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Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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Pierre Godeau
Raoul Taburin
Sortie le 10 avril 2019
Article mis en ligne le 20 avril 2019

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • adaptation de la bande dessiné « Raoul Taburin » de l’auteur du « Petit Nicolas » Jean-Jacques Sempé, publiée en 1995 ;
  • troisième film du réalisateur et scénariste Pierre Godeau après « Juliette » (2013) et « Éperdument » (2016), lui qui n’est autre que le fils de Philippe Godeau, réalisateur du récent « Yao » avec Omar S’y, lequel produit également ce film.

Résumé : Raoul Taburin, c’est l’histoire d’un petit garçon devenu grand sans savoir faire du vélo. L’histoire d’un immense malentendu vécu comme une malédiction. Un imposteur malgré lui.

La critique de Julien

Dans l’univers des adaptations de bandes dessinées, on peut désormais citer celle du « Raoul Taburin » de Jean-Jacques Sempé (« Le Petit Nicolas »), un conte onirique d’une dizaine de pages autour de l’histoire d’un réparateur de vélo respecté de tous, et réputé pour ses impressionnantes frasques à bicyclette, réalisées depuis son enfance. Sauf que Raoul tient un secret : il lui est en fait impossible de tenir en équilibre sur son vélo... Or, le sort semble s’acharner sur lui, étant donné qu’à chacune de ses tentatives de s’en défaire, la foudre fracasse son entourage. Or, l’arrivée au village de Saint-Céron d’un photographe professionnel va amorcer les choses...

Filmé dans le département de la Drôme, « Raoul Taburin » est un dépaysement à bien des niveaux. Or du temps, ce récit quelque peu irréaliste prend forme dans un cadre solaire et bucolique villageois qui fait du bien. La reconstitution spatio-(in)temporelle de la bande dessinée est pour le moins réussie, et nous invite à pénétrer dans une bulle qui réchauffe le cœur.

Alors que c’est le graphisme du modèle original qui confère à l’œuvre de Sempé toute sa particularité, ainsi que les petites phrases qui figurent sous ses dessins, le film, lui, parvient à contrer ces manques grâce à l’utilisation d’une tendre, posée et touchante voix-off, étant donné que Raoul est ici le propre narrateur de son histoire. Dès lors, on apprécie ce long et poétique monologue en guise d’introduction, au travers duquel le personnage principal campé par Benoit Poelvoorde revient en images sur son histoire, de ses 6, 11 à 20 ans, et jusqu’à l’approche actuelle de la cinquantaine, où la seconde partie du récit prend place.

« Raoul Taburin », c’est un film poétique et fantaisiste qui nous parle du conflit intime et fantastique d’un être humain singulier, suivit par son vélo d’enfance, qui rôde autour de lui, tel un chien, autonome, et doté d’une âme. Mais dans son secret, Raoul semble seul. Pourtant, c’est une amitié avec un photographe qui va déclencher l’engrenage de la vérité. Malgré la petitesse de l’intrigue, le film se laisse donc suivre sans déplaisir, étant donné en plus la présence au casting de notre compatriote namurois, lequel s’en sort avec les honneurs dans son rôle, lui qui connaît la bande dessinée sur le bout des doigts, même s’il l’a découverte tard (après le tournage du « Vélo de Ghislain Lambert » en 2001). Expressif - même dans ses silences, l’acteur porte ce rôle d’homme écorché, qui essaie vaille que vaille de se débarrasser de ce son mensonge d’infortune. Les personnages d’Edouard Baer (Hervé Figougne, le photographe) et Suzanne Clément (Madame Taburin) existent également dans cette adaptation, et bien plus que dans la BD, ce qui était nécessaire pour le long métrage, afin ne ne pas centrer tout le récit autour d’un seul personnage. Mention spéciale pour le jeune Victor Assié, incarnant avec mimétisme notre Benoit Poelvoorde à ses vingt ans.



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