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CINECURE
L’actualité du cinéma sur RCF

CINECURE pas un blog mais le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour la radio RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Diego Lerman (2014)
Refugiado
Sortie le 13 mai 2015
Article mis en ligne le 26 mars 2015
dernière modification le 20 mai 2015

par Charles De Clercq
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61/100

Synopsis : Matías, un enfant de 7 ans, et sa mère quittent précipitamment le domicile conjugal pour échapper à l’emprise du père violent de Mathias. À la fois réfugiés et fugitifs, tous deux mènent une course contre la montre à la recherche d’un refuge et d’une nouvelle vie.

Acteurs : Julieta Diaz, Sebastián Molinaro, Marta Lubos, Carlos Weber, Silvia Bayle, Sandra Villani, Sofia Palomino.

En 2002, Diego Lerman, réalisateur argentin, âgé d’à peine 26 ans, proposait son premier long métrage Tan de repente, un road movie - tiré du roman La Prueba (La preuve) de son compatriote César Aira - qui racontait l’enlèvement d’une jeune vendeuse par deux lesbiennes. Huit ans plus tard, après Mientras tanto (2006) il réalise La Mirada invisible. Ce film de 2010 se déroule dans un lycée argentin en 1982, sous la dictature argentine et raconte l’histoire d’une surveillante frustrée, autoritaire, qui surveille tout (y compris les toilettes des garçons). Elle est l’oeil invisible du pouvoir. Si ces films ne sont pas totalement réussis, ils n’en étaient pas moins très prometteurs et indiquaient qu’il y avait là un réalisateur de la deuxième « nouvelle vague » du cinéma argentin qu’il fallait suivre.

Refugiado n’échappe pas aux richesses et aux défauts des films précédents. Le thème ou plus exactement les thèmes abordés ouvraient de larges perspectives. Ainsi Diego Lerman traite-t-il de la violence conjugale, de la relation d’une mère avec son enfant, et, en creux, de la relation de ce dernier avec son père. Tout cela est très bien rendu, dans un film dont les images et l’atmosphère sont typiques de ce que l’on attend du cinéma indépendant. J’ai eu plusieurs fois l’impression d’avoir affaire à un film que j’appellerais « de festival ».

Mes réticences viennent du fait qu’il est difficile de discerner le véritable focus du film. Il se donne à voir comme un thriller. Le spectateur a l’impression que le père (que l’on ne voit quasiment jamais sinon en flou) va rattraper son épouse enceinte et son fils Matías. Plusieurs éléments de l’intrigue, du scénario, nous laissent attendre cela à défaut donc de le « visualiser ».

En effet, c’est autre chose que le réalisateur nous donne à voir : l’épouse, jouée par l’actrice argentine Julieta Díaz qui vient du monde des séries télévisées, sa fuite, sa recherche d’un logement même précaire, son placement en refuge avec son fils...

En fait, non, c’est autre chose que le réalisateur nous donne à voir : l’enfant de huit ans, joué par le jeune Sebastián Molinaro dans son tout premier rôle. Nous le découvrons dans sa fuite, dans le regard qu’il jette sur sa mère, dans sa relation avec une jeune enfant de son âge au refuge, dans l’attachement à sa maison, mais également dans son attente d’une relation fraternelle. Matías fera un choix définitif (?) dans une fin du film qui n’est pas totalement téléphonée. Il apporte beaucoup de candeur et de naïveté au film et apparaît comme un contrepoint de sa mère.

Hélas, un des problèmes du film se situe là : qui est au centre du film ? Le père absent ? La mère en fuite ? Le gamin balloté sur les rues et dans les lieux de refuge ? Au final, c’est un peu comme une photo où l’on hésite entre l’avant-plan et l’arrière-plan. A vouloir les deux, la mise au point n’est pas nette et l’on se retrouve dans une zone de flou !

Ces réserves étant émises, il n’empêche que l’on aura intérêt à voir ce film et ensuite, pourquoi pas à louer les films précédents pour découvrir ce réalisateur qui nous propose un certain regard sur son pays et ses habitants, avec parfois humour et dérision, ainsi la scène sur un « lit d’amour » dans un hôtel de passe !


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