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CINECURE est le complément sur le web des émissions radio du même nom produites par Charles De Clercq pour les radios RCF en Belgique. Celui-ci est sensible aux émotions dont il se nourrit et aime analyser les rapport entre films et romans lorsque ceux-ci sont adaptés au cinéma.

Gabe Klinger
Porto
Sortie le 2 août 2017
Article mis en ligne le 2 juillet 2017
dernière modification le 7 août 2017

par Charles De Clercq
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Cette fois-ci celle-ci/celui-ci est la vie de ma vie à jamais... et/mais en souvenirs !
Un film indépendant émouvant (doublement : à cause de feu Anton Yelchin) ! 83/100

Synopsis : Jake et Mati, deux étrangers, se croisent une nuit à Porto. Une brève rencontre, aussi intense que fugace, dont il ne reste que des souvenirs qui n’appartiennent qu’à eux.

Acteurs : Anton Yelchin (ci-contre), Lucie Lucas, Françoise Lebrun, Paulo Calatré.

Porto est un film indépendant dont l’intensité est inversement proportionnelle à sa durée (75’). Il s’agit du premier film de fiction du Brésilien Gabe Klinger [1] à qui l’on doit le documentaire Double Play : James Benning and Richard Linklater (1973). Porto (en référence à la ville où se situe l’histoire qui est racontée) se caractérise par une forme singulière pour raconter une histoire apparemment banale : le souvenir d’une brève histoire d’amour. Brève, mais intense dans le temps, thème justement présent chez James Benning et Richard Linklater (même si l’un et l’autre l’abordent différemment dans leurs films). Singulière car le film se présente sous trois formats, 8 mm, 16 mm et 35 mm et deux ratios 1.37/2.35 [2]. L’histoire est racontée en trois parties : Jake, Lucie, Jake & Lucie.

Commençons par Anton, l’acteur russo-américain dont le personnage, Jake, américain, de passage à Porto fait une brève rencontre. Le film lui est dédié dans l’exergue avant le générique de fin. Anton Yelchin est connu du grand public pour avoir joué le rôle de Chekov dans le reboot de Star Trek ! Mais c’est sa mort totalement absurde qui a marqué les esprits il y a un peu plus d’un an. Il a été écrasé par sa Jeep, en marche et au point mort, dans l’allée de son garage, coincé entre le mur et celle-ci ! Les cinéphiles, eux, retiendront de l’acteur quelques films loin des blockbusters : Alpha Dog de Nick Cassavetes, Y ou and I de Roland Joffé, Fright Night de Craig Gillespie, Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch, Broken Horses de Vidhu Vinod Chopra ou encore Green Room de Jeremy Saulnier et, maintenant Porto. Découvrir sur la Toile un acteur qui excelle à donner corps à son personnage et savoir qu’à jamais il ne pourra le faire ajoute à l’émotion. C’est que Anton habite réellement ce personnage marqué par le souvenir de quelques heures d’une romance intense.

C’est la Française Mati Vargnier qui lui donne la réplique dans le rôle de Lucie Lucas. Connue elle du grand public pour son rôle dans la série Clem, elle est la partenaire/souvenir d’Anton. Tous deux occupent la majorité du temps de présence dans le film. Celui-ci abonde en ellipses et il faut bien les trois points de vue en autant de parties pour découvrir ce qu’il s’est passé.

Porto n’est pas sans faire songer sur ce point à The Sense of an Ending de Ritesh Batra. Il s’est passé quelque chose ! Mais quoi ? Le récit se déploie dans la durée alors même que le temps de la rencontre et de la romance qui ne dura qu’une nuit ! Le principe de narration, lui, fait songer à The Disappearance of Eleanor Rigby : Him & Her [3]. Il s’est passé quelque chose ! Chacun en garde un souvenir d’une intensité qui dépasse probablement le réel. Et justement, la forme et le ratio du film concernent le temps et les faits. Le format 35 mm (et 2.35) est utilisé pour le présent de la narration, le format 16 mm concerne les souvenirs des deux protagonistes. Enfin, le 8 mm - filmé par les deux acteurs principaux eux-mêmes - est utilisé (notamment dans le générique de fin - qu’il faut donc voir absolument) pour la « réalité » (entendons le « réel » tel que l’on peut le comprendre dans son sens commun). Et justement, la durée de chacun de ces formats est très éclairante : le plus court est le réel. Et on ajoutera « forcément » puisque le film permet de prendre acte de la brièveté de l’intense expérience. Ensuite vient l’expérience que l’une et l’autre ont vécue, le souvenir d’alors, la narration de cell-ci se font en 16 mm. Enfin, la partie la plus longue du film, en 35 mm concerne Jake et et Lucie, « aujourd’hui », chacun seul, évoquant un passé d’une très grande densité, un amour qui se croyait pour la vie.

L’on pourra prolonger la réflexion en lisant

Diaporama

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Bande-annonce :

Notes :

[1(né le 26/7/82 à São Paulo)

[2(même si nous avons l’impression qu’il y avait aussi le 1.85)

[3(en y ajoutant le mixte des deux Then, proposé à Cannes dans la section Un certain Regard en 2014)


flèche Sur le web : Lien vers la fiche IMDB


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