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CINECURE
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Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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Dexter Fletcher
Rocketman
Sortie le 29 mai 2019
Article mis en ligne le 10 juin 2019

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • présenté en sélection officielle hors compétition au 72e Festival de Cannes ;
  • biopic d’Elton John, de son vrai nom Reginald Dwight, largement inspiré de la vie du chanteur, même si le film s’amuse à brouiller les frontières entre fiction et réalité, de façon fantasmatique ;
  • la bande originale du film, composée par Elton John et écrite par son fidèle ami Bernie Taupin, contient les chansons du chanteur interprétées par les acteurs du film, dont un titre inédit « (I’m Gonna) Love Me Again », chantée par Taron Egerton et Elton John.

Résumé : Rocketman nous raconte la vie hors du commun d’Elton John, depuis ses premiers succès jusqu’à sa consécration internationale.
Le film retrace la métamorphose de Reginald Dwight, un jeune pianiste prodige timide, en une superstar mondiale. Il est aujourd’hui connu sous le nom d’Elton John.
Son histoire inspirante – sur fond des plus belles chansons de la star – nous fait vivre l’incroyable succès d’un enfant d’une petite ville de province devenu icône de la pop culture mondiale.

La critique de Julien

« Rocketman », c’est une affaire de famille, ou en tout cas de bon entourage ! Voilà maintenant dix ans que ce projet est dans les tuyaux, soit depuis que Sir Elton John a eu l’envie de transposer l’esprit d’un de ses shows (le Red Piano à Las Vegas) dans un film. Son mari (David Furnish) et lui-même se sont alors dirigés vers Lee Hall, scénariste de « Billy Elliot », film envers lequel ils sont tombés amoureux lors de sa découverte au Festival de Cannes en 2000. Depuis, les trois hommes ont notamment collaboré sur une adaptation scénique du film (intitulée « Billy Elliot The Musical », et dont Furnish était le producteur exécutif). Jamie Bell, qui tient le rôle-titre dans « Billy Elliott », avait d’ailleurs rencontré Elton John à l’issue de la projection, lequel interprète aujourd’hui le fidèle parolier du chanteur Bernie Taupin dans ce biopic pas comme les autres, et donc scénarisé pour l’occasion par... Lee Hall.

Une fois le script terminé, ils ont alors fait appel à Matthew Vaughn pour concrétiser le projet, en le co-produisant. Elton John avait d’ailleurs fait une apparition dans son film « Kingsman 2 : Le Cercle d’Or » (2017), dans lequel Taron Egerton campait le rôle principal.

C’est d’ailleurs grâce à Matthew Vaughn que Taron Egerton a décroché le rôle d’Elton John dans « Rocketman », lui qui connaissait ses dons pour le chant. Par ailleurs, c’est également Vaughn qui a eu l’idée de confier la réalisation à Dexter Fletcher, lui qui avait déjà tourné avec Taron pour « Eddie the Eagle » (2016), tandis que c’est ce dernier qui avait remplacé Bryan Singer au pied levé après son renvoi de la production du film « Bohemian Rhapsody », alors qu’il restait deux semaines de tournage au film, lui qui avait été un temps envisagé pour mettre en boîte le film sur Freddie Mercury (Queen). Vous suivez ? Tour ça pour dire que « Rocketman » n’est certainement pas un projet né au hasard du calendrier !

La première particularité de ce film, c’est évidemment l’argument autour duquel s’articule ce biopic, soit la cure de désintoxication entreprise par le chanteur en juillet 1990 à l’Advocate Lutheran General Hospital, en vue de soigner son alcoolisme, et son addiction aux drogues. Le chanteur était également accro au sexe, et boulimique. C’est à partir de ce moment que le chanteur s’est en effet assagit, et qu’il a trouvé l’équilibre, ainsi que l’amour, en la personne de David Furnish, rencontré en 1993, avec lequel il s’est uni le 21 décembre 2005, date à laquelle la loi britannique sur le « Civil Partnership » est entrée en vigueur. Depuis, les époux sont devenus pères de deux enfants. Le film débute alors par l’arrivée flamboyante d’Elton John en cure, où il va alors déballer le pourquoi du comment. Ensuite, l’autre originalité du film, c’est d’être une véritable comédie musicale, où tous les acteurs interprètent les chansons du chanteur, tandis qu’elles ne sont pas intégrées par ordre de création, mais bien par résonance avec l’histoire. C’est très malin en soi, et cela donne à voir de véritables scènes sorties tout droit de l’imagination commune.

