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Les critiques de Julien Brnl
Star Wars - Episode VIII : Les Derniers Jedi
Réalisateur : Rian Johnson
Article mis en ligne le 28 décembre 2017
dernière modification le 5 août 2018

par Julien Brnl
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S’il divisera les fans, « Star Wars - Episode VIII : Les Derniers Jedi » est une réussite en vue de son audace bien plus politique qu’il n’y parait, dans un univers jusque-là formaté, et qui signe ainsi un crime de lèse-majesté à visée novatrice. En la force, si tu crois. Évoluer, elle doit. 15/20

➡ Vu au cinéma Caméo des Grignoux - Sortie du film le 13 décembre 2017

Signe(s) particulier(s) :

  • huitième épisode de la saga « Star Wars », créé par George Lucas, et second de la troisième trilogie.

Résumé : Les héros du Réveil de la force rejoignent les figures légendaires de la galaxie dans une aventure épique qui révèle des secrets ancestraux sur la Force et entraîne de surprenantes révélations sur le passé…

La critique

S’il y a bien un film qui était attendu cette année, c’est bien le huitième épisode de la saga « Star Wars », et second film de la troisième trilogie, après un « Réveil de la Force » en demi-teinte, réalisé par J.J. Abrams. Alors que cet épisode reprend l’histoire là où on l’avait laissée à la fin de ce dernier, « Les Derniers Jedi » ose prendre des risques, et démystifie le mythe des Jedi, au danger de déclencher la colère des fans, mais de réaliser un grand pas vers l’avenir, dans une saga qui ne cessait de se répéter, hantée par ses personnages du passé.

Écrit et réalisé par Rian Johnson (« Brick », « Looper »), cet épisode ne tient pas à grand chose sur papier. Alors qu’il s’agit du premier film de la saga à reprendre là où l’épisode précédent s’est terminé (les autres épisodes étant habituellement espacés de plusieurs années), il n’est question ici que de la tentative de sauvetage de la dernière flotte de la Résistance (alors en proie à celle du Premier Ordre), ainsi que de la formation de Rey par Luke Skywalker, tout en essayant de la convaincre de reprendre du service pour faire revivre l’espoir. Or, quand on sait qu’il s’agit là du plus long épisode de toute la franchise, on avait de quoi s’inquiéter. Mais force est de constater que Rian Johnson avait de la suite dans les idées, et nous livre ici un récit riche de péripéties en tous genres, et de retournements de situation qu’on n’avait pas vu venir.

Ce qui (d)étonne d’emblée dans ce récit, c’est le côté auto-dérisoire auquel nous n’étions pas habitué, et qui n’est pas là pour nous déplaire, à condition qu’on aime l’humour, et surtout crever l’abcès. Car Johnson n’y va malheureusement pas toujours en finesse. Les exemples les plus flagrants sont certainement le geste déplacé (tout est relatif) de Luke Skywalker lorsqu’il reçoit, des mains de Rey sur la planète-océan Ahch-To, le célèbre sabre-laser symbolique d’Anakin Skywalker, ou encore lors des retrouvailles, quelque peu légères, entre Luke et Leia, telle une discussion autour d’un thé, chez le coiffeur... Sans dévoiler d’autres moments clefs où « la force » est mise à mal, cet épisode ne conciliera pas les fans absolus avec la tournure prise par Johnson, et se sentiront sans doute trahis par la destruction pure et simple de l’héritage de Skywalker. D’un autre côté, les choses doivent bien évoluer un jour, et cette prise de risques va de pair avec la réplique de Luke, dévoilée dans la bande-annonce du métrage, où il s’en allait en citant « qu’il était temps pour les Jedi... d’en finir ». Ainsi, on apprend dans « Les Derniers Jedi » qu’il ne faut pas être un Skywalker pour pouvoir ressentir et utiliser le force, ou encore qu’une part de bien et de mal séjourne en chacun des Jedi, et que le basculement vers le côté obscur de la force est plus nuancé qu’il n’y paraît. Voilà donc un parti-pris audacieux et moins manichéen que d’accoutumée pour un Disney, qui se reflète particulièrement bien lors de l’entraînement de Rey par Luke, où lors des révélations de ce dernier concernant l’apprentissage échoué de Ben Solo. Aussi, le scénario du réalisateur aligne les déconvenues des protagonistes de la Résistance, elle qui n’est jamais apparue aussi vulnérable que dans cet épisode, au regard de son appel envoyé à la galaxie, afin de lui venir en aide... Dans « Les Derniers Jedi », les figures mythiques de la saga sont ainsi menacées, tout d’abord par l’ennemi, et ensuite par leur temps.

