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Anne Fontaine
Police
Sortie du film le 02 septembre 2020
Article mis en ligne le 7 septembre 2020

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • libre adaptation du roman du même nom écrit par Hugo Boris, et paru en août 2016 chez Grasset ;
  • la promotion du film est marquée par l’appel au boycott des films d’Omar Sy, soi-disant parce qu’il y tient le rôle d’un policier après avoir dénoncé les violences policières en mai dernier...

Résumé : Virginie, Erik et Aristide, trois flics parisiens, se voient obligés d’accepter une mission inhabituelle : reconduire un étranger à la frontière. Sur le chemin de l’aéroport, Virginie comprend que leur prisonnier risque la mort s’il rentre dans son pays. Face à cet insoutenable cas de conscience, elle cherche à convaincre ses collègues de le laisser s’échapper.

La critique de Julien

Adapté du roman d’Hugo Boris « Police » (2016), la nouvelle réalisation d’Anne Fontaine se permet quelques intéressantes libertés quant à cette histoire au cours de laquelle trois policiers de proximité (qu’interprètent avec densité Virginie Efira, Omar Sy et Grégory Gadebois) doivent ramener un demandeur d’asile à l’aéroport, le sachant condamner s’il venait à retourner au pays. En effet, la cinéaste choisit de nous plonger tout d’abord dans l’intimité et le travail de ces derniers, le temps d’une même journée (et de quelques flash-back), elle qui est dès lors vécue selon trois points de vue différents, propre au regard que chacun porte sur ce qu’il traverse personnellement, et face aux interventions communes. C’est-à-dire que l’on redécouvre parfois jusqu’à trois fois la même situation, mais suivant un autre angle de vue. Par ce procédé, sensé et pertinent, elle nous permet d’une part, avec sa co-scénariste Claire Barré, de découvrir l’intimité personnelle de ses personnages, et d’autre part de s’immiscer dans leur psychologie vis-à-vis des difficultés quotidiennes qu’ils rencontrent au boulot, et à la violence émotionnelle, parfois extrême que certains cas renvoient. Enfin, cela nous permet de ressentir, comprendre la complexité de relation qu’ils entretiennent avec autrui, étant donné que chacun a ses raisons légitimes de réagir tel qu’il le fait. Et ce n’est pas la mission du jour qui va arranger les choses.

Tel qu’il est question dans le livre, « Police » laisse ensuite place à un quasi-huit clos, filmé dans une voiture, le temps d’un trajet pas comme les autres, où il est question de reconduire un étranger (Peyman Maadi, vu notamment dans « Une Séparation » d’Asghar Farhadi), tétanisé, sur le siège passager. Ou comment les certitudes de ces trois policiers (quel trio d’acteur) vont exploser en moins de temps qu’il n’en faut pour remettre en question leur propre personne, en ce bas monde, chaque jour, et à chaque instant, alors qu’ils ont entre leurs mains le destin d’un être humain, qu’ils savent condamner, ce qu’ils ne peuvent nier. Et que faire dans ce cas ?

On ne va pas dire que « Police » est le film le plus distrayant d’Anne Fontaine, car c’est sans doute là son plus troublé, lui qui suit le cheminement intérieur de ses protagonistes, et nous invite à partager leurs questionnements, existentiels et métaphysiques, bien que l’ensemble des rôles, dans la retenue de leur(s) souffrance(s) refoulée(s), et leur manque de communication, peine à amener l’empathie. La mise en scène, nocturne, signée Yves Angelo (pour la troisième fois avec Anne Fontaine), y est sans doute aussi pour quelque chose dans ce ressenti.

Pesant d’un bout à l’autre, lequel ne dégage qu’une demi-lueur d’espoir, « Police » offre un regard inédit, mais pessimiste, sur le film policier, appuyé par des portraits tiraillés entre la réalité de leur terrain, leur morale, et leurs sentiments humains, dans un monde et une politique qui déshumanisent.

https://www.youtube.com/embed/jyt-ADeHSrg
POLICE – Bande-annonce officielle – Omar Sy / Virginie Efira (2020) - YouTube