Car « Rocketman », c’est comme une boule à facettes, qui étincelle de partout, et qui en met plein les yeux, et toujours de plus en plus, sans prévenir. C’est d’ailleurs sans doute ce qu’on apprécie le plus dans le film, à savoir son imprévisibilité. Ses plus célèbres hits sont alors repris, de « Saturday Night’s Alright (For Fighting) », « Your Song », en passant par « Crocodile Rock » à « Don’t Go Breaking My Heart », sans oublier « Rocket Man » (qui donne son titre au film) et « Sorry Seems to Be the Hardest World », pour se terminer en fanfare sur « I’m Still Standing ». Ainsi, le film assume dès le départ de ne pas suivre la trajectoire musicale chronologique du chanteur comme dans un biopic classique, étant donné que c’est ici son parcours qui façonne avec pertinence l’ordre d’apparition des chansons. Dans un sens, cette idée est plus parlante, surtout quand on sait que c’est Bernie Taupin qui a écrit les chansons d’Elton, suivant sa propre inspiration, et non celle du chanteur, tandis que Taupin ne cherchait au départ qu’un compositeur. Depuis juin 1967, leur collaboration n’a jamais cessé d’être fructueuse, alors qu’elle se poursuit aujourd’hui, même si elle a souffert du succès et des extravagances du chanteur fut un temps.

Le film retrace tout d’abord l’enfance soi-disant heureuse de Reginald Dwigh. Stricte et musicale, celle-ci fit davantage guidée par sa maman et sa grand-mère plutôt que par son père, distant et froid, et avec lequel il n’a jamais vraiment eu d’atomes crochus, ce qui le marquera à vie. Ensuite viendra la naissance de sa merveilleuse amitié avec Bernie Taupin, et de leur collaboration à succès, puis sa rencontre tumultueuse avec John Reid, son manager musical jusqu’en 1998. Et puis, bien évidemment, le film ne fait pas abstraction de la dépendance du chanteur aux substances, lui qui brûlait à l’époque la chandelle par les deux bouts, ce qui l’amena justement à cette fameuse cure (le centre narratif du film), lui qui est sobre aujourd’hui depuis vingt-huit ans. « Rocketman » nous apprend également d’autres choses de la vie du chanteur, tels que l’origine de son nom de scène, où encore son mariage (le 14 février 1984) avec l’ingénieur du son allemande Renate Blauel, lui qui au départ n’assumait pas son homosexualité, bien qu’il se déclarait bisexuel (tel qu’il l’a annoncé lors d’une interview au journaliste Cliff Jahr pour le magazine Rolling Stone le 07 octobre 1976).

En l’occurrence, « Rocketman » ne se refuse rien, et montre aussi bien les réussites que les échecs du chanteur, mais toujours à sa gloire. Ainsi, les scènes de débauches sont, par exemple, chorégraphiées avec soin, et jamais vulgaires, mais très certainement explicites. Pas besoin en même temps d’aller jusque-là pour se rendre compte que le chanteur n’a pas toujours été un saint. Fantasmé, loufoque et imaginaire, le film brouille ainsi les frontières entre réalité et fiction autour de la vie du chanteur, tout comme elle l’a été. Car « Rocketman » est un vrai film de cinéma, c’est-à-dire une œuvre qui se permet d’inventer sur base du réel, et d’illustrer avec une mise en scène aussi flamboyante qu’intime, qui parvient d’ailleurs à créer l’émotion. Dans le genre, « Bohemian Rhaspody » fait un peu office de coincé... Mais on n’est bien évidemment pas là pour comparer les deux films, bien que certains diront que la sortie de ce dernier arrive peu de temps après celle du premier, et que cela n’est pas anodin... Qu’à cela ne tienne, les deux films célèbrent deux légendes, et prouvent que le cinéma sert aussi à partager en musique, et créer des émotions par la carrière inspirantes de celles-ci.

Dans la peau d’Elton John, Taron Egerton (« Kingsman » et sa suite) est stupéfiant, et mérite tout simplement une statuette. Tandis qu’il donne de la voix sur toutes les chansons, le producteur musical du film Giles Martin (le fils de George Martin, avec lequel Elton John a travaillé au cours de sa carrière) a obtenu une liberté totale pour réinterpréter ses célèbres chansons. Cela offre au répertoire du chanteur une modernité loin de démystifier sa valeur. Le jeune acteur (qui explose littéralement ici) est très bien accompagné par une ribambelle de seconds rôles qui se sont également pliés à l’exercice de la chansonnette, et avec succès (Bryce Dallas Howard, Richard Madden, Jamie Bell, etc.). Et qui dit Elton John, dit métamorphose physique, et costumes légendaires. Et le film n’en manque pas ! Clins d’œil, revisites, le travail du chef-costumier Julian Day (« Bohemian Rhapsody », « Nowhere Boy », etc.) est aussi pétaradant que la personnalité exubérante du chanteur duquel il s’inspire.

Il ne faut pas forcément être un fan d’Elton John pour apprécier ce film. Notamment coproduit par lui-même et son mari, « Rocketman » est un spectacle extrêmement généreux, qui assume sans mensonges et finesse les frasques du chanteur, tout en jouant à point nommé d’une fiction au service du cinéma.



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