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CINECURE
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Cinécure est un site appartenant à Charles Declercq et est consacré à ses critiques cinéma, interviews. Si celui-ci produit des émissions consacrées au cinéma sur la radio RCF Bruxelles, celle-ci n’est aucune responsable du site ou de ses contenus et aucun lin contractuel ne les relie. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

Lisa Joy
Reminiscence
Date de sortie : 18/08/2021
Article mis en ligne le 17 août 2021

par Charles De Clercq

Synopsis : Dans un futur proche, Nick Bannister, détective medium d’un Miami englouti par les eaux, explore les méandres du passé pour permettre à ses clients de retrouver des souvenirs perdus. Sa vie bascule lorsqu’il accepte de s’occuper de l’affaire d’une certaine Mae, très simple au départ, mais qui tourne rapidement à l’obsession. Tandis que Nick se bat pour élucider la disparition de Mae, il découvre un terrible complot et doit répondre à la question suivante : jusqu’où est-il prêt à aller pour sauver ceux qu’il aime ?

Acteurs : Hugh Jackman, Rebecca Ferguson, Thandie Newton, Angela Sarafyan, Daniel Wu, Marina de Tavira, Cliff Curtis

Reminiscence est catalogué dans les catégories « Science-fiction, Romance, Thriller » et, de fait, les trois thèmes s’y retrouvent, même si nous parlerions plutôt d’anticipation que de science-fiction, d’autant que nous sommes dans un futur assez proche et où le monde souffre du dérèglement climatique. Premier film qui prend cet élément en compte, sans en faire le thème principal (comme d’autres films consacrés à un désastre climatique) ou une thèse à présenter voire une cause à défendre. Les modifications sur la vie des terriens ont déjà commencé. Les eaux ont envahi certaines régions (dont Miami où se déroule l’intrigue du film), il fait chaud, très chaud et l’on vit donc la nuit. De nombreuses habitations sont détruites (et nous avons encore en mémoire - là un des thèmes du film, nous y reviendront - les inondations catastrophiques de 2021, non seulement en Belgique mais en de nombreux endroits du monde) et (bien sûr !!!??) des riches ont trouvé refuge en hauteur et/ou en construisant des murs (après avoir acquis des territoires surélevés au prix de magouilles, de prévarication, de méthodes mafieuses, etc. Mais, rien que cet élément liquide donne de très beaux plans, on en retiendra particulièrement un, dans ce monde où l’on navigue en bateau voire en barques de fortune, celui d’un train « aquatique » sur fond d’éoliennes. Cela, c’est le soubassement « humide » du premier long métrage de Lisa Joy. Elle co-produit le film avec son mari Jonathan Nolan, le frère cadet de Christopher... dont elle est donc le beau-frère !

L’on ne s’étonnera donc pas de découvrir un univers « à la » Inception, tant par une intrigue à tiroirs (et où donc la « réalité » n’est pas nécessairement ce que l’on voit - ou donne à voir - aux spectateurs mais aussi aux protagonistes) où le monde cérébral (plutôt que le rêve) est un des enjeux du récit. Et en cela, le montage hypernerveux de la bande annonce ne trahit pas trop le rythme du film (qui dure près de deux heures). La construction de celui-ci tient aussi à son aspect thriller qui empêche d’en dire trop au risque de spoiler immédiatement et de gâche le plaisir du spectateur car (malheureusement ?) c’est peut-être l’aspect qui captivera le plus ceux qui iront le voir en salle (ou qui le découvriront au même moment sur HBO aux USA, soit quelques jours après l’Europe). Et cette dimension ’thriller’ est intrinsèquement lié à la romance (voire aux romances) qui tisse(nt) la toile qui lie les uns aux autres, leurs interactions, leur perception de ce qu’ils pensent ou croient être le réel, à tort ou à raison. Reste donc la dimension « science-fiction », celle relative à la recherche du passé grâce à la « mémoire ». Cela aurait pu offrir une dimension plus « philosophique », mais ce filon-là n’a pas été exploité car c’est, finalement l’action qui prend le dessus.

Dans un tout autre domaine, les thèmes du passé et des souvenirs ont été abordés par Ritesh Batra dans The Sense of an Ending (A l’heure des souvenirs), film qui nous est revenu à la mémoire (lorsque nous avons découvert le thème sous-jacent de Reminiscence ! Ritesh Batra adaptant le livre éponyme de Julien Barnes. Un livre dans lequel on trouve cette phrase « Il me semble que cela peut être une des différences entre la jeunesse et la vieillesse : quand on est jeune, on invente différents avenirs pour soi-même ; quand on est vieux, on invente différents passés pour les autres.  » qui n’est pas sans consonance avec le film de Lisa Joy !

Sans trop dévoiler donc, dans le monde du film, il y a une technique utilisée tant par les autorités policières qu’à titre privé pour retrouver des souvenirs. La police ne peut le faire qu’avec un projecteur 2D ; en revanche, dans le privé, on dispose d’une projection 3D hyperréaliste (sur un grand plateau circulaire). Pour ce faire, la personne en quête de ses souvenirs (ou plutôt qui souhaite les revivre) s’installe dans un caisson (du genre à isolation sensorielle) avec un casque sur la tête et un guide (comme dans l’hypnose), en l’occurence Nick Bannister (Hugh Jackman) qui travaille donc pour la justice et pour son compte avec une amie et collaboratrice (Thandiwe Newton). Un jour débarque une femme mystérieuse, Mae (Rebecca Ferguson) dont les souvenirs vont bouleverser Nick et envahir sa vie (au figuré et peut-être au propre !). Et il faut s’arrêter là pour garder le suspens et voir la suite à l’écran.

S’agissant de visualiser les souvenirs, nous sommes dans une vision « objective » et pas « subjective ». Nous voyons donc le passé comme si nous le voyions de l’extérieur et donc pas avec les yeux du sujet en train de se souvenir. Il s’agit donc de visualiser ce que la personne est censée avoir vécu et comment elle (se) représente l’événement. C’est au moins tiré par les cheveux par rapport au concept mis en œuvre, mais, on fait comme si c’était notre point de vue, comme observateur extérieur. Après tout, c’est du cinéma. Et celui-ci nous donne l’occasion de découvrir une scène qui fait un peu penser à Ghost (Jerry Zucker, 1990) et une autre où nous avons penser à l’utilisation du slo-mo dans Dredd de Pete Travis (2012).

Reminiscence est un film où l’on ne s’ennuie pas. L’action est efficace ; les acteurs jouent correctement leur partition. L’on aurait pu rêver d’un film plus philosophique ou même « à la » Blade Runner mais il trouvera probablement son public dans les salles de cette fin d’été.



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