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Adeline Picault
T’as Pécho ?
Sortie du film le 29 juillet 2020
Article mis en ligne le 27 juillet 2020

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • premier long métrage de la cinéaste française Adeline Picault après le court « Gardiennes » (2017).

Résumé : Arthur, 15 ans, a un coup de foudre pour Ouassima, qui ne le regarde même pas… Alors que lui n’a jamais pécho, elle sort avec Matt, le beau gosse du collège. Pour s’approcher d’elle, Arthur rassemble une bande de losers célibataires et lui propose de leur donner des cours de « péchotage », à 10 euros la leçon. Dans les vestiaires de la piscine, débute alors un long apprentissage intime et collectif sur « les filles et l’amour : mode d’emploi ».

La critique de Julien

On pouvait s’attendre au pire avec cette énième comédie basée sur les amours adolescents, et d’autant plus avec un titre pareil. Et pourtant, « T’as Pécho ? », premier film de la réalisatrice et scénariste Adeline Picault, n’est pas mauvais en soi, lui qui n’est d’ailleurs pas uniquement ciblé pour le public jeune. Et n’ayons pas honte de le dire : c’est même une petite surprise...

Alors que son adolescence lui paraît à la fois lointaine et proche, Adeline Picault est restée habitée par les mêmes inquiétudes et engouements qu’à ses quinze ans, elle qui, comme son personnage principal, Arthur, croyait, à cet âge-là, que l’adulte était doté d’une carapace sur le plan sentimental, et que sa parole faisait loi, avant de réaliser qu’il n’en était rien. C’est-à-dire qu’on est toujours aussi vulnérable à quarante ans que lorsque l’on est jeune, même si on l’accepte et l’appréhende mieux à l’âge adulte. Bref, la question de l’amour, qui échappe à toute loi, est ici au centre des attentions, par le biais d’Arthur (Paul Kircher), qui vit avec sa maman (Sophie-Marie Larrouy) et ses frères et sœurs cadets, alors que le père de famille est parti avec une autre femme, un soir de feu d’artifice, un 14 juillet. Alors que mère et fils se forcent à dialoguer et à positiver via une « boîte à joie », et à se libérer avec des séances d’insultes, Arthur est très désireux d’apprendre comment « pécho » une fille, et globalement comment séduire et aimer. Surnommé « nichonneur » (pour des raisons qui laissent sous-entendre ce que ça laisse sous-entendre), le voilà arrivé en troisième, lui qui tombe instantanément amoureux d’Ouassima (Inès D’Assomption), qu’il ne reconnaît pas étant donné son changement physique, elle qui sort déjà avec quelqu’un... Persuadé qu’elle sait comment séduire, et en vue de la séduire, il la convaincra de dispenser, lui, son meilleur ami Guigui (Renely Alfred) et deux autres copains, des cours de « pécho », dans les vestiaires de la piscine « Les Goélands », là où sont donnés les (nombreux !) cours de natation de l’école, par le maître-nageur (et non monsieur !) Poupinel (Vincent Macaigne), tandis que le père veuf d’Ouassima, Monsieur Fahim (Ramzy Bedia), responsable des lieux, veille sur sa fille, et tous ceux qui oseront l’approcher...

Empreinte d’une certaine nostalgie et de bienveillance, Adeline Picault nous livre une première comédie où deux générations sont en plein doute et confusion dans leur propre lecture du mode d’emploi de l’amour, bien qu’il n’en existe pas. Parsemé de questionnements et de bon sens, « T’as Pécho » est porté par de cocasses et doux personnages adultes et adolescents, que la cinéaste a pris soin de développer, avec répartie. Il y a d’un côté une maman qui a peur d’être une mauvaise mère, laquelle, incapable de lâcher du lest, infantilise son adolescent, se refusant aussi une nouvelle relation amoureuse. Dès lors, à la maison, c’est le mensonge qui prime, par manque de confiance. Et puis, il y a aussi deux hommes, dont un père veuf qui a peur de voir sa fille grandir, lequel veut qu’elle se comporte comme une vraie Française, malgré ses origines, et enfin un autre, fan de Star Wars, lequel garde ses chaussettes à la piscine, et pour qui la vie passe trop vite que pour vivre séparés, si amour il y a... Alors certes, certaines blessures nécessitent du temps pour se cicatriser, mais il ne faut pas oublier de vivre sa vie, la vraie vie ! Et puis, il y a cette petite bande d’adolescents 2.0, qui cherchent à trouver l’amour, et à rentrer dans les cases, et donc une image, d’ailleurs complexée, et d’autant plus à la piscine. Dès lors, ce lieu choisit comme étant le principal lieu d’action du métrage s’avère être une belle métaphore du « jeté à l’eau », d’en remonter à la surface, et ainsi de dépasser ses peurs. Et le principal segment narratif de cette histoire est celui que joue Paul Kircher, Arthur, lequel touche à la fois par son évolution et son interprétation, nonchalante et candide, sans compter sur son expression verbale, irrésistible. Mais c’est bien l’ensemble des intervenants dans la vie d’Arthur qui grandissent au cours de cette tendre histoire, qui sonne donc plus juste qu’on aurait pu le penser. À cet égard, malgré des débuts peu réjouissants et quelques flottements, « T’as Pécho ? » prend une tournure plus intéressante, qui touche plus au sentimental qu’à l’humour stéréotypé et bas de gamme des comédies françaises du genre, questionnant les adolescents à leur sexualité, et au rapport qu’ils entretiennent avec l’adulte.

Premiers émois amoureux, confiance en soi, acceptation de soi, absence d’un parent, espoir retrouvé... Tels sont les nombreux thèmes capturés sans prétention par la caméra et la plume d’Adeline Picault, laquelle s’est mise à nu autour de la question de l’amour, dont elle ne comprend pas tout, tout en y apportant ici des éléments de réponses qui réchauffent. Malgré quelques maladresses dignes d’un premier film, « T’as Pécho ? » est sans doute le film estival idéal à voir avec vos adolescents, histoire de déconfiner autre chose que les corps, comme par exemple la parole.

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T'as pécho ? - Bande-annonce officielle HD - YouTube