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De Emmanuel Marre et Julie Lecoustre
Rien à foutre
Sortie le 16 mars 2022
Article mis en ligne le 14 janvier 2022
dernière modification le 17 janvier 2022

par Charles De Clercq

Synopsis : Cassandre, 26 ans, est hôtesse de l’air dans une compagnie low cost. Vivant au jour le jour, elle enchaîne les vols et les fêtes sans lendemain, fidèle à son pseudo Tinder « Carpe Diem ». Une existence sans attaches, en forme de fuite en avant, qui la comble en apparence. Alors que la pression de sa compagnie redouble, Cassandre finit par perdre pied. Saura-t-elle affronter les douleurs enfouies et revenir vers ceux qu’elle a laissés au sol ?

Acteurs : Adèle Exarchopoulos, Alexandre Perrier, Mara Taquin

Nous avions découvert le film en juin dernier, lors d’une projection presse avant le Festival de Cannes. De ce fait, nous étions tenu par un embargo. A la fin de celui-ci nous avions suspendu notre critique, car si le film nous avait déçu, il était possible que cette déception tînt à notre faiblesse en anglais. En effet Rien à foutre est essentiellement en langue anglaise (du moins dans 3/5e du film) et faute de sous-titrage à l’époque il était difficile d’en rendre compte en toute honnêteté.

A l’occasion de sa sortie prochaine en salle, nous avons revu le film dans les conditions qui seront celles des spectateurs (et donc avec un sous-titrage bilingue). Malheureusement, nous retrouvons nos impressions premières, bien plus, celles-ci sont confortées. C’est que nous avons l’impression d’avoir affaire à deux films totalement différents et qui ne tiennent ensemble que de façon terriblement artificielle. Le film principal nous fait découvrir une charmante hôtesse de l’air, remarquablement interprétée par Adèle Exarchopoulos. Elle vit au jour le jour. Elle fait des rencontres Tinder sans lendemain. Elle fait la fête, elle boit, elle fait l’amour avec ses rencontres d’un soir et n’en à rien à foutre de ses conditions de travail au grand dam de ses collègues syndiqués. Et si le film s’en était tenu à ce fil conducteur, à savoir la vie et le travail d’une hôtesse dans une compagnie low cost, la façon de gérer son job avec les contraintes inhérentes de productivité comme « vendeuse » (en somme l’équivalent du popcorn dans les multiplex !), l’humanité interdite dans les relations avec les voyageurs, etc. ; nous aurions eu un beau film qui sans être « à la Ken Loach » proposait un regard lucide sur un métier à la fois visible et dans l’ombre et le prix à payer pour ne pas faire payer cher les tickets des voyageurs. Le seul bémol aurait été la prise de son souvent désastreuse, en particulier lors des soirées, ou à moins de suivre les sous-titres les dialogues sont inintelligibles (heureusement qu’il y a les sous-titres... mais quand les dialogues sont en langue française, on ne peut que se rabattre sur le néerlandais et, dans ce cas, le spectateur bilingue aura un avantage).

Le « deuxième film », c’est ce qui se passe en Belgique lorsque Cassandre revient en famille. On pourrait penser qu’il s’agit de confronter deux mondes totalement dissemblables, de faire découvrir tout ce qui a trait à l’accident mortel de sa mère, de montrer les relations avec sa sœur et son père. Hélas, si pour cet « autre film », la prise de son est de meilleure qualité, les dialogues bien rendus, on a l’impression que pour satisfaire aux contraintes du tax shelter il fallait obligatoirement tourner en Belgique. Et certains spectateurs qui habitent aux alentours de la Meuse auront peut-être plaisir à voir leurs routes, villes, etc., on cherche vainement la pertinence de nous montrer ces images ; ajoutons le placement de produit avec un plan fixe de très longues secondes sur un panneau publicitaire pour un constructeur de maisons, ou encore plusieurs minutes incompréhensibles avec, notamment, des images de magnolia, dont on peine à trouver un point d’ancrage dans cette partie belge !

A la fin du film, on retrouve le premier et principal qui cette fois-ci nous fait découvrir une autre compagnie plus du tout « low cost » et à Dubaï, le tout en mode COVID. Si le spectateur a compris les distances physiques, les marquages au sol, les masques... rien ne vient dans la diégèse du film expliquer ce monde de la pandémie. Et cela donne l’impression d’un film (trop long) que l’on a eu du mal à terminer et qu’il fallait bien quelques plans de clôture et de conclusion qui, hélas, tombent comme un cheveu dans la soupe.

Pour conclure, si nous sommes en totale dissonance avec le film, nous renvoyons vers des critiques autrement plus positives, ainsi celle d’Olivier Pélisson sur le site Bande à part et plus encore celle approfondie et argumentée de Thibaut Grégoire sur le site Rayon Vert.