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Jean-Pierre Améris
Profession du père
Date de sortie : 28/07/2021
Article mis en ligne le 28 mai 2020
dernière modification le 29 mai 2021

par Charles De Clercq

Synopsis : Emile, 12 ans, vit dans une ville de province dans les années 1960, aux côtés de sa mère et de son père. Ce dernier est un héros pour le garçon. Il a été à tour à tour était chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d’une Église pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle. Et ce père va lui confier des missions dangereuses pour sauver l’Algérie, comme tuer le général.

Acteurs : Benoît Poelvoorde, Audrey Dana, Jules Lefebvre

Avant ce film, il y a un roman autobiographique de Sorj Chalandon, publié en 2015 et qui a été adapté en bande dessinée en 2018 par Sébastien Gnaedig. on en trouvera ici une présentation de celle-ci ou encore dans cet article.

Nous avions lu le roman et la bande dessinée et, bizarrement nous avons vu moins de métiers dans le film que dans le synopsis. A moins d’avoir été distrait au point de manquer certaines étapes du film nous pensons que le synopsis a été repris du roman/BD. Mais cela a peu d’importance. Le titre renvoie à une question posée dans le cadre de l’école : « profession du père ? ».

Nous avons découvert un Benoit Poelvoorde totalement flippant en père qui a un sérieux grain de folie qui est borderline, mythomane et très violent. Hélas, son rôle est dénaturé par une sorte de touche comique. Face à lui, beaucoup plus crédible dans le rôle du fils, le jeune Jules Lefebvre qui avait joué dans Duelles d’Olivier Masset-Depasse.

André Choulans, le père, est fou. Sa femme Denise se doute bien de quelque chose mais elle lui est soumise et ne défendra pratiquement pas son fils quand la folie paternelle contaminera l’environnement et le fils bien au-delà de la simple narration de fausses heures de gloire. Face au déni de sa mère Denise, Emile se retrouve dans autre figure paternelle que celui des fantasmes d’André. Si Emile doute parfois, il sera pris dans un engrenage qu’il ne maitrisera pas et comme nombre de jeunes adolescents il va sublimer l’image paternelle. Ici, ce sera pour le pire, puisqu’il embarquera un jeune condisciple dans un trip dangereux et improbable.

Alors que le roman débute sur les obsèques d’André Choulans, Le film se clôture, lui, à l’asile, bien plus tard, avec Emile adulte qui reconnaîtra (contre l’avis de sa mère) que son père est bien fou. Il est assez étonnant de découvrir Poelvoorde dans ce rôle. C’est que l’acteur qui peut susciter le rire dans certains rôles comiques, génère ici un malaise chez le spectateur. C’est qu’il y a un hiatus entre le propos sombre du livre et son adaptation en bande dessinée (en noir et blanc) et le film qui semble jouer dans le registre de la comédie dramatique, principalement à cause de son acteur principal. Une grosse erreur de casting ! Il aurait probablement fallu un autre acteur pour donner la réplique à Jules Lefebvre. A défaut de lire le roman, n’hésitez pas à vous procurer (ou au moins à lire) la bande dessinée, en noir et blanc, pour découvrir combien il y a eu un glissement et un décalage désastreux dans l’adaptation.