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Cinécure est un site appartenant à Charles Declercq et est consacré à ses critiques cinéma, interviews. Si celui-ci produit des émissions consacrées au cinéma sur la radio RCF Bruxelles, celle-ci n’est aucune responsable du site ou de ses contenus et aucun lin contractuel ne les relie. Depuis l’automne 2017, Julien apporte sa collaboration au site qui publie ses critiques.

Bernard Campan et Alexandre Jollien
Presque
Sortie du film le 26 janvier 2022
Article mis en ligne le 26 janvier 2022

par Julien Brnl

Genre : Comédie dramatique

Durée : 92’

Acteurs : Bernard Campan, Alexandre Jollien, Tiphaine Daviot, Marilyne Canto, Julie-Anne Roth...

Synopsis :
Deux hommes prennent la route, de Lausanne vers le sud de la France, dans un corbillard. Ils se connaissent peu, ont peu de choses en commun, du moins le croient-ils...

La critique de Julien

Entre Bernard Campan et Alexandre Jollien, c’est une belle histoire d’amitié, à laquelle le producteur de cinéma Philippe Godeau est venu proposer une nouvelle aventure. C’est en l’écoutant à la radio parler de Diogène il y a un peu moins de vingt ans que Bernard Campan a été bouleversé par les propos du philosophe et écrivain suisse, Alexandre Jollien, né infirme moteur cérébral, à cause d’un étranglement par cordon ombilical. Ce dernier a vécu dans une institution spécialisée pour personnes en situation de handicap à Sierre, en Suisse, de ses trois à vingt ans, avant d’obtenir une licence en lettres, d’étudier le grec ancien à Dublin, et se marier. Si « Presque » marque ainsi leur première réalisation commune pour le cinéma, les deux hommes avaient déjà pourtant travaillé ensemble, mais sur d’autres projets. En effet, Jollien avait aidé son ami à écrire le scénario de son premier film réalisé en solo « La Face cachée » (2007), tandis que « l’inconnu » avait prêté sa voix aux livres audio de deux de ses ouvrages, que sont « Éloge de la Faiblesse » (2012) et « La Construction de Soi » (2007). Les voilà donc aujourd’hui réunis devant et derrière la caméra pour un « feel-good road movie » qui nous veut du bien, imprégné de leur histoire commune, et personnelle.

Improbable rencontre, « Presque » met en scène un croque-mort, Louis (Bernard Campan), divorcé et sans enfant, lequel s’est enfermé dans son métier quitte à en oublier sa vie sociale, ainsi qu’un livreur de paniers bio, Igor (Alexandre Jollien), handicapé et féru de philosophie, laquelle l’a aidé et l’aide à relativiser, à aller de l’avant, bien qu’il soit trop enfermé dans ses livres, lui qui ne s’est pas (encore) jeté dans la vie sociale, étant donné ses différences (et une mère envahissante). Un concours de circonstances les amènera alors à prendre la route ensemble, tandis que naîtra entre eux une amitié assez spontanée, eux qui rencontreront de jolies personnalités en chemin, d’un bout à l’autre de la France..

« Presque », c’est un film qui respire la vie (même si au moyen d’un corbillard !), et au travers duquel deux êtres complémentaires vont effectuer un bout de chemin ensemble, mais sans plus jamais se perdre de vue, lesquels vont alors apprendre à (re)vivre différemment, à regarder la vie sous un autre angle, en (re)prenant confiance en eux, en leur corps. La spiritualité qui habite alors cette amitié se révèle alors inspirante, revigorante, d’autant plus sortie de la bouche d’un handicapé. Pour Louis (Campan), cette rencontre l’aidera même à faire la paix avec lui-même, marqué par un drame passé, avec lequel il sera aujourd’hui confronté, dans le cadre de son métier. Mais il est aussi question ici de la solidarité, d’ouverture à l’autre, sans pour autant que la discrimination ne soit bien loin, dans le regard et les attitudes d’autrui. Qu’importe, puisqu’on est, à prêt tout, « presque » tous normaux !

Sans être naïves et faciles, les nombreuses citations de grands philosophes (Socrate, Spinoza, Nietzsche, etc.) employées ici par le personnage d’Alexandre Jollien prennent ainsi tout leur sens dans notre quotidien, traçant ainsi à mille à l’heure, où l’on ne prend plus la peine de profiter des choses simples, ni de se poser, d’apprécier, que l’on ait ou non un « hareng à traîner derrière soi », en référence là à une citation d’Igor (vis-à-vis du regard de l’autre, qui le suit tout le temps), elle-même faisant écho à celle qu’avait cité Alexandre Jollien à la radio, bien des années plus tôt, et qui avait touché Campan. Sans en faire des tonnes, leur duo épate par sa tendresse réciproque, par l’unité qui s’en dégage, lequel est entouré de seconds rôles tout aussi touchants que bienveillants, de Tiphaine Daviot (en auto-stoppeuse) à Marie Benati (en prostituée).

Parsemé de jolis moments, d’une vision de la vie prise du bon côté, et d’une dose d’humanité née d’une rencontre et d’une amitié singulière, « Presque » a remporté à Namur le Prix Spécial des Jurys lors de la sixième édition du « The Extraordinary Film Festival 2021 ». Pas étonnant !



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