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Nicolas Cuche
Pourris Gâtés
Sortie du film le 15 septembre 2021
Article mis en ligne le 28 septembre 2021

par Julien Brnl

Genre : Comédie

Durée : 100’

Acteurs : Gérard Jugnot, Camille Lou, Artus, Tom Leeb, François Morel, Louka Meliava...

Synopsis :
Paresseux, capricieux, fêtards, les trois enfants de l’homme d’affaires Francis Bartek ne font rien de leur vie, à part dépenser l’argent que leur père a durement gagné. Lassé par leur comportement, celui-ci leur fait croire qu’ils sont totalement ruinés, les forçant ainsi à faire l’impensable : travailler !

La critique de Julien

Adaptation très libre du film mexicain à succès « Nosotros Los Bobles » (2013) de Gary Alazrak, « Pourris Gâtés » est la nouvelle comédie de Nicolas Cuche (« La Chance de ma Vie »), dans laquelle il dirige Gérard Jugnot en veuf ayant fait fortune dans le BTP, en partant de rien. Ses trois enfants ont alors tous des défauts du monde. Il y a tout d’abord Philippe (Artus), l’aîné, qui tente de marcher sur les traces de son père en concoctant des projets farfelus sur projets farfelus, sans pour autant réussir à lui rendre le moindre service, puis Alexandre (Louka Meliava), un don Juan végétatif, soi-disant anarchiste et dans le rejet du système et de l’argent, sauf qu’il en profite à fond, et enfin Stella (Camille Lou), la fille à papa gâtée, hautaine, capricieuse, et un peu écervelée, elle qui veut se marier avec Juan Carlos (Tom Leeb), un bel Argentin oisif, ce que son père redoute. Victime d’un infarctus le soir des 24 ans de sa fille après cette annonce, ce père de famille, désemparé face à l’incapacité de ses enfants qui dilapident tout son argent sans fournir le moindre effort ni travail, décidera alors de couper les vivres, en mettant en scène du jour au lendemain un plan maladroit avec Ferrucio (François Morel), son bras droit, les obligeant à fuir Monaco, et le luxe, pour Marseille, dans la (très modeste) maison d’enfance du père, tandis que ses enfants n’auront d’autre choix que de chercher du travail…

Passé un prologue commenté par Stéphane Bern sous forme de faux documentaire autour de la vie à Monaco, totalement déconnectée de la réalité (comme ses personnages principaux), « Pourris Gâtés » raconte l’histoire d’un père de famille qui décide de donner une leçon à ses enfants, sauf que c’est en partie lui qui va la recevoir. En effet, son action, même si elle est adossée à un mensonge, va leur offrir la possibilité de grandir, et de prendre des responsabilités. Mais un mensonge n’est jamais une bonne chose, dans l’optique où ce père a en plus longtemps caché la maladie de leur mère, tandis qu’il a été majoritairement absent durant leur enfance et adolescence, à cause de son travail, alors qu’ils avaient besoin de lui. Dès lors, s’ils sont coupables de beaucoup de choses, Nicolas Cuche et son coscénariste Laurent Turner veulent nous dire qu’ils sont surtout des victimes, et que ce qu’ils sont devenus incombe à celui qui les a élevés, lui qui est finalement passé à côté de l’essentiel, même s’il a réussi professionnellement, ce qui a perverti ses enfants, et ce qui l’a éloigné lui-même de sa vérité. Dès lors, les deux parties vont chacune apprendre ici de cette supercherie, avec d’une part les enfants qui vont exprimer un potentiel qu’ils n’avaient jusque-là jamais pu exprimer, et d’autre part ce père qui va renouer avec lui-même, et ces derniers, en basant leur relation sur une confiance réciproque…

Parsemée de quelques bonnes répliques, cette gentille comédie est loin de figurer dans le catalogue de la comédie française formatée, et sans intérêt. Même s’il est un peu moralisateur, et change maladroitement son fusil d’épaule en cours de route, pour alors pointer équitablement du doigt ses protagonistes, « Pourris Gâtés » part d’une bonne intention, tout en étant honnête dans sa démarche d’évolution de ses personnages, autour d’une même cause, c’est-à-dire l’importance de la famille, ainsi que de l’éducation (en sous-texte), tout en prônant la capacité de réussite de tout en chacun. Le casting, complice et déchaîné, y est pour beaucoup, tandis qu’on y notera la présence de Tom Leeb, dans un rôle d’insupportable arnaqueur, à l’accent bien senti… En conclusion, on a déjà vu bien pire comme film dans le genre. Mais de là à le conseiller...