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Alice Winocour
Revoir Paris
Sortie du film le 14 septembre 2022
Article mis en ligne le 21 septembre 2022

par Julien Brnl

Genre : Drame

Durée : 103’

Acteurs : Virginie Efira, Benoît Magimel, Grégoire Colin, Maya Sansa, Amadou Mbow...

Synopsis :
A Paris, Mia est prise dans un attentat dans une brasserie. Trois mois plus tard, alors qu’elle n’a toujours pas réussi à reprendre le cours de sa vie et qu’elle ne se rappelle de l’évènement que par bribes, Mia décide d’enquêter dans sa mémoire pour retrouver le chemin d’un bonheur possible.

La critique de Julien

Après « Proxima » (2019) où l’actrice Eva Green incarnait une astronaute (dans un milieu d’hommes) et mère de famille séparée, s’apprêtant à suivre un entraînement des plus intensifs en vue de partir dans l’espace, au détriment de son rôle de maman, et cela pour une mission scientifique d’un an, Alice Winocour explore les traumatismes et la reconstruction psychique des victimes d’un attentat dans « Revoir Paris », inspiré par ceux de novembre 2015, survenus dans la ville Lumière. Touchée de près par les événements étant donné que son frère était au Bataclan lors des attentats, la cinéaste française met en scène Virginie Efira incarner une femme fictive dont le destin a chaviré en quelques secondes, elle qui était au mauvais endroit au mauvais moment. Trois mois après les événements, alors qu’elle est partiellement devenue amnésique, Mia va alors débuter un (long) travail de guérison et de résilience qui la fera passer par de douloureuses étapes, dont la nécessité de se remémorer les événements afin de se reconstruire et d’apprendre à vivre avec ce qu’elle a vécu, et d’en faire ainsi une force...

Présenté à la Quinzaine des réalisateurs au dernier Festival de Cannes, « Revoir Paris » est un drame qui prend à la gorge, intime et psychologique, porté par la toujours juste Virginie Efira, dont le personnage s’est enfermé dans une sorte de carapace, en témoigne sa combinaison de moto, qu’elle porte tout le temps lorsqu’elle sort de chez elle. Tel un fantôme, cette femme, plutôt solide, erre alors dans un Paris personnalisé, en quête - presque à son insu - de réponse (s’est-elle ainsi réfugiée seule dans les toilettes, sans laisser de la place à d’autres ?), et donc d’images, elles qui lui réapparaîtront au fur et à mesure de son travail, notamment par ses échanges avec la communauté des victimes, dont Thomas, un homme abîmé qui a perdu plusieurs membres de sa famille (joué par Benoît Magimel), ou encore Félicia (qu’interprète Nastia Golubeva), une jeune demoiselle qui cherche à savoir comment ses parents sont morts pendant l’attaque, sans compter sur une certaine main noire, dont Mia cherchera à retrouver le propriétaire...

Nourrie par ses souvenirs de cette nuit-là, mais également des discussions qu’elle a eu avec son frère (d’ailleurs présent sur le plateau de tournage), la réalisatrice a, pour les besoins de son film, rencontré des psychiatres, lesquels lui ont parlé du trouble de « la mémoire récurrente involontaire », c’est-à-dire la reviviscence d’une expérience passée traumatique, surgissant de manière soudaine et involontaire au travers d’images mentales envahissant la conscience, mais également de la notion de « diamants au cœur du trauma », lesquels sont les conséquences positives qui découlent d’événements tragiques, telles que de nouvelles relations. Il est donc ici question au sens large des traces laissées par les victimes d’attentats qui, pour continuer à vivre, n’ont d’autres choix que d’apprendre à faire avec, quitte à tirer un large trait sur une partie du passé, comme la vie de couple, qui a bien du mal à survivre à un tel trauma. Et pour transparaître à l’écran ces rafales d’images qui reviennent, sans prévenir, hanter la conscience pour mieux les exorciser, Alice Winocour utilise notamment des flash-back, au travers desquels ont ressent que la mémoire de la victime est confuse, quitte à s’imaginer de faux souvenirs, ou encore à ne pas savoir remettre les choses dans le bon ordre. À cet égard, le travail du son joue également ici un rôle crucial, tout comme la musique envoûtante de la musicienne suédoise Anna von Hausswolff, elle qui ne cherche jamais à provoquer l’émotion, mais bien à la faire ressentir.

Loin de tout sensationnalisme malgré un épisode romanesque dispensable, la manière avec laquelle la metteuse en scène filme ses personnages et l’attentat prouve l’authenticité de sa démarche première, à savoir adopter le point de vue de la victime, que le jeu de Virginie Efira éclabousse de retenue et de sensibilité. Dans la peau d’une femme déconnectée qui revient à elle, et donc à la vie, l’actrice, qui ne cesse d’impressionner, prouve qu’elle sait tout jouer, elle qui est la pierre angulaire de « Revoir Paris » ; ville qu’Alice Winocour filme ici sous différents regards, tel un personnage à part entière... On est alors happé par ce drame psychologique, lequel évite tout pathos et voyeurisme gratuit, malgré un sujet duquel il aurait pu ne pas savoir se relever.



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