Là où cet épisode mettra tout le monde d’accord, c’est dans son souci du spectacle, et dans l’univers toujours aussi foisonnant dans lequel il nous embarque. Dès sa scène d’ouverture (où Poe se paie la tête de Général Hux), on assiste en une bataille spatiale très généreuse, comme toute celle qui s’en suivra lors de l’échappatoire de la flotte Rebelle. Ce n’est pas tout, puisque dans cette optique, deux nouvelles planètes sont visitées par nos héros, tout d’abord la magnifique (mais pourrie de l’intérieur) Canto Bight et son fabuleux bestiaire, ou encore Craint, planète au sol salé, et arène d’une bataille finale dantesque, révélant aussi son lot de surprises. En parlant de son bestiaire, on peut ici constater son caractère amusant, avec lequel Johnson a parsemé son récit de quelques truculentes scènes, grâce notamment aux Porgs, et leur attachement pour Chewbacca, ou encore les Lanais (les gardiennes - fripées et râleuses - des reliques des Jedi), qui ne semblent pas fortement appréciées la présence de Rey (et ça se comprend). D’un autre côté, le film appuie aussi la condition des animaux esclaves, ici représentés par les Fathiers (sorte de lamas accouplés avec des chevaux), qui servent de spectacle et de paris sur Canto Bight (une nouvelle planète, donc, dont on vous laissera découvrir les secrets). C’est aussi l’occasion ici de retrouver un BB-8 en grande forme, le droïde de Poe, qui réalise ici un one-robot-show assez hilarant. Nul doute que tous ces personnages divertissants représentent avant tout des produits marketings qui se vendront par millions, mais dans le film, ils font mouche, et ça, c’est important de le dire, bien au contraire de R2-D2, C-3PO ou de Chewbacca, qui ne font ici figure que de figuration (si ce n’est lors d’un clin d’œil avisé à la première trilogie, lorsque Luke retrouve R2).

Concernant les personnages maintenant, le film les reprend là où ils les avaient laissés à la fin du précédent épisode. Et il y a ici du bon, comme du moins bon, bien que l’optique prise par le film l’emporte une fois de plus sur les esprits détracteurs. On y découvre ainsi les origines des parents de Rey (bien que le doute persiste), elle qui acquiert d’autant plus la force et ne cache pas son penchant pour le côté obscur. Kylo Ren/Ben Solo, lui, affiche un attachement enfui pour la lumière, tandis que son personnage est l’un de ceux qui évolue le plus dans le film, repoussant, à petit feu, son image de grand gamin, et apprenti de Snoke. D’ailleurs, une intéressante connexion (qu’elle soit tout d’abord contrôlée, avant de ne plus l’être) aura lieu entre ces deux personnages, ce qui aura de quoi perturber nos idées et éveiller en nous une curiosité qui ne nous lâchera pas. Mais c’est évident qu’il subsiste là une part d’espoir inouïe pour la suite des aventures. Concernant Snoke, un retournement de situation absolument imprévisible (mais pas totalement cohérent) le concerne, et rabat ainsi les cartes, tandis que l’on n’en saura toujours pas plus ici sur lui... On retrouve aussi Poe, en tête brûlée prêt à trahir sa hiérarchie pour sauver, à sa manière, la Résistance, mais également Finn, dont le personnage prend ici les allures fonctionnelles, étant donné qu’il sera attribué en une vaine mission durant toute la majorité du film, de laquelle subsistera une romance hors sujet, mais surtout la rencontre avec un hacker incarné par Bénicio Del Toro à la diction appuyée, venant, une fois de plus, affirmer la prise de position du film, étant donné que son personnage ne prend pas de parti, ni pour le bon ni le mauvais, faisant alors route en solo, n’étant rattaché qu’à l’argent, et ainsi prêt à trahir pour celui qui lui donnera davantage. Ne faire ainsi confiance à personne, tel est aussi un nouvel message que l’on retrouve dans cet épisode.

