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Mathieu Amalric
Serre moi fort
Date de sortie : 08/09/2021
Article mis en ligne le 25 août 2021
dernière modification le 8 septembre 2021

par Charles De Clercq

Synopsis : Ca semble être l’histoire d’une femme qui s’en va...

Acteurs : Vicky Krieps, Arieh Worthalter

Le synopsis est court, très court même, pour résumer ou donner le pitch, cette adaptation cinématographique de la pièce Je reviens de loin de Claudine Galea (2003). A ce stade, celui qui ira voir le film en connaissant la pièce aura un avantage sur les autres car il connaîtra la clé de lecture de celui-ci, même si ladite clé n’est donnée dans la pièce qu’en épilogue, tandis que durant le film d’Amalric, elle se dévoile à plusieurs moments de l’intrigue. Ce serait plus que spoiler que de donner des détails sur ce point.

N’empêche que le bref synopsis joue avec les mots en utilisant le verbe « sembler ». Cela « semble » et donc, il s’agira d’apparence. Pour nous ? Pour les protagonistes ? Et cela semble quoi ? L’histoire « d’une femme » ? Ou d’une femme « qui s’en va » ? Ou, tout simplement « d’une femme qui s’en va » ? Et alors qui s’en va ou ? Qui part ? Qui fuit ?

Il nous est donc donné à voir des protagonistes qui sont en lien familial avec cette femme : époux et enfants. Une voix nous raconte. Mais dit-elle vrai ? Qu’est-ce qui est « vrai » et qu’est-ce qui ne l’est pas ? Et puis, la « vérité » n’est pas nécessairement la « réalité » (ainsi, comme déjà signalé dans d’autres critiques, c’est, d’une certaine façon, à l’image des récits bibliques et tout particulièrement des Evangiles. De nombreuses histoires et faits qui sont racontés, rapportés, avec toute l’apparence d’un témoignage de type journalistique sont avant tout des constructions théologiques qui si elles ne sont pas « réelles » sont « vraies » au sens symbolique, philosophique et théologique (en tout cas pour ceux et celles qui adhèrent à ce corpus de croyance).

Le spectateur se posera la question de savoir si tout ou partie se passe dans la tête de l’épouse, ou de l’époux (voire des enfants). Il se demandera également pourquoi les enfants sont montrés à des âges différents et plus encore s’il s’agit bien des enfants de ce couple. Celui ou celle qui aime une histoire « classique » avec un début, un milieu ou une fin se sentira en territoire inconnu avec ce film, comme perdu en haute montagne sans qu’on puisse le secourir. Si le film n’est pas l’équivalent au cinéma du « nouveau roman » en littérature, il fera penser à quelques films d’Arnaud Desplechin dans lesquels Amalric a tourné. L’on songe ainsi à Trois souvenirs de ma jeunesse ou encore à Les fantômes d’Ismaël ! De ce dernier, nous écrivions : « Ceux qui entreront dans le dédale de l’intrigue y trouveront un petit bijou de cinéma. A travers les fantômes d’Ismaël, Arnaud Desplechin explore les siens. » Et l’on pourrait ainsi transposer pour Serre moi fort : ceux qui entreront dans le dédale de l’intrigue y trouveront un petit bijou de cinéma. A travers les fantômes des protagonistes, Mathieu Amalric explore des souvenirs ! S’agit-il de souvenirs de jeunesse ? Une jeunesse perdue ? Des souvenirs perdus ? Une mémoire à reconstruire pour ne pas oublier ?

On vous laisse là, au pied d’une montagne à gravir. Il faudra du temps pour arriver en haut. Il faudra du temps pour entrer dans le film d’Amalric, un film qui plaira à ceux qui apprécient ses réalisations au cinéma et à ceux qui aiment les univers à la Desplechin. Si tel n’est pas le cas, vous risquez d’être emporté par une avalanche avant même d’être arrivé au sommet. En tout cas, si vous aimez l’aventure (cinématographique) c’est un film à voir absolument.