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Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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Rohena Gera
Sir (Monsieur)
Sortie le 16 janvier 2019
Article mis en ligne le 18 novembre 2018
dernière modification le 6 août 2019

par Charles De Clercq

Synopsis : Ratna est domestique chez Ashwin, le fils d’une riche famille de Mumbai. En apparence la vie du jeune homme semble parfaite, pourtant il est perdu. Ratna sent qu’il a renoncé à ses rêves. Elle, elle n’a rien, mais ses espoirs et sa détermination la guident obstinément. Deux mondes que tout oppose vont cohabiter, se découvrir, s’effleurer...

Acteurs : Ahmareen Anjum, Vivek Gomber, Geetanjali Kulkarni, Tillotama Shome

S’il y a bien un film qui aurait mérité le titre « Un amour impossible », c’est bien celui-ci et non le dernier film de Catherine Corsini ! Un amour impossible pour des raisons culturelles ! Ce thème n’est pas neuf, des films tels que Noces ou Pour vivre heureux l’avaient déjà traité au sein des communautés pakistanaises expatriées.

Après son premier film, le documentaire What’s Love Got to Do with It ? (2013) qui dressait « une représentation amusante d’Indiens urbains et privilégiés qui se réconcilient avec les attentes concernant l’amour, le mariage, le bonheur et la tradition », la réalisatrice indienne Rohena Gera (qui a étudié aux USA, notamment à l’Université privée Stanford) avait présenté Sir, sa première fiction, dans le cadre de la Semaine de la Critique du Festival de Cannes 2018. Elle s’exprime ainsi « J’espère que mon film suscitera des débats sur la manière dont on traite ces femmes - et plus généralement toutes les personnes exploitées… Comment changer les choses ? Je me suis posée cette question toute ma vie. Mon film dérangera sans doute des gens mais j’espère qu’il donnera de l’espoir à d’autres. (source) ». c’est que, connaissant les deux univers, celui de sa nation d’origine et celui des Etats-Unis, Rohena Gera les « marie » pour offrir un récit qui pourrait avoir les atours d’un conte de fées qui tournerait au cauchemar. Si nous pouvons envisager un conte où un prince trouverait sa belle dans le peuple, c’est rigoureusement impossible pour ses deux protagonistes que tout sépare. Parce qu’il s’agit bien d’une, voire de plusieurs séparations, plutôt que de divisions !

Tous deux ont fait un exode ! Lui, riche, a quitté sa culture pour aller aux USA. Enrichi par se séjour, il s’en revient au pays, pour se lier par un mariage qui échoue le jour même des noces. Est-ce lié à l’indépendance du jeune homme, au décalage culturel ? L’intrigue n’en dit rien et, à vrai dire, l’enjeu n’est pas là ! Elle, a été liée également par un mariage qui a tenu à peine plus longtemps, deux mois. Elle est désormais veuve et a quitté sa campagne pour rejoindre Mumbai ! Veuve, mais pas déliée pour autant. Toujours sous contrôle de sa belle-famille, la bride a été lâchée pour qu’elle puisse, par son travail, apporter de l’argent à ceux qui sont restés au village.

Ce sont deux solitudes et deux solitaires qui cohabitent la même demeurent et si la première appelle son « maître » ’Sir’ (qui sera donc le titre du film), celui-ci ne voit pas la femme mais la servante, celle qui est à son service depuis un certain temps. Cette femme, il ne la connait pas (ni bibliquement ni sociologiquement !). Elle est en quelque sorte invisible, effacée, hors champ de sa culture car réduite à sa fonction : servir, du fait de sa « basse classe » ! C’est là que l’on peut se mettre à rêver, formaté que l’on est par les codes occidentaux, ou plutôt leur absence en ce domaine, où, ici, l’individu prime sur le collectif (ce qui est abordé dans la critique de Pour vivre heureux) !

Autant prévenir de suite, il n’en sera rien car le verrouillage est total et si Ashwin peut envisager de briser les codes, les frontières, les tabous parce qu’il a appris lors de son séjour en terre étrangère que l’amour peut tout, ses amis lui rappelleront durement qu’il se condamne alors a être ostracisé, à n’avoir plus d’identité ni de place sociale pour lui et celle qu’il convoite. Quant à Ratna, certes consciente du regard posé sur elle et qui, d’une certaine façon, pèse sur son cœur et son avenir, elle ne peut que redire qu’elle aussi sera(it) ostracisée. Tout au plus, une place sera faite à son désir de devenir styliste grâce à la position sociale de celui qui ne peut que renoncer à l’amour. C’est que le système des castes dans la société indienne est tel que « chacun est cantonné à sa caste, à son destin et il n’est pas possible d’en sortir », comme nous l’écrivions dans la critique de Masaan de Neeraj Ghaywan (2015) (l’on trouvera d’ailleurs au bas de celle-ci un glossaire reprenant certains éléments explicatifs qui peuvent aussi aider à comprendre le climat et l’intrigue de « Sir ». Enfin, il faut relever l’interprétation sans défaut des deux acteurs principaux, Tillotama Shome (Ratna) et Vivek Gomber (Ashwin) au service d’un film sans happy end qui permet de prendre conscience que les frontières culturelles sont parfois infranchissables !



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