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Olivier Babinet
Poissonsexe
Sortie du film le 09 septembre 2020
Article mis en ligne le 10 septembre 2020

par Julien Brnl

Signe(s) particulier(s) :

  • second long métrage d’Olivier Babinet après « Robert Mitchum est Mort » (2010), lui à qui l’on doit également le documentaire ovationné « Swagger » (2016).

Résumé : Alors que Miranda, la dernière baleine au monde, fait la une des journaux, Daniel, physicien obstiné, tente de redonner aux poissons l’envie de copuler. Célibataire désabusé, il est lui-même hanté par le désir d’être père et compte bien traiter ce problème scientifiquement. Le hic c’est qu’à Bellerose, il y a seulement 3 femmes en âge de procréer, soit une chance sur 6232,33 de rencontrer la mère de ses futurs enfants. Pourtant un jour, en sauvant de la noyade un étrange poisson à pattes, Daniel va réapprendre à tomber amoureux.

La critique de Julien

C’est à la suite de la série d’anticipation loufoque qui parlait de choses graves et réalistes sur un ton loufoque, et intitulée « Le Bidule » (1999), que le cinéaste français Olivier Babinet a eu l’idée d’un film sur la recherche scientifique autour de poissons, mêlée à une romance, lui qui, un beau matin de Printemps 2013, a eu l’envie d’écrire une histoire d’amour. C’est donc aujourd’hui chose faite, avec « Poissonsexe », qu’il décrit comme un film « mélan-comique », lui qui répond « une scientific romance » lorsqu’on lui demande ce qu’est « Poissonsexe ». Il est vrai qu’on a à faire là à un drôle d’objet cinématographique, situé entre plusieurs genres, sans réussir à trouver sa propre identité, ni son rythme.

On y suit alors Daniel (Gustave Kervern), un physicien farfelu qui travaille sur l’activité cérébrale des poissons-zèbres, afin d’amener les deux derniers spécimens connus à se reproduire, lui qui, intimement, ne s’est jamais remis de s’être fait larguer par sa femme, et espère toujours devenir papa. D’ailleurs, la chambre de son futur enfant est déjà prête ! Ce dernier rencontrera alors Lucie (India Hair), elle qui travaille à la station-service de la petite ville fictive de Bellerose (un mélange entre le Cotentin et les Landes, où cohabitent un labo scientifique et un centre de robotique, en métaphore du monde actuel), là où son copain Eric (Alexis Manenti, César du meilleur espoir masculin pour « Les Misérables ») lui a proposé un job, et la drague sans savoir correctement s’y prendre. Et puis, il y a l’entrée en scène de Nietszche, un axolotl, qui réunira les deux personnages principaux, lequel est le dernier représentant de ces amphibiens, ayant mutés pour survivre. Daniel, capable d’entendre la voix de Nietszche, et Lucie, tiendront alors l’avenir de cette espèce entre leurs mains, et retrouveront chacun un peu d’espoir en la vie...

Parsemé de questionnements écologiques, bien que mettant ses humains au pied du mur face aux responsabilités de leurs dérives (il ne reste par exemple plus qu’une seule baleine dans le monde, prête à s’échouer devant ses yeux, impuissants), « Poissonsexe » est une fable écolo dystopique et amoureuse assez déprimante, et pessimiste, malgré l’écriture de ses personnages attachants, et doux-rêveurs assez loufoques, bien que quelque peu éteints. C’est d’ailleurs là l’un des gros soucis général du film, soit celui de naviguer sur un rythme de croisière peu entraînant, qui nous laisserait bien à quai. Alors oui, c’est fantaisiste, mais ça ne l’est jamais jusqu’au bout. Reste alors une manière singulière pour mettre en scène l’amour comme dernier espoir de l’humanité, au bord du gouffre...

Étrange, à la fois poétique et apocalyptique, un brin décalée, « Poissonsexe » est une comédie douce-amère originale, bien que fragile, et pas totalement convaincante dans sa démarche, elle qui ne parvient pas à nous tenir la tête hors de l’eau sur la longueur. Bref, c’est du cinéma pour spectateurs avertis.

https://www.youtube.com/embed/YopTu1GkVoc
POISSONSEXE - Trailer VF - YouTube