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CINECURE
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Cinécure est un site appartenant à Charles Declercq et est consacré à ses critiques cinéma, interviews. Si celui-ci produit des émissions consacrées au cinéma sur la radio RCF Bruxelles, celle-ci n’est aucune responsable du site ou de ses contenus et aucun lin contractuel ne les relie. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

Lisa Joy
Reminiscence
Sortie du film le 18 août 2021
Article mis en ligne le 23 août 2021

par Julien Brnl

Genre : Science-fiction, romance, thriller

Durée : 116’

Acteurs : Hugh Jackman, Rebecca Ferguson, Thandie Newton, Angela Sarafyan, Daniel Wu, Marina de Tavira, Cliff Curtis...

Synopsis :
Dans un futur proche, Nick Bannister, détective medium d’un Miami englouti par les eaux, explore les méandres du passé pour permettre à ses clients de retrouver des souvenirs perdus. Sa vie bascule lorsqu’il accepte de s’occuper de l’affaire d’une certaine Mae, très simple au départ, mais qui tourne rapidement à l’obsession. Tandis que Nick se bat pour élucider la disparition de Mae, il découvre un terrible complot et doit répondre à la question suivante : jusqu’où est-il prêt à aller pour sauver ceux qu’il aime ?

La critique de Julien

Créatrice et productrice déléguée de la série télévisée « Westworld » avec Jonathan Nolan, son compagnon et frère de Christopher Nolan, Lisa Joy passe à la vitesse supérieure avec son premier film, qu’elle scénarise également. Entre les univers de « Inception » (de Christopher Nolan, 2010) et de « Blade Runner » (de Ridley Scott, 1982), ce film de science-fiction néo-noir, ou plutôt dira-t-on d’anticipation, permet à Hugh Jackman de retrouver Rebecca Ferguson à l’écran, après avoir partagé l’affiche de « The Greatest Showman » (2018), comédie musicale à succès planétaire, ayant vu sa bande-originale dépasser les sept millions de ventes dans le monde, et récompenser du Grammy Award de la meilleure bande sonore pour un média visuel (Best Compilation Soundtrack for Visual Media). Mais dans « Reminescence », il n’est pas question de chanter, même si un air fredonné y joue un rôle clef...

Voilà qui nous emmène donc dans un avenir proche, à la suite d’une nouvelle guerre et de changements climatiques ayant fait monter le niveau des mers, et inonder notamment Miami, alors que les températures diurnes extrêmes ont forcé la plupart des gens à vivre la nuit. Nicolas « Nick » Bannister (Jackman), avec son amie et collègue vétéran Emily « Watts » Sanders (Thandiwe Newton), exploite une entreprise qui permet aux gens de revivre des souvenirs spécifiques, ce qu’ils appellent la « reminiscence ». C’est que les humains préfèrent replonger dans le passé durant de longues heures, et ainsi retrouver ceux qu’ils aiment, à des moments spécifiques de leur existence. Mais attention, car revivre un souvenir à plusieurs reprises peut piéger à jamais la mémoire. C’est alord qu’un jour, une cliente sans rendez-vous, Mae (Rebecca Ferguson), arrive et demande son aide pour retrouver ses clés, qu’elle a égarées. Nick sera alors immédiatement attiré par elle, eux qui entameront une relation, au grand dam de Watts, qui se méfie d’elle. Sauf que Mae va disparaître du jour au lendemain, ce qui va souvent pousser Nick dans la « reminescence », afin de tenter de trouver des réponses à ses questions. Lui et Watts seront aussi embauchés par un procureur de la ville afin de récupérer les souvenirs d’un suspect comateux qui, selon la police, travaillait pour un baron de la drogue...

Ayant fait appel ici à ses fidèles collaborateurs avec lesquels elle a travaillée sur « Westworld », tels que le directeur de la photo Paul Cameron, le chef-décorateur Howard Cummings, le chef-monteur Mark Yoshikawa et le compositeur Ramin Djawadi, Lisa Joy livre ici un film bien plus excitant sur la forme que dans le fond.
En effet, la ville de Miami est assez hypnotisante, les pieds dans l’eau, tandis qu’il est plutôt singulier de plonger dans ces décors de ville dont les barrages sont prêts à céder, tandis qu’ils débordent sans arrêt. Filmé majoritairement au crépuscule, « Reminescence » met alors en scène une ville corrompue et ravagée, qui résiste plus qu’elle ne vit, séparée dès lors en deux classes sociales, l’une privilégiée, dite riche, l’autre non, et résultant dès lors de ces dérèglements naturels. Si le Miami que la cinéaste met en scène reflète à la fois la tragédie et la perte, il montre aussi la capacité des êtres humains à essayer de faire ressortir la beauté parmi les fissures. Car la nuit tombée, cette ville reste d’une beauté troublante, qui nous agrippe alors pour ne plus nous lâcher, en témoigne la scène d’ouverture. Au moins, « Reminiscence » a du charme pour ce qu’il a à nous montrer, malgré quelques effets spéciaux pas toujours nets.
Pour ce qu’il a à nous dire, le film ne convainc qu’à moitié, sans pour autant ennuyer, lui qui abuse et résume trop rapidement son cadre social par une narration hors champ via la voix de son personnage principal, philosophant un peu trop, et pour ne rien dire finalement de concret sur la mémoire. Et puis, le scénario, derrière la technologie qu’il met en place pour accéder aux souvenirs, ne sert en fait qu’une romance habillée, vêtue d’une quête initiatique aux allures de film policier, mais sans les armes, du moins pour Hugh Jackman, qui incarne ici un homme obstiné à comprendre, et retrouver celle qu’il aime, que cela l’amène dans les méandres de sa mémoire, ou dans les tréfonds de la Nouvelle-Orléans. Face à lui, deux femmes, complexes et intéressantes, avec une petite préférence pour le rôle de Thandiwe Newton, au travers duquel le personnage de Jackman, conscient de ses erreurs, appel à la raison, et à regarder vers le futur...

Comparé à l’audace de ses modèles, il est évident que « Reminescence » joue petit bras, dans le sens où il s’agit là d’un film de science-fiction futuriste au service d’un drame romanesque, dont le but n’est donc pas de retourner le cerveau, ni le cœur des spectateurs, mais bien ceux de son protagoniste. Cette histoire à tiroirs suit alors une trame un peu trop guidée et opportuniste pour pleinement toucher. C’est donc, à notre goût, un peu trop anticipé dans l’action, et dès lors assez frustrant. Malgré cela, on ne passe pas un mauvais moment devant ce premier film (un peu trop) maîtrisé, bien interprété, et indiscutablement captivant.



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