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Cinécure est historiquement lié aux émissions radio consacrées au cinéma par Charles De Clercq sur RCF. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

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May el-Toukhy
Queen of Hearts
Sortie du film le 19 juin 2019
Article mis en ligne le 23 juillet 2019

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • second long métrage de la réalisatrice danoise après « Long Story Short », déjà tourné avec l’actrice danoise Trine Dyrholm et co-scénarisé avec Maren Louise Käehne ;
  • Prix du public au Sundance Film Festival 2019, ainsi que le Prix du meilleur film nordique, Prix du public du meilleur film nordique, et Prix du meilleur acteur pour Trine Dyrholm au Festival de Göteborg.

Résumé : Anne semble avoir sa vie en ordre. Elle est mariée avec Peter, un docteur, ils ont deux filles, elle a un bon travail et ils habitent une belle maison. Cependant, sa vie de la famille est perturbée lorsque Gustav, le fils de Peter issu d’un précédent mariage, vient vivre avec avec eux. Alors que Peter et Gustav se n’entendent pas vraiment bien, Anne établit rapidement un lien positif avec Gustav. Leur relation change lorsqu’elle risque tout en séduisant le jeune homme et qu’elle doit faire face à un choix aux conséquences inimaginables.

La critique de Julien

Dès la scène d’ouverture, la caméra de May el-Toukhy et la musique de Jon Ekstrand donnent le ton. L’entame est sombre, et nous immisce dans une ambiance très froide, propre au cinéma scandinave. Sans prévenir de ce qui va nous tomber déçu, le film déploie l’histoire d’une mère de famille comblée aussi bien par ses jumeaux que par son mariage, et professionnellement respectée, elle qui travaille dans un cabinet d’avocats spécialisé dans le droit des mineurs. Pourtant, l’arrivée du fils de Peter dans le foyer familial, issu d’un précédent mariage, et tout juste sorti d’un centre pénitentiaire, va perturber l’harmonie qui régnait dans cette maison. En effet, alors que le père et le fils ont toujours eu du mal à s’accorder, Anne va doucement tisser des liens avec ce dernier, elle qui a l’habitude, de par son métier, de créer un contact avec la jeunesse déstabilisée. Jusqu’à en dépasser les limites, amenant un choix aux conséquences irréversibles...

Sublimé par une cinématographie chirurgicale, « Queen of Hearts » met en exergue deux thèmes aux ressentis totalement différents. Par une séduction intrinsèque, il y a tout d’abord celui du corps et de ses pulsions, de ses fantasmes enfuis. Le personnage principal va alors succomber à des envies interdites et incontrôlables, malgré sa position psychologique forte et, à priori, impénétrable. May el-Toukhy filme alors une relation déstabilisante, car impossible. De plus, la réalisatrice ne cache rien de cette attirance sexuelle, ni même la fellation. Car il n’est évidemment pas question ici d’amour, mais de tentation. Et puis, à la manière du « Lady McBeth » (« The Young Lady ») de William Oldroyd, le film va prendre une tournure inattendue, laquelle va d’autant plus prendre le spectateur au revers.

Dans cette situation pour le moins compliquée, qu’est-il donc « raisonnable » de faire, alors que Gustav se montre de plus en plus attaché à Anne, et que le danger d’être vu est de plus en plus problématique, et surtout pour la vie de famille de cette maman, et sa carrière professionnelle, laquelle semblait parfaitement en équilibre dans sa vie ? À double tranchant, on comprend cette position féminine du besoin de plaire et d’exister comme dans jadis au-delà d’un certain âge. La femme s’est d’ailleurs battue pour ça. En effet, alors que voir un homme avec une femme bien plus jeune que lui ne pose pas de problème dans notre société sexiste (l’exemple actuel le plus flagrant est le couple Macron), dès qu’il s’agit de l’inverse, cela attire le regard, et l’irrespect. Cela étant dit, « Queen of Hearts » appuie une relation entre l’adulte et le mineur, qui est donc une atteinte sexuelle, punissable par la loi, ce qui n’est donc pas du tout la même chose.

C’est justement pour cela que notre regard envers Anne va changer du tout au tout, elle qui va alors user de son pouvoir de persuasion, de manipulation pour s’éviter la punition. Car si elle est capable d’aider, est aussi capable de retourner la tête, tandis qu’il lui est par contre impossible de reconnaître ses torts. May el-Toukhy et co-scénariste Maren Louise Käehne mettent alors en place un cercle vicieux et totalement inhumain. Cette seconde partie est sans doute la plus marquante du film. Même si le malaise était déjà bien établi dans sa première, on ne peut que rester littéralement de marbre devant tant d’ignorance, de mensonges, et de culpabilité non-assumée. On est clairement dans la démonstration de ce que l’être humain peut être de plus méprisable.

« Queen of Hearts », c’est une tempête dissimulée et glaciale de laquelle on ne ressort pas indemne. Malgré ses quelques longueurs, la mise en scène maîtrisée installe une tension continue qui ne cesse de nous positionner dans l’inconfortable. Et c’est dire si l’actrice danoise Trine Dyrholm (récompensée au Festival du film de Göteborg en Suède pour son rôle) porte haut la main cette histoire fatale, elle qui est renversante dans son jeu d’actrice, à la fois sentimentalement distant, et sensuellement rapproché. Complexe et plein de surprises, son personnage risque de nous hanter bien encore après séance, lequel reflète une multitude d’émotions aussi excitantes que déroutantes.



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