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Harry Macqueen
Supernova
Sortie du film le 18 août 2021
Article mis en ligne le 18 août 2021
dernière modification le 19 août 2021

par Julien Brnl

Genre : Drame

Durée : 94’

Acteurs : Colin Firth, Stanley Tucci, Pippa Haywood, James Dreyfus, Sarah Woodward...

Synopsis :
Sam et Tusker sont en couple depuis 20 ans. Ils décident d’entreprendre un voyage en camping car dans l’Angleterre rurale pour rendre visite à leurs proches et retourner sur les lieux de leur passé. Depuis que Tusker est atteint de syndrome démentiel, le temps qu’ils passent ensemble est la chose la plus importante qu’ils aient.

La critique de Julien

Formé à la Royal Central School of Speech and Drama de Londres, le jeune cinéaste anglais Harry Macqueen semble promis à un bel avenir dans le milieu du cinéma. « Supernova » est seulement son second long métrage, après plusieurs courts, et son premier film « Hinterland » (2015), inédit chez nous, dans lequel il donnait la réplique à l’actrice Lori Campbell. C’est après le tournage de ce dernier qu’il fut touché par deux cas de démence précoce dans son entourage, ainsi que par un documentaire qui suivait le cas d’un Britannique de 65 ans, atteint de cette maladie, dans une clinique en Suisse, lequel décida alors, légalement, de prendre sa (fin) vie en main. Le cinéaste s’est alors humblement penché sur ce trouble, ainsi que sur la question des choix de fin de vie, et principalement sur celui qui fait encore rage à ce jour dans de nombreux pays à travers le monde...

« Supernova » nous permet de croiser la route de Sam (Colin Firth), un pianiste qui s’apprête à jouer son dernier concert, et Tusker (Stanley Tucci), écrivain, lesquels sont partenaires depuis vingt ans, et parcourent ici, comme au bon vieux temps, l’Angleterre rurale jusqu’au Lake District, afin de retrouver leurs amis et leur famille. Sauf que Tusker est diagnostiqué d’une démence précoce, et perd donc de plus en plus le contrôle de sa vie. Macqueen, dans une démarche altruiste, s’est alors interrogé, au sein d’une longue relation amoureuse établie, sur l’équilibre fragile de la vie mettant en péril son avenir, ainsi que sur ce que nous sommes prêts à faire, et à accepter, pour les gens que nous aimons.

Résultat d’un long processus de recherche immersif étalé sur trois années, et de collaborations directes et étroites avec des spécialistes et de nombreuses personnes et les familles touchées par la démence, « Supernova » est un drame psycho-philosophique qui, derrière ses longues scènes contemplatives et silencieuses, à observer les décors et surtout les étoiles, dresse avec intimité, pudeur, véracité et modernité, les conséquences existentielles de la maladie, ici à court terme, étant donné sa progression fulgurante. Sans trop en dire, ni en faire, Harry Macqueen parvient à filmer une relation amoureuse sur le qui-vive, portée par le jeu sans fioritures de Colin Firth et de Stanley Tucci, lesquels forment ici un magnifique couple, qui n’a pas besoin ici d’en faire des tonnes pour que l’on ressente l’amour qui les lie.
Firth incarne alors un être apeuré d’être seul, de perdre son étoile, refusant d’accepter l’imparable, bien qu’il en ait conscience, minute après minute, lequel est alors prêt à accompagner la personne qu’il aime jusqu’au bout. Du moins, c’est ce qu’il pense, mais refuse de croire, d’entendre son compagnon. Troublant, et d’une admirable retenue, Firth touche avec grâce. Quant à Stanley Tucci, il brille de toute part, dans la peau d’une victime qui, tels ses mots, « se laisse entraîner quelque part où il ne veut pas aller, là où personne ne pourra le ramener ». On ne peut rester indifférent face à ces deux protagonistes qui, chacun de leur côté, doivent accepter de lâcher la main de l’autre.

Tourné au nord-ouest de l’Angleterre, dans les sublimes paysages du Lake District, ainsi qu’au Crummock Water, et dans le comté de Cumbria, Harry Macqueen, sans chercher à remuer le couteau dans la plaie, traite du sujet difficile et tabou du choix de fin de vie, encore trop assujetti dans le monde, mais dans un cas bien spécifique et irréversible ici, soit quand on souhaite laisser derrière nous un digne souvenir, plutôt que celui de quelqu’un qui s’efface. Avec finesse, il joue habilement sur les mots, mesurés, sensés, et met surtout en lumière une histoire d’amour qui rayonne par sa simplicité, sa connexion astrale. Car derrière cette triste histoire, se cache une métaphore, soit celle qui illustre avec douleur et dépassement de soi le sacrifice, l’acceptation de la perte d’une partie de soi-même, pour autrui, face à l’irrémédiable, ce qui est la preuve ultime de sentiments. Telle une explosion cataclysmique d’une étoile qui, pendant un temps, peut briller plus vivement qu’une galaxie entière composée de centaines de milliards d’étoiles, appelée scientifiquement « supernova », ce film reflète bien plus ici la vie, que la mort, dont les choix ont ici des retombées qui rassurent, illuminent, et apaisent. Quel beau, et sincère film !