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CINECURE
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Cinécure est un site appartenant à Charles Declercq et est consacré à ses critiques cinéma, interviews. Si celui-ci produit des émissions consacrées au cinéma sur la radio RCF Bruxelles, celle-ci n’est aucune responsable du site ou de ses contenus et aucun lin contractuel ne les relie. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

Maria Schrader
She Said
Sortie du film le 23 novembre 2022
Article mis en ligne le 27 novembre 2022

par Julien Brnl

Genre : Drame

Durée : 129’

Acteurs : Carey Mulligan, Zoe Kazan, Patricia Clarkson, Andre Braugher, Samantha Morton, Adam Shapiro, Jennifer Ehle, Peter Friedman...

Synopsis :
Le film retrace l’investigation menée par Jodi Kantor et Megan Twohey pour le New York Times au sujet des accusations d’agressions sexuelles commises par le producteur d’Hollywood Harvey Weinstein. A l’origine du mouvement #Metoo leur investigation a brisé des décennies de silence autour du problème des agressions sexuelles dans le milieu du cinéma hollywoodien, changeant à jamais la société américaine et le monde de la culture.

La critique de Julien

Très prolifique ces dernières années avec sa série Netflix « Unorthodox » et son film « I’m Your Man » (« Ich bin dein Mensche » en VO), la réalisatrice allemande Maria Schrader s’attaque aujourd’hui à l’un des plus grands scandales de notre siècle, à Hollywood, que sont le harcèlement et les agressions sexuelles (couverts) du célèbre producteur de cinéma Harvey Weinstein à l’encontre de femmes, sur près de trois décennies, et condamné en mars 2020 à 23 ans de prison ferme. Résultant de profondes investigations menées par les journalistes Jodi Kantor et Megan Twohey pour le New York Times, ayant ouvert la voie et les voix vers d’innombrables témoignages #MeToo, ce drame est adapté de leur livre « She Said : Breaking the Sexual Harassment Story That Helped Ignite a Movement », publié en 2019. Le film, lui, s’inscrit pleinement dans la même lignée que le récent « Spotlight » (2015) de Tom McCarthy, Oscar du meilleur film, lequel dévoilait quant à lui le scandale impliquant des prêtres pédophiles couverts par l’Église catholique, dans la région de Boston.

« She Said » débute non pas avec lesdites allégations à l’encontre du célèbre producteur de cinéma, mais bien en 2016, avec les inconduites sexuelles présumées à l’encontre du candidat à la présidence de l’époque, Donald Trump, ce qui n’a pas empêché son élection (lesquelles ont même été étouffées). Quelques mois plus tard, la journaliste Jodi Kantor (Zoe Kazan) reçu alors une information selon laquelle l’actrice Rose McGowan avait été agressée sexuellement par le producteur d’Indiewood Harvey Weinstein, laquelle refusait pourtant de commenter l’affaire, rappelant tout de même à cette dernière que Weinstein l’avait violée à l’âge de 23 ans. Intriguée, inquiétée, Kantor contacta alors les actrices Ashley Judd (laquelle apparaît ici dans son propre rôle) et Gwyneth Paltrow, décrivant leurs propres expériences sexuelles avec Weinstein, tout en lui demandant de ne pas être nommées dans l’article en cours d’écriture, par crainte d’un revers de carrière. Kantor, devant le manque de soutien et d’avancée dans son enquête, recrutera alors Megan Twohey (Carey Mullingan), jeune mère dépassée par sa nouvelle condition, laquelle avait justement co-enqueté - sans succès - sur le cas Trump. Ensemble, les deux femmes (lauréates du Pulitzer) se sont alors lancées, corps et âme, dans ce devoir d’enquête, qui se devait d’aboutir, ne fût-ce que pour protéger de futures victimes potentielles...

Porté par une très classique mise en scène, cependant menée tambour battant par Maria Schrader, « She Said » fait partie de ces films qui reconstituent minutieusement un travail d’investigation, ici très médiatisé, et qu’est celui du cas Weinstein, en ayant révélé bien d’autres, succédant aussi à celui du cofondateur de Fox News Channel, Roger Ailes (ce qui fut le sujet principal du film « Bombshell » de Jay Roach, sorti en 2019), ou encore du présentateur Bill O’Reilly, évincé lui-même de Fox News (déjà grâce au travail du New York Times). Accomplie par deux journalistes de terrain, cette affaire met en lumière la condition de la femme à Hollywood, ayant rencontré le chemin d’Harvey Weinstein, muselée et intimidée par ce dernier, soit l’un des pires prédateurs sexuels, alors protégé, lequel a notamment acheté légalement (par accord de non-divulgation) leur silence, avec sa société Miramax, ou fait acte d’intimidation, menaçant ainsi leurs carrières. En plus d’actrices, Kantor et Twohey ont ainsi reçu les témoignages de plusieurs assistantes de Weinstein (dont Laura Madden, jouée par Jennifer Ehle), ainsi que d’anciens employés, révélant également un épais réseau de couverture et de règlements ultra confidentiels...

Efficace et nécessaire, rythmé par des dialogues non-équivoques, l’un des regrets que l’on pourrait cependant faire film, c’est de ne pas aller à l’encontre des procédés mis en place par la presse (à scandale), le Times ayant profité ici d’un élan de dénonciations journalistiques pour tenter - pertinemment - d’en faire éclater un nouveau, Rose McGowan ayant d’ailleurs été ignorée et minimisée par le Times (et autres) lors de ses précédentes tentatives de s’exprimer à l’encontre de Weinstein, tandis que le Times avait déjà travaillé par le passé sur cette affaire, tout en l’ayant abandonnée, alors que des voix s’étaient pourtant élevées à l’encontre de Weinstein, mais sans que personne ne les ai ainsi crues, ni soutenues. Avec le soutien sans faille des éditeurs et rédacteurs en chef du Times qu’étaient Rebecca Corbett et Dean Baquet, respectivement joués par Patricia Clarkson et Andre Braugher, cette enquête se veut ainsi plus un fervent fidèle du célèbre Papier qu’une remise en question d’un système finalement lent et hypocrite, lequel aurait pu éviter bien des agressions en tous genres s’il s’était ainsi intéressé bien plus tôt à ces témoignages allant courageusement à l’encontre d’Harvey Weinstein, soit l’un des magnas les plus puissants du cinéma, longtemps inaccessible... Dès lors, le soutien et la confiance est ici sans faille (malgré des menaces extérieures), sans que personne ne semble jamais douter du mérite ou de l’ampleur de l’histoire en question, avant que des preuves tangibles ne viennent évidemment jouer dans la balance... Mais là n’est pas la question.

Dans leurs rôles d’héroïnes portant fièrement l’étendard féministe sur leurs épaules, Carey Mulligan et Zoe Kazan font le job, l’écriture de Rebecca Lenkiewicz (déjà derrière celle du film de Sebastián Lelio « Désobéissance ») appuyant cependant une dramaturgie surlignant leur dévouement envers leur cause, laquelle abouti aujourd’hui à un mouvement qui ne cesse de fédérer et de libérer la parole, après que plus de 90 femmes ait accusé Weinstein de violences sexuelles, envoyant ainsi une onde de choc - sans précédent (bien qu’avec précédents !) - des plus influentes dans l’industrie du divertissement, durablement marquée... « She Said », lui, se termine alors lorsque le combat a véritablement débuté, à l’instant fatidique où le clic d’une souris s’apprête à publier ledit article, prêt à secouer le monde, sans en connaître encore les répercutions... Haletant.



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