre le cycle de la violence... mais qui aime d’amour fou un garçon de sa propre tribu).

Alors les images sont de toute beauté. La nature est un personnage à part entière, mais nous sommes quasiment en mode « documentaire ethnologique » et « National Geographic » avec une sorte de catharsis par la tribu Yakel d’une histoire qui s’est passée il y a près de trente ans... Totalement neuve pour eux... mais pour nous, c’est Roméo et Juliette en mode archi connu et universel...
Plutôt un film pour Arte à 22h50, mais à voir quand même sur une grande TV !!!!

Le volcan Yasur sur l’île Tanna est toujours en activité, au contraire de celui qui présent dans le film Ixcanul. Tout comme dans ce dernier, il sera question de religion ou de syncrétisme religieux, mais ce sera essentiellement aux marges. Nous le relevons, car le christianisme qui y est présenté ne l’est pas comme une alternative aux cultes et pratiques ancestraux. Il apparaît même comme danger et dévoiement que même notre couple de « héros » ne verra pas comme une possible échappatoire à leur destin. Outre les images de la nature et du volcan qui sont idylliques et d’autres des tribus, très ethnologiques le film traite d’enjeux qui ont à voir avec l’humanité, la question du pardon, de la violence et de la façon de s’en prémunir, notamment en préparant des traités d’alliance, ici, en l’occurrence par le biais d’unions matrimoniales imposées sans tenir compte des intéressés.

Commençons par le statut de la relation amoureuse et des « mariages arrangés ». Ceux-ci ne sont pas neufs et le film le rappelle bien en renvoyant à l’expérience de la famille royale d’Angleterre. Nous connaissons aussi dans notre histoire de nombreux cas d’unions décidées pour gérer les conflits et/ou les finances. Si les histoires d’amours impossibles, du style Roméo et Juliette (nous) font toujours rêver, celles-ci sont quand même exceptionnelle et nous nous disions durant le film que malgré la théologie de l’indissolubilité du mariage que notre métier demande de défendre il apparaît quand même des moments où amour ne rime pas avec le toujours des commencements et qu’il arrive parfois qu’un immense amour se transforme à un simple « vivre ensemble » alors même que, comme le relèvent des anciens du village, un simple « être ensemble » se transforme en amour avec le temps. Nous n’allons pas généraliser et on pourra toujours nous rétorquer que comme prêtre catholique célibataire nous atteignons notre niveau d’incompétence !

En revanche, nous avons beaucoup pensé à la gestion des conflits et de la violence dont il est question dans le film. Comment rompre le cercle infernal de la vendetta et de la violence ? Nous avons fait des liens durant le film avec les réflexions de Mme Hannah Arendt dans son livre La condition de l’homme moderne (1958) où elle parle de l’action humaine et des risques de celle-ci (cf. le texte ci-dessous, mais qui n’est pas indispensable pour la critique du film !!!).


cliquer pour lire le texte...

Pour Mme Arendt, l’action est l’« activité » qui met directement en rapport les hommes sans la médiation des objets ni de la matière. Nous sommes dans le domaine des hommes agissants. Le pluriel est nécessaire parce qu’ici, la condition humaine est la pluralité. Il ne s’agit cependant pas du face à face intersubjectif relatif au domaine privé, car on se situe essentiellement dans la zone publique, collective. Ce sont DES hommes et non pas l’homme qui vivent sur terre et habitent le monde. Si tous les aspects de la condition humaine ont « à voir » de l’une ou l’autre façon avec le « politique », c’est la pluralité qui sera spécifiquement la condition de toute vie proprement politique. Toutefois, il y aura un renversement à la modernité. Ce sera l’ homo faber qui sera placé au sommet de l’échelle, ce que Marx théorisera a posteriori. Malheureusement Marx voit homo faber et non homo activus ! C’est pourquoi le travail sera ambigu chez Marx puisqu’il est à la fois source d’aliénation et de libération !

Pourtant, malgré la peur qu’il fait naître, l’agir serait la plus humaine des activités. L’auteur caractérise l’action par l’imprévisibilité et l’irréversibilité. Quand j’ai parlé et/ou agi (par exemple lancé un mouvement de grève à Dansk... ou me suis enfui avec la fille du chef du village promise au film du chef rival de l’autre village), je ne sais pas faire que je n’aie pas parlé ou agi d’une part, et je ne sais pas où cela conduira, d’autre part. En ce sens, le tragique de l’existence humaine est lié à l’irréversibilité de l’action.

Dans son étude sur l’action, l’auteur développe deux de ses caractéristiques : l’irréversibilité et l’imprévisibilité. Elle écrit ainsi : « contre l’irréversibilité et l’imprévisibilité du processus déclenché par l’action, le remède ne vient pas d’une autre faculté éventuellement supérieure, c’est l’une des virtualités de l’action elle-même. La rédemption possible de la situation d’irréversibilité - dans laquelle on ne peut défaire ce que l’on a fait, alors que l’on ne savait pas, que l’on ne pouvait pas savoir ce que l’on faisait - c’est la faculté de pardonner. Contre l’imprévisibilité, contre la chaotique incertitude de l’avenir, le remède se trouve dans la capacité de faire et de tenir des promesses. Ces deux facultés vont de pair : celle du pardon sert à supprimer les actes du passé, dont les »fautes« sont suspendues comme l’épée de Damoclès au-dessus de chaque génération nouvelle ; l’autre qui consiste à se lier par des promesses, sert à disposer dans cet océan d’incertitude qu’est l’avenir par définition, des îlots de sécurité sans lesquels aucune continuité, sans même parler de durée, ne serait possible dans les relations des hommes entre eux (p. 266) » .


Pour conclure, le film (dont la sortie sera relativement confidentielle - à Bruxelles au vendôme et à l’Aventure) est beau, mais rate sa cible. S’il avait été présenté comme documentaire (ou docu-réalité, ou docu-fiction) dans le cadre d’une projection « Exploration du monde » ou équivalent, nous applaudissions. En revanche, comme film, comme proposition de cinéma, le projet rate sa cible malgré les bonnes intentions évidentes des réalisateurs et de leur équipe. En ce sens, le film est largement bancal et aura des difficultés pour trouver sa juste cible !

Diaporama

Bande-annonce :


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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