Outre ces personnages, on retrouve, bien évidemment la Princesse Leia, au rôle bien plus consistant que dans « Le Réveil de la Force », malgré une affreuse scène (vraiment immonde) où elle se la joue « Superman ». Mais Johnson la filme ici avec la tendresse nécessaire, qu’elle mérite, quand on sait que Carrie Fisher nous a quitté juste après le tournage du film. Sans oublier Luke Skywalker (interprété avec consistance par un Mark Hamill qui en donne via son regard), qui semble bien décidé à ne pas rempiler, mais à attendre la mort sur son île. Sans révéler ce qui le concernera, on peut simplement vous dire que Luke, c’est décidément le plus fort...

D’autres personnages reviennent aussi, tels que la Capitaine Phasma (vite emballé), Maz Kanata (au détour d’un coup de téléphone spatial), ou font encore leur apparition, avec ce qu’ils offrent de bon ou non, comme la vice-amirale Holdo (Laura Dern), venue prendre la relève de Leia (...), une fausse antagoniste pour Poe, au caractère trop contraire à ce dernier durant tout sa mission pour alors nous laisser croire finalement qu’elle l’apprécie. Pourtant, son personnage nous offre l’une des plus belles et monstrueuses scènes du film, qu’on vous laissera découvrir avec plaisir, où le temps semble s’arrêter durant quelques secondes. Ou encore Rose, figure de l’amour, de la vie et du triomphe, venue faire un bisou à Finn, après l’avoir sauvé d’un sacrifice qui n’aurait servi à rien. Dans l’ensemble, le casting réalise ici un joli travail, mené d’une main de connaisseur. Si l’écriture des personnages est globalement en dents de scie, ceux-ci nous dévoilent, à tour de rôle, leur nécessité, au travers d’une intrigue qui part dans de nombreux sens, quitte à se disperser, inutilement.

Il est vrai que « Les Derniers Jedi » tire un peu en longueur, alors que son récit ne tient que sur un bout de ficelle. Pourtant, le spectacle est total, du début à la fin. Ainsi, la mise en scène de Rian Johnson nous divertit du début à la fin, enchaînement à vitesse plus régulière le bon goût plutôt que le mauvais, et s’octroie quelques très bonnes idées visuelles. Cette séquence où le réalisateur joue sur les échelles en filmant un vaisseau du Premier Ordre en contre-plongée, alors en train d’atterrir, pour ne s’avérer être finalement qu’un fer à repasser (!), ou lorsqu’il filme une scène de combat plus qu’excitante entre Rey, Ren et la garde de Snoke dans son ancre purifiée de rouge, tout comme la bataille finale sur le sol comme ensanglanté de Craint, mais encore lorsque la flotte du Premier Ordre est fragmentée par un geste héroïque dans un silence spatial... Bref, cet épisode est un immense divertissement d’auteur qui nous illumine d’images fantastiques, et duquel on ressort visuellement comblé.

Mais il est évidemment que ce huitième film de la saga en laissera plus d’un sur le côté, dans son optique de balayer le passé, au risque de détruite ses figures les plus emblématiques, et de contrebalancer la définition et l’acquisition de la « force ». Quoiqu’il en soit, Rian Johnson est un cinéaste qui n’a pas peur de l’éclectisme, et qui joue, au regard du final, de l’espoir, et de la destruction de l’empire établi, pour alors lui permettre renaître, enfin soulagé du passé. C’est un film qui, s’il ne manque pas d’incohérences scénaristiques, veut laisser mourir le passé pour enfin trouver ses propres fondements, sa raison d’exister au-delà de ce que nous connaissons déjà. Où sont passés les Chevaliers de Ren ? quid du lien entre Kylo et Ren ? quel avenir pour Leia ? qui est Snoke ? Tant de réponses auxquelles le dernier épisode aura la lourde tâche de répondre dans le troisième, et dernier de cette trilogie, qui sera d’ailleurs réalisé par J.J. Abrams, en espérant qu’il continue sur la lancée établie par Rian Johnson.



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