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CINECURE est le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour les radios RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Les critiques de Julien Brnl
Revenge
Réalisateur(s) : Coralie Fargeat
Article mis en ligne le 26 avril 2018
dernière modification le 29 juillet 2018

par Julien Brnl
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Série B française fantasmatique, « Revenge » est un trip stylisé qui vous fera passer un bon moment de cinéma de genre, où l’inversion du rapport bourreau-victime prend ici tout son sens dans le contexte actuel dans lequel nous vivons. - 15/20

➡ Vu au cinéma Quai10 de Charleroi - Sortie du film le 21 mars 2018

Signe(s) particulier(s) :

  • premier long-métrage de la réalisatrice française Coralie Fargeat, après un court-métrage de science-fiction intitulé « Reality+ », récompensé dans de nombreux festivals.

Résumé : Trois riches chefs d’entreprise quarantenaires, mariés et bons pères de famille se retrouvent pour leur partie de chasse annuelle dans une zone désertique de canyons. Un moyen pour eux d’évacuer leur stress et d’affirmer leur virilité, armes à la main. Mais cette fois, l’un d’eux est venu avec sa jeune maîtresse, une lolita ultra sexy qui attise rapidement la convoitise des deux autres... Les choses dérapent... Dans l’enfer du désert, la jeune femme laissée pour morte reprend vie... Et la partie de chasse se transforme en une impitoyable chasse à l’homme...

La critique

Après Julia Ducournau et son premier film sensationnel « Grave », c’est une autre demoiselle qui met le doigt sur le cinéma de genre, avec un premier long intitulé « Revenge ». Et comme son titre l’indique, il est bien évidemment question d’une revanche, soit celle d’une jeune femme laissée pour morte par trois gars absolument répugnants, dits « porcs ». Préparez-vous à une déculottée sanglante au profil d’un film bien plus féministe qu’il en a l’air.

Tandis que Richard passe des jours heures dans son énorme villa dans un désert marocain avec sa maîtresse Jennifer, le voilà rejoint par ses deux associés, venus pour leur partie de chasse virile annuelle. Mais le lendemain d’une soirée arrosée, où Jennifer, peu vêtue, a joué de son charme devant les trois gars avec une petite danse endiablée, l’un d’eux vient alors à la violer, sans scrupules, pendant l’absence de Richard. Bien décidés à protéger leur vie de famille face aux menaces de Jennifer après cet acte effroyable, les trois gars la laisseront pour morte, en plein milieu de désert, avant de se débarrasser du corps. Sauf que Jennifer n’a pas dit son dernier mot, ou plutôt n’a pas encore effectué sa dernière danse...

« Revenge » s’inscrit directement dans la lignée des « revenge movie », dans lequel l’image que l’on se fait d’un personnage change du tout au tout, pour alors s’en libérer, et faire passer un message des plus clairs.

Si Coralie Fargeat use de litres de faux sang, c’est d’autant plus pour le traitement subit par cette femme par ces hommes qui dégoutte le plus. En effet, ces regards qu’ils lui lancent (comme si elle n’était qu’un objet), cette scène de viol, ou encore ces paroles crues sans aucun respect pour la personne, laissent transparaître toute la condition de la femme aux yeux de « l’homme » qui se cache derrière celui qui a récemment été dénoncé dans le milieu du septième art (et dont on ne prononcera pas ici le nom). Dans le contexte actuel, le message est donc non-équivoque. Mais là où le scénario de Coralie Fargeat prend le taureau par les cornes, c’est dans la transformation de son anti-héroïne, bien déterminée à anéantir ses agresseurs, et à ne plus se laisser faire. Et autant dire que Jennifer en a... dans le mini-short !

Brandissant un message féministe aussi puissant que grandiloquent, « Revenge » est une partie de chasse à l’homme particulièrement jouissive, extrêmement violente, mais non dénuée de symbolique, à la manière de « Grave ». C’est ce qui fait de lui un film de genre particulièrement intelligent, et subtil dans sa manière d’aborder la violence. Non, rien n’est ici gratuit, puisque le tout fait partie du processus de vengeance. Cependant, certaines scènes sanguinaires sont excessivement poussées et médicalement improbables, mais on est bien dans un film qui affiche aussi ses intentions libératrices, cathartiques des corps, nécessitant ici un traitement extrême, mais jamais voyeur, de la souffrance. Ici, on souffre, car il faut que le mâle en rut souffre à son tour, ni plus, ni moins.

Mais « Revenge » n’est pas qu’un bain de sang au service de son sujet ! En effet, voilà une œuvre cinématographique graphique et artistique à souhait. Ainsi, le désert est filmé comme un personnage à part, avec ses couleurs pop et acidulées à part, tout comme cette villa épurée (au contraire de son propriétaire), ou tous ces vêtements et accessoires. La photographie et Robrecht Heyvaert (« Les Ardennes »), et sa colorimétrie rend donc d’autant plus l’expérience agréable qu’elle ne l’était déjà. Aussi, la réalisatrice insuffle à son scénario quelques moments de folie liés à l’utilisation de drogues assez puissantes, énergisantes encore plus sa mise en scène déjà bien dorée. Bref, autant de cartes bien jouées, dans un premier film qui a du cran !

Dans le rôle de Jennifer, Matilda Lutz est très sexy, mais surtout très performante, et prouve qu’un entraînement physique fait des merveilles ! Elle détonne dans la peau de cette demoiselle plus forte qui n’y paraît, et prête à tout pour inverser la tendance, et ainsi faire endurer ce qu’elle a vécu à ses bourreaux. D’ailleurs, en parlant d’eux, l’acteur Kevin Janssens (« Les Ardennes », également) incarne Richard, cet affreux salopard, tout aussi séduisant que l’est Matilda Lutz, mais dont l’image du corps (et son utilisation) représente ici le péché. Quoi qu’il en soit, cet acteur belge n’a rien à envier au physique d’un autre acteur belge désormais incontournable : le bien nommé Matthias Schoenaerts. Devant la caméra de la réalisatrice, le casting n’a en tout cas pas peur de la nudité, bien que celui-ci fasse partie intégrante du concept visuel dans lequel s’inscrit ce « Revenge ».



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