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Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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Barry Jenkins
Si Beale Street Pouvait Parler / If Beale Street Could Talk
Sortie le 13 février 2019
Article mis en ligne le 14 mars 2019
dernière modification le 15 mars 2019

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • troisième long métrage de Barry Jenkins après « Medicine for Melancholy » (2008) et l’Oscar du Meilleur film « Moonlight », récompensé en 2017 ;
  • adapté du roman de « If Beale Street Could Talk » de James Baldwin, publié en 1974, ayant déjà donné lieu à une libre adaptation cinématographique intitulée « À la Place du Cœur » par Robert Guédiguian en 1998 ;
  • Regina King a décroché le Golden Globe et l’Oscar du meilleur second rôle féminin grâce à son interprétation dans le film.

Résumé : Harlem, dans les années 70. Tish et Fonny s’aiment depuis toujours et envisagent de se marier. Alors qu’ils s’apprêtent à avoir un enfant, le jeune homme, victime d’une erreur judiciaire, est arrêté et incarcéré. Avec l’aide de sa famille, Tish s’engage dans un combat acharné pour prouver l’innocence de Fonny et le faire libérer…

La critique de Julien

02 septembre 2016, le cinéaste Barry Jenkins présentait en avant-première mondiale au Festival du film de Telluride son deuxième film, « Moonlight », soit l’adaptation de la pièce de théâtre de Tarell Alvin McCraney, « In Moonlight Black Boys Look Blue ». La suite, on la connaît, puisque le film a continué à tourner en festivals, et a connu un tel engouement critique qu’il a fini par rafler énormément de récompenses à travers le monde, dont en apothéose l’Oscar du Meilleur scénario adapté pour Barry Jenkins et Tarell Alvin McCraney, du Meilleur acteur dans un second rôle pour Mahershala Ali, et surtout du Meilleur Film, qui,souvenez-vous, a été remis par erreur à « La La Land » de Damien Chazelle, avant qu’il ne soit finalement remis aux producteurs du « Moonlight », à la suite d’une inversion d’enveloppes.

Retraçant trois périodes cruciales de la vie d’un afro-américain de Miami se battant contre son milieu (scolaire et familial) pour vivre son homosexualité, tout en essayant de s’affirmer en demeurant fidèle à lui-même, « Moonlight » ne faisait pas dans la démonstration émotive, mais bien dans la retenue, laquelle nous emportait avec une photographie et une musique originale organiques.

Deux années plus tard, son actualité, c’est la sortie du film « Si Beale Street Pouvait Parler », adapté du roman éponyme du progressiste et défenseur des droits de tous, James Baldwin, et publié en 1974.

Pour la petite information supplémentaire, Beale Street est une rue majeure et un haut lieu historique pour les Afro-américains et le Blues, située dans la ville de Memphis dans l’Etat du Tennessee, aux Etats-Unis. L’histoire, elle, se situe à Harlem (là où l’écrivain a grandi). On y suit alors l’histoire de Tish, dix-neuf ans, amoureuse et enceinte de Fonny, un jeune sculpteur noir, eux qui se connaissent d’ailleurs depuis leur enfance. Sauf que le jeune homme est accusé à tort d’avoir violé une Portoricaine. Jeté en prison comme un animal, il sonne alors comme un goût de racisme aigu dans cette histoire, d’autant plus que le policier blanc qui a interpellé Fonny a été malencontreusement vexé par ce dernier quelques jours auparavant...

Aidée par sa famille, Tish se mettra alors en campagne pour tenter de disculper son amour, en espérant qu’il soit de retour à la maison pour la naissance du petit...
D’emblée, « Si Beale Street Pouvait Parler » s’inscrit dans l’univers du metteur en scène. Car dès l’ouverture, la voix-off de Tish nous enveloppe, telle une voix d’ange (elle qui incarne le point de vue de James Baldwin). Alors que l’on découvre le couple marcher dans une ruelle, sa gracieuse à intensité minorée s’interroge sur leur situation. Il n’en faut pas plus pour que le réalisateur nous fasse comprendre que cette romance impossible sera racontée avec un certain degré chimérique, et pourtant bien installée dans une violente réalité. Car le film nous montre qu’il n’était pas bon d’être (un couple) de couleur dans les années septante, et que la moindre excuse des autorités blanches pour tabasser les Afro-américains était bonne à prendre, eux qui ne possédaient aucun droit. Aussi, l’histoire nous montre le fanatisme religieux auquel pouvait déjà se rendre des individus, et cela au travers de la conception d’un enfant hors des liens sacrés du mariage, et de son inacceptation pour la famille de Fonny, laquelle s’en rendra alors à Dieu, et trouvera sa peine carcérale comme une juste punition, malgré son innocence... En adaptant ce roman, Barry Jenkins illustre toute l’injustice non pas seulement de ce couple forcé de se voir au travers d’une vitre et de s’entendre à l’aide d’un téléphone, mais bien de toute une communauté. Sans non plus creuser le discours, « Si Beale Street Pouvait Parler » suffit à lui seul pour illustrer le climat de vie dangereux à cette époque pour ces personnes, et tristement encore aujourd’hui, même si des progrès de lois ont été votés...

Mais bien plus encore qu’une recontextualisation du racisme persistant des années septante aux Etats-Unis, le film se veut être un voyage au cœur d’une histoire d’amour passionnelle, laquelle surplombe l’ensemble du film. Dès lors, vous n’y trouverez pas de montée en puissance émotionnelle, ni même de scène déchirante. Ici, c’est bien tout au long de la mise en scène que le cinéaste distille le paradis d’amour de ce couple, dans l’enfer de la ségrégation. Une fois de plus, il offre à l’image une part inouïe d’importance, tout comme à la musique. Ainsi, en plus d’un montage parsemé de photos d’artistes ayant immortalisé de tristes moments de l’histoire du Quartier d’Harlem, tout comme de gros plans et de ralentis, la photographie est imprégnée de couleurs rendant l’ambiance de l’époque, et le caractère idyllique de la romance, tandis que le son et ses aspirations voluptueuses tiennent un rôle primordial. À vrai dire, il n’y a pas dix minutes d’intervalle sans que la musique porte les paroles des personnages, surtout lors de scènes explicitent. Nommé à l’oscar pour la meilleure musique de film, Nicholas Britell nous livre une partition faite de violons, ou encore de cuivres, totalement irrésistible, et qui réchauffe le cœur. On ne peut qu’être happé par ces sons, qui transcendent alors le récit avec une certaine magie